Le droit d’être imparfaite : Stéphanie Boulay raconte l’histoire derrière « Ta fille »

Oui, vous avez bien reconnu Joanie d'Occupation Double.

Stéphanie Boulay dévoile aujourd’hui le nouveau vidéoclip « Ta fille » tiré de son album solo à venir. Cette chanson, elle l’a murement réfléchie et nous invite, à travers cette lettre ouverte, à parcourir avec elle le chemin de sa démarche.

Quand j’ai commencé à rester éveillée, la nuit, pour réfléchir à quelles images je souhaitais qu’on dépose sur le vidéoclip de Ta fille – une de mes chansons les plus intimes de ma vie – j’ai d’abord vu dans ma tête des femmes extraordinaires, invincibles. J’ai vu des astronautes, des scientifiques, des pompières, des cavalières, des parachutistes, des politiciennes, des agricultrices, des mécaniciennes, des joueuses de poker, des joueuses de batterie, des joueuses de hockey. Les yeux ouverts, j’ai rêvé avec fierté à toutes ces femmes inspirantes, et à toutes celles avant, qui se sont battues pour exercer des métiers qu’on leur a peut-être un jour refusé d’exercer.

Puis, j’ai pensé à d’autres femmes.

J’ai pensé à ces infirmières, ces serveuses, ces éducatrices en garderies, ces préposées aux bénéficiaires, ces professeures, ces sage-femmes, ces femmes de ménage, ces femmes-mères au foyer. Et j’ai souri à l’idée de toutes ces forces féminines réunies, dans tous ces métiers et vocations, et à ce qu’elles apportent au monde, à ce qu’elles tiennent dans leurs mains réunies : le monde.

J’ai souri aussi à l’idée qu’elles toutes, quelles qu’elles soient, étaient probablement aussi imparfaites que moi, et que tout le monde.

Et je me suis demandé : qu’est-ce que j’ai envie de nous dire, de femme à femmes, aujourd’hui?

Ma voix intérieure m’a répondu ceci : ce que j’ai besoin d’entendre, en tout cas, aujourd’hui, c’est que j’ai le droit d’être imparfaite.

Ce que j’ai besoin d’entendre, en tout cas, aujourd’hui, c’est que j’ai le droit d’être imparfaite.

Que j’ai le droit de me fâcher, de perdre le contrôle. Que j’ai le droit de me tromper, de tomber, de ne pas exceller à chaque chose, de douter. Que j’ai le droit de vouloir être belle, de montrer mon corps ou de le cacher, de l’accepter ou de le modifier, et d’être brillante tout à la fois. Que j’ai le droit d’être grosse, mince, maquillée, ou pas, bien habillée, ou pas.

Que j’ai le droit d’être fragile, féminine, sensuelle, sexuelle, superficielle, rugueuse, poilue, musclée, changeante, dérangeante, de jour en jour. Que j’ai le droit de choisir de travailler, ou pas. De faire de hautes études, ou pas. D’avoir des enfants, ou pas.

De ne pas toujours être gentille et douce, de ne pas toujours veiller sur les autres, de ne pas tout comprendre et tout pardonner.

Que j’ai le droit de porter en moi paradoxes et ambivalences. Que j’ai le droit d’être multiple.

C’est pourquoi, pour le clip de Ta fille, j’ai eu l’envie de mettre en lumière une femme qui, comme moi, ne crée pas l’unanimité. Une femme au travers de laquelle percent lumière et noirceur, douceur et colère, bienveillance et jalousie. Et c’est Joanie Perron que j’ai vue, ce soir-là d’insomnie, dans ma tête. Une femme que j’ai tour à tour jugée, réprouvée, puis mieux saisie et mieux aimée, une femme qui a créé en moi, et autour de moi, questions et conflits multiples. Une femme qui, finalement, me ressemble un peu, je crois.

J’ai écrit à Joanie un soir du début du mois de juillet. Je ne pouvais pas penser l’engager en tout respect sans qu’elle sache par quel processus émotif j’étais passée en suivant Occupation Double Bali, l’année d’avant. Je tenais à lui dire que je l’avais condamnée, que j’avais médit sur elle, que je ne l’avais d’abord pas comprise.

C’est Joanie Perron que j’ai vue, ce soir-là d’insomnie, dans ma tête.

Que j’avais ensuite réalisé, plusieurs semaines plus tard, que le contexte dans lequel elle avait été mise avait probablement actionné ses mécanismes de défense, et rouvert des bobos pas encore cicatrisés. Qu’elle avait sûrement beaucoup souffert, et qu’elle avait réagi à cette souffrance. Que OD avait peut-être exacerbé toute la laideur en elle. Que j’aurais peut-être réagi exactement comme elle l’a fait. Et qu’elle avait malgré tout fini par tirer son épingle du jeu, et à devenir l’une des personnalités les plus polarisantes et énigmatiques du Québec.

C’est tout ça, que je lui ai raconté, dans mon message du 4 juillet 2018.

Et je lui ai confié que je souhaitais qu’elle soit le visage de mon clip. Qu’elle incarne ce personnage imparfait et complexe qui parle à sa mère de ses bobos, de son envie d’être belle, désirée, de son incapacité à être aimée et respectée réellement. Ce personnage qui s’enlise dans son milieu et son époque, qui ne sait pas y trouver sa place, qui y cherche un sens, à travers ses failles, et qui n’en peut plus.

Elle a tout de suite capté, et accepté.

Je crois qu’ici, sous la lentille d’Alexandre Nour, menée par la grande Caraz, elle y apparaît belle, noble, et en contrôle; fragile, aussi. Dichotomique.

Je crois qu’on y a envie de l’accepter. De la comprendre. De l’aimer.

Et c’est ce que j’avais besoin d’entendre, et aussi de dire, autour de moi, aujourd’hui.

Je n’ai pas besoin d’être parfaite pour être aimée.

Je n’ai pas besoin d’être infaillible.

J’ai le droit de me tromper, et de recommencer à essayer.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Lettre ouverte de Robin Aubert à Safia Nolin

«Une poignée de belles phrases sans trop de raison. Juste parce que tu le mérites»

Dans le même esprit