Germain Barre

Langue Sale : Un cours sur le street rap signé Lost, Vulture et T.K.

Quels sont les meilleurs et pires textes du rapqueb en ce moment ?

Cette semaine à Langue Sale, on approfondit un peu plus le street knowledge qui vient avec le rap de la rue d’ici, en analysant quelques verses marquants des derniers jours. Allez, on part pour un voyage dans la psychologie du street rapper en trois exemples.

Vulture – « On Vas Briller »

« J’ai pas peur de rien, j’ai pas peur de rien / 

Prêt à mourir, à tuer pour les miens »

« J’ai pas peur de rien, j’ai pas peur de rien / 

Prêt à mourir, à tuer pour les miens »

Avant de parler de la citation, je dois vous expliquer quelques trucs. Premièrement, oui oui, y’a une faute dans le titre de la chanson, ça va avec le reste, vous verrez. Deuxièmement, avec le temps, j’ai développé une théorie avec les street rappers: plus un street rapper est mauvais, plus il est real. Suffit de faire une analyse comparative entre le propos, la qualité du clip, et les skills de rap du MC en question.

Dans le cas de Vulture, pour vrai, je le crois quand il dit qu’il est un « real n***a ». Il s’est payé un clip par Kevin Shayne, qui est probablement l’humain qui profite le plus de la vague actuelle de popularité du street rap montréalais. Y’a des gros whips, des grosses bouteilles, des gros stacks pis du gros bling. Sinon, y’a la faute dans le titre et les rap skills sont aussi mémorables qu’un verse de John John. Résultat: Vulture est certifié real dans mon livre à moi.

Passons aux paroles. Premièrement, j’aurais pu citer toute la toune, c’est real de même. Sauf que mon choix s’est avéré simple, au final, parce que je dois dire que je trouve ça bien de voir un rappeur du street finalement exposer sa vulnérabilité. Contrairement à beaucoup de ses pairs, il avoue ne PAS avoir peur de rien. Le street rapper a donc lui aussi, des sentiments, des joies, des peines, des peurs?! Puis, malgré tout ça, il est quand même prêt à mourir et tuer pour les siens?! Quelle maîtrise de ses nerfs… à défaut de maîtriser les doubles négatifs. « Joue pas à ça », comme il le dit si bien.

Pretty City feat. Lost – « Back to Back »

“Ils sont dix qu’ils ont ton back, ils vont tous te suivre par la tombe / 

La force du 45 est bien plus grande que celle du nombre”

“Ils sont dix qu’ils ont ton back, ils vont tous te suivre par la tombe / 

La force du 45 est bien plus grande que celle du nombre”

Question de prouver que mes théories ne tiennent souvent qu’à un fil, voici le parfait contre-exemple à la chanson de Vulture. On va se le dire tout de suite, Lost possède probablement la meilleure plume du street rap québ. Il me rappelle un peu Kaaris à ses débuts, dans sa façon de glisser des doses de knowledge subtiles dans un contexte hyper ignorant. Ici, on a droit à une leçon de street mathematics de la part du rappeur du groupe 5Sang14.

Ce que Lost nous révèle, en gros, c’est que peu importe le nombre de gens avec qui il a du beef, son gun de type calibre .45 lui permettra toujours d’envoyer ses ennemis à leur pierre tombale, un par un, à la file comme quand j’attends comme un con pour payer au Maxi de la rue Masson parce que je fais mon épicerie à 18h30 comme tout le monde.

Ce qui est drôle ici, c’est que techniquement, .45, c’est aussi un nombre, tsé. Alors la force du .45, c’est également la force d’UN nombre. Vous me direz que je suis de mauvaise foi, que je fais semblant de ne pas comprendre. VOUS AVEZ RAISON. Donc Lost est dope, et si sa carrière de rap ne fonctionne pas à son goût, il pourrait clairement se tourner vers une carrière de tireur d’élite. #LostàTokyo2020

T.K. – « TONY »

« On remercie Dieu quand on mange, on connait la famine / 

Y’a mes grands cousins qui me disaient que c’était de la farine »

« On remercie Dieu quand on mange, on connait la famine / 

Y’a mes grands cousins qui me disaient que c’était de la farine »

Je dois dire que je suis fasciné par le contraste entre les propos hyper crus de T.K. versus la douceur de son chant. Après quarante ans de culture de rap, on arrive finalement au point où le hustle constant des street rappers les ramène vers leurs émotions. Faut dire que c’est stressant, exposer sa business illégale de façon aussi directe. Si vous avez lu ma chronique de la semaine dernière, vous remarquerez un début de pattern à ce niveau-là, on s’en reparle dans les prochaines semaines.

Ceci étant dit, on voit que même dans le cadre criminel, y’a un respect de la famille. On protège les plus faibles, quitte à leur sortir des petits mensonges blancs, comme quand personne a dit à Canox qu’on comprenait rien quand il rappait .

Dans ce contexte-ci, quoi de mieux pour un jeune garçon que de penser que ses grands cousins se sont lancés dans une entreprise tout à fait légale de production de farine. Malheureusement, T.K. a par la suite écouté Scarface et il est tombé dans la vente de substances illicites.

Comme quoi, on peut avoir les meilleurs modèles et quand même très mal finir – ou pas, en fait. Parce que T.K. prétend vouloir être « Tony et Sosa ». Donc techniquement, si tu peux être toi-même, et ton pire ennemi en même temps, y’en a pu de problème!

Allez, on se retrouve la semaine prochaine avec plus de BARS!

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