Germain Barre

Langue Sale : un tour de Zamboni avec Loud

Une analyse des meilleurs et pires verses de la semaine.

Cette semaine, Loud nous montre comment être en retard, mais avec style. Le 5sang14 nous dit qu’il faut passer la manette du jeu vidéo quand c’est le temps et Caballero & JeanJass se questionnent sur l’utilité du CBD!

Loud — Fallait y aller

« Quand tu bouges comme on bouge, tsé c’est facile d’oublier

Y’est supposé d’être sur scène, ils savent même pas où il est

Une heure de retard, maybe more, no less

Mais quand j’consulte la Rolex, j’me trouve fashionably late, oh yeah »

Loud sort un album le 24 mai prochain et la fébrilité se fait sentir. Le rappeur nous présente un deuxième extrait (et un troisième par la bande) avec Fallait y aller, hit en puissance qu’il risque de promener un peu partout au Québec cet été.

Je ne vais pas vous mentir, ma première réaction n’était pas positive. Je trouvais le refrain beaucoup trop simple, alors que Loud nous a habitués à un fin mélange de pop et d’écriture de qualité qui satisfait les « real ». Sur Fallait y aller, il est loin des refrains de Hell, what a view ou de 56k, qui représentaient parfaitement ce compromis entre la plume d’exception du rappeur d’Ahuntsic et les tangentes pop qu’il affectionne particulièrement.

Sauf qu’à force de l’écouter, ben… finalement j’aime ça. Je ne serai jamais un grand fan du refrain, mais le beat est tellement entrainant et rempli de good vibes qu’on ne peut que hocher de la tête et bouncer en écoutant la chanson. Pour ce qui est de la qualité d’écriture, au moins on se reprend dans les verses.

Parce que si le Drake du Québec a une approche résolument plus pop, son écriture n’a jamais cessé d’être fucking rap. Dans le rap, les puristes vont souvent juger l’écriture d’un rappeur par sa capacité à faire des rimes multisyllabiques. Donc en gros, leur capacité à faire des patterns de rimes où il y a le plus de syllabes possibles.

Si on prend la partie citée plus haut, on roule du cinq syllabes : fa-cile d’ou-bli-er/fa-shion-ab-ly-late. Ce n’est pas parfait, mais le franglais permet d’étirer des syllabes qui ne riment pas tout à fait en théorie. Il y a même des rimes intérieures, alors qu’il juxtapose « no less » avec « Rolex ». Tout ça en ne perdant pas du tout le sens des bars, alors que Loud explique qu’il est toujours en retard, mais qu’au moins, grâce à sa montre, il est fashionably late. Très fort.

Ne passons pas sous silence la deuxième partie du clip, la chanson Salles combles, où on aperçoit Loud et son crew au centre de la glace du Centre Bell, en alternance avec des séquences où le rappeur conduit la Zamboni.

Après PNL sur la tour Eiffel, on attend impatiemment un stunt en haut de la tour du Stade olympique pour le prochain album.

5SANG14 — PLG

« Tout pour le gang

Tu veux du sale, j’te l’amène

Trois-zéro passe la manette »

Je vous ai déjà parlé de mon affection pour les chansons qui commencent avec de gros bars. Souvent, pas besoin que ce soit un truc complexe, juste quelque chose qui attire mon attention. Sur PLG, sortie surprise du 5SANG14 qui a fait paraître son EP 5/5 vendredi dernier, on entre en matière avec un back-to-back entre MB et White-B qui met parfaitement la table pour la chanson sur une grosse prod de Fifobeats.

Puis, c’est surtout le « 3-0 passe la manette » qui m’a fait réagir, parce qu’on a tous connu l’époque où on jouait à NHL ou FIFA et qu’il fallait laisser son tour si on perdait de façon trop cuisante. C’est un peu ce que MB illustre ici. C’est vrai que ça va plutôt bien pour le collectif montréalais : cet été, ils vont multiplier les apparitions dans les festivals, notamment à Metro Metro et Santa Teresa dans deux semaines, et ensuite lors d’un spectacle au MTelus pendant les Francos.

Ça risque d’être une saison estivale à la fois formatrice et révélatrice pour le crew, qui est le fer de lance de l’entrée du mouvement street rap dans l’industrie de la musique québécoise. Avec un peu de visibilité, beaucoup de portes, de moyens et d’opportunités devraient se présenter aux gars. Il suffira d’arriver avec un brin de professionnalisme, et le game leur appartiendra.

Caballero & JeanJass — La Paire

« J’fais que râler comme un intermittent

Rappelle-toi PES6, nous, c’est l’Inter Milan

Tu sers à rien comme le CBD, j’me sens mal, j’suis pas assez pété

Tout est, tout est pur et tu le sais, bébé »

Mes Belges préférés sont back avec un freestyle pour OKLM, un des médias majeurs du rap jeu chez nos cousins français. Si leur dernier album, Double Hélice 3, m’avait plutôt déçu, les gars ont su se rattraper avec les singles parus depuis.

Sur La Paire, les deux compères font l’éloge de leur duo « super stylé et super riche ». Il y a toujours dans la musique de JJ et Caba ce genre d’absurdités plus grandes que nature que j’apprécie beaucoup. À la manière du Roi Heenok qu’ils admirent, les gars sont un peu devenus des caricatures d’eux-mêmes, au profit de leur univers musical qui bénéficie toutefois de ce côté un peu cartoonesque.

Puis, les bars sont toujours là. JJ nous rappelle habilement la domination totale de l’Inter Milan dans le jeu PES6, ce dont je peux attester. L’attaquant Adriano était complètement inarrêtable, au point où il était souvent interdit de le choisir dans son équipe. Caballero & JeanJass, sont un peu l’équivalent, mais dans le rap (malheureusement pour Caba, c’est JeanJass qui incarnerait Adriano).

Pis sérieux, est-ce que quelqu’un peut me dire ça sert à quoi, le CBD? Depuis que le weed est légal, j’ai essayé le CBD, et mis à part un sentiment de vide ressenti parce que je m’attends à être buzzé et que je le suis pas, je catch pas trop l’intérêt. Alors merci JJ de souligner le tout.

SHOUTOUTS

Un shoutout spécial à mes préférés d’O.G.B qui ont remporté la grande finale des Francouvertes lundi. En plus de repartir avec un chèque de 10 000 $, ils ont su impressionner l’industrie par leur originalité, leur rigueur et leur joie de vivre. Ils étaient beaux à voir, et c’est une autre superbe victoire pour le rap québécois après celle de LaF l’an dernier.

Par contre, absence totale de shoutout pour les entités qui offraient des prix à tous les demi-finalistes. Parce que si le rap d’O.G.B a séduit tout le monde, les représentants du street rap David Campana, Shotto Guapo et Major sont retournés à la maison bredouilles et sans prix. Ce sont les seuls demi-finalistes à ne rien recevoir, alors qu’ils avaient charmé le public lors de leur prestation pendant les préliminaires. Force et honneur à vous, messieurs. Ce que vous n’avez pas gagné en temps de studio, bourse ou séance de coaching, vous l’avez remporté en imposant vos personnalités et vos styles à un concours qui n’était probablement pas prêt pour tout ça. Bravo.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up