Langue Sale : une balade dans l’Amérique d’Alaclair Ensemble

Une analyse des nouveaux verses de la semaine.

Cette semaine à Langue Sale, on souligne la démarche d’Alaclair Ensemble, le smoothness de Tony Stone et la vie (restée) privée de FouKi.

Alaclair Ensemble – Céline

« J’ai entendu des guignols dire des trucs louches

Mais le shit est on lox comme Sheek Louch »

Les minces d’Alaclair Ensemble ont pris le rap jeu par surprise la semaine dernière en lançant America Vol. 2, une mixtape vinyle inattendue enregistrée en sept jours et suite de America sorti en 2012. Ce projet vient clore de belle façon une année foisonnante pour les récents gagnants de l’album rap de l’année au gala de l’ADISQ. 

On retrouve une belle variété sur ce mixtape qui oscille entre gros beats aux basslines grasses et flows old school qui rappellent les débuts du groupe. Si la cohésion entre les chansons n’est pas au rendez-vous, ce qui explique le titre de mixtape, on a droit à dix pièces de qualité dans lesquelles on peut sentir le plaisir que les gars ont eu à composer le tout entre chambres d’hôtel, backstages de shows et leur van de tournée.

Mention spéciale à Eman sur Céline qui vient flex son knowledge de rap avec un beau jeu de mots – “le shit est on Lox comme Sheek Louch”. The Lox étant un groupe de rap mythique de New York dont Sheek Louch est un des membres. C’est le genre de lignes qui peuvent passer inaperçues chez les plus jeunes, mais qui font que les plus vieux apprécient autant l’oeuvre d’Alaclair. Les minces ont toujours ces références un peu nichées qui viennent élever la qualité du message à un niveau supérieur, pis le chroniqueur ici présent est ben down. 

Finalement, un gros shoutout pour les crédits de l’album qu’on retrouve sur la page Bandcamp du groupe. La mention “ce projet a été conçu dans l’esprit de l’eau qui coule sur le dos du canard. Il est désormais difficile d’en avoir plus rien à cirer du showbizz que ça” est géniale et m’a fait en même temps pouffer de rire et développer un respect supplémentaire pour ce projet un peu hétéroclite à la première approche. Une chose est claire, les gars shootent toujours du trois points, et j’argumenterais même qu’ils semblent avoir trouvé la ligne du quatre points…

Tony Stone – Night Out in Paris

« Feeling like a hero, walking down the strip

It ain’t enough Euros to put a price on this »

L’extrêmement talentueux Tony Stone est de retour avec un vidéo pour Night Out in Paris, une collaboration avec le producteur français Blasé (connu notamment pour ses collaborations avec Rowjay) et Poissonchatte. C’est tellement smooth que lors de la première écoute, mon lecteur était en mode repeat et ç’a bien dû me prendre six ou sept écoutes avant de me rendre compte que j’écoutais la chanson en boucle. 

Je vous ai souvent parlé de Tony Stone en lien avec les projets de son groupe Planet Giza, qu’il forme avec les beatmakers Rami.B et DoomX, mais c’est avec beaucoup de joie que je reçois cette envolée en solo, chose rare pour le rappeur gatinois. Sauf qu’en 2019, il aura également proposé le Gumbo Tape avec le rappeur français (mais anglophone) Manast LL’ et ça laisse augurer que le Stone commence à enchaîner les projets à un rythme plus élevé que par le passé. Ça serait une très bonne chose, parce que comme je l’ai répété incessamment dans cette chronique, Tony Stone est probablement l’artiste le plus complet de la relève anglophone au Québec (dont j’exclus Zach Zoya parce qu’il n’est plus vraiment la relève à mon avis). 

Avec Stone, on est loin des vibes autotunées si populaires par le moment. Plus près de l’école Chicagoane dont le gérant de son groupe est très proche, le rappeur chante, rappe et produit. Sa réputation commence à se propager à travers le monde et je ne douterais pas que sa présence soit prisée dans les sessions d’écriture des plus grands artistes du rap d’ici quelques années. Suffit qu’il ait envie de le faire. 

FouKi – Papillon

« École secondaire j’t’ai au public

J’avais pas les notes pour le privé non

Live j’suis une personnalité publique

Mais man ma vie elle est privée yeah »

FouKi continue de faire vivre son album ZayZay avec un clip pour Papillon réalisé par Xavier MC, une des bonnes réalisations pop du projet produite par QuietMike, Ruffsound et Kevin Figs. Les deux derniers jouent d’ailleurs parfaitement le rôle de profs d’éduc frustrés dans le clip. Au même moment, FouKi a annoncé la dernière date de son ZayZay Tour qui dure depuis un méchant bout. Question de finir les choses en beauté, le rappeur a convié ses fans au MTelus le 8 mai 2020 pour clore le chapitre de cet album qui a propulsé FouKi et sa Zayquipe au sommet du rap queb. 

Ce que j’aime beaucoup des propos du rappeur dans cette chanson, c’est la question de la vie privée pour une personnalité publique au Québec. Les artistes d’ici ont la chance de vivre décemment de leur art sans toutefois être complètement devenir prisonniers de leur célébrité. Si on déconseille à Céline Dion d’aller prendre une marche sur Sainte-Catherine, il n’est pas rare de croiser certaines des plus grandes stars québécoises qui déambulent en toute quiétude les rues du Plateau ou de Rosemont. Il faut savoir vivre avec les regards curieux, mais c’est un prix bien mince à payer si on compare à la folie de nos voisins américains face aux gens connus. Dur de trouver du rap queb dans le 7 Jours, en espérant que ça reste ainsi. 

Avec un MTelus qui devrait afficher complet, et certainement un prochain album qui marine présentement, on peut s’attendre à ce que les regards curieux continuent à se multiplier pour le jeune rappeur estampillé 7ième Ciel.

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