Le petit lexique des styles de musique qui commencent avec post-

Post-punk, post-rock, post-métal… post-disco ? On vous explique tout ça.

L’autre jour, on avait une discussion au bureau à propos d’un album de musique post-punk paru récemment.

On jasait des tenants et aboutissants des innovations musicales qu’on venait juste d’entendre lorsque ma collègue lance : « Je comprends pas pourquoi on appelle ça post-punk. Y’a aucun élément punk dans cette musique. »

Maudite bonne observation.

C’est vrai que y’a pas grand-chose de punk, dans le post-punk. Le post-rock, ça ne sonne pas très rock non plus. Si Chuck Berry écoutait une toune de Sigur Ròs, y ferait une face de même :

Mais pourquoi on appelle ça du post-punk ou du post-rock, alors? Pourquoi est-ce qu’il y a des styles de musiques et des post-styles de musiques?

Laissez-moi vous aider à démêler tout ça.

À quoi ça sert, le préfixe post — ?

La raison pour laquelle le post-punk s’appelle post-punk et non pas du synthétique boogaloo, mettons, c’est que le post-punk est une réaction directe au punk. Donc, quand tu t’étiquettes en étant post-quelque chose, c’est que t’assumes que t’es une réaction directe à un style ou à un courant de pensée, mettons. Un rejet ou une déconstruction, si vous préférez. Des fois les deux. Ça dépend du band.

C’est pas clair hein?

Ne stressez pas avec ça, les post-styles musicaux c’est du cas par cas. Sachez cependant que tout ça part du concept de postmodernisme, inventé par le philosophe français Jean-François Lyotard.

En gros, c’est un mouvement qui se veut une réponse aux métarécits ou, pour faire plus simple, aux grandes vérités en lesquelles tout le monde croit (ou croyait à l’époque) : Dieu, l’amour, la science, les institutions, le progrès, la nation, etc.

Si vous voulez voir un bon exemple d’un récit postmoderne, je vous conseille l’adaptation filmique du roman High-Rise, de J.G Ballard (avec le beau Tom Hiddleston), qui vous coupera sec l’envie d’acheter un condo.

Anyway, les styles de musique en post — fonctionnent selon la même logique : ils existent pour démontrer que la musique n’a pas nécessairement à fitter dans des genres particuliers et qu’on peut dépasser les lignes ou, dans certains cas, carrément scrapper le dessin, déchirer le papier et bâtir une tite maison avec.

Alors sans plus tarder, commençons notre exploration des post — …

Post-Punk

De loin le post — le plus populaire. Pour comprendre le post-punk, il faut d’abord comprendre le punk comme étant une rébellion contre la société et un désir de créer une utopie (et un mouvement musical) basée sur des valeurs de simplicité, d’honnêteté, de libertés individuelles et de gros anarchisme sale.

Le post-punk, c’est… une réaction à ça. Donc, c’est juste du monde normal, me direz-vous.

C’est plus compliqué que ça. Le post-punk est inspiré par l’énergie et l’esprit do-it -yourself du punk, mais rejette la simplicité et la colère brute du mouvement. Pour les post-punks, les punks ont vendu leur âme et son devenus des rockers ben normaux, donc il y a une volonté de faire de la musique plus difficile d’approche, d’explorer des thèmes plus compliqués qui requiert un plus grand dévouement de la part de l’audience. Les post-punks expérimentent (entre autres) avec l’électro, le jazz et le dub, ce qui fait que oui. Ça ne sonne pas punk du tout. Ou presque pas. Ça dépend des groupes.

Quand on parle de post-styles musicaux, ça dépend souvent des groupes.

Comment faire la différence? Du punk, ça sonne de même :

Pis, du post-punk c’est un peu plus de même:

Ou de même:

La cohésion sonore n’est peut-être pas au rendez-vous, mais l’esprit on-s’en-câlisse est toujours vivant. Sauf que dans le post-punk, on n’hésite pas à emprunter et expérimenter au lieu de faire des variantes sur les mêmes trois accords vingt-six fois de suite et appeler ça un album.

Post-Rock

Un post — beaucoup moins connu. Il existe beaucoup de groupes de post-rock populaires, mais la plupart des gens appellent juste ça du rock. Ou du rock expérimental. Ou du art rock. C’est pas mal toute la même chose. Tous les sous-genres du rock qui expérimentent avec les structures traditionnelles très rigides du style (couplet/refrain/couplet, 4 minutes ou moins, signature en 4/4) s’inscrivent dans la mouvance du post-rock.

Le post-rock est souvent instrumental ou sans paroles pour les mêmes raisons. Parce que le chant est un des instruments conventionnels du rock, donc on peut jouer, tester les limites de ce qu’on peut faire et, si besoin est, juste ne pas en mettre. Le populaire groupe islandais Sigur Ròs fait ça, par exemple. Ils chantant plusieurs chansons en Hopelandic, un langage inventé dans lequel y’a pas de mots.

Fait que du rock, c’est ça :

Pis du post-rock, ça sonne pas pareil pentoute:

Comment expliquer le post-rock en une phrase à vos amis? C’est tout simplement une déconstruction du rock visant à exploiter les possibilités que ses structures rigides ne permettent pas. Et cette idée-là, elle a plusieurs visages.

Post-métal

Le métal, c’est un style de musique avec une structure très conservatrice. En gros, c’est ben d’la guitare (avec des esti de gros solos complexes), une maîtrise technique parfaite de son instrument, paroles fâchées et angoissées et, la plupart du temps, du gros beuglage sale. C’est comme un mariage satanique entre le rock n’ roll et la musique néo-classique.

Et les fans sont réputés pour être très intransigeants avec leurs groupes préférés. S’il y a la moindre déviation au son, ça fait du chialage comme c’est pas possible.

Bien sûr, il y a plein de sous-genres avec chacun leurs spécificités : death metal, black metal, power metal, stoner metal, heavy metal…

… et ces sous-genres ont des sous-genres aussi : technical death metal, brutal death metal, deathgrind.

Cependant, tous ces sous-genres et sous-sous-genre fittent la structure conventionnelle du métal.

Le post-métal explore les possibilités des éléments retrouvés dans la structure traditionnelle du genre et intègre des éléments musicaux d’autres styles de musique. Par exemple, Godflesh (un précurseur post-métal) incorpore des éléments de musique industrielle à sa musique. Des fois on les étiquette comme un groupe métal, parfois comme un groupe de musique industrielle et d’autre fois comme étant un groupe de métal industriel.

Le groupe de musique drone métal américain Sunn O))) est souvent associé au post-métal, parce que leurs chansons ont des structures vraiment très lousses. Ils sont d’ailleurs réputés pour ne pas jouer de chansons en spectacle. Juste de longues impros. Si vous êtes curieux…

Ça dépend de l’album. Ça dépend du groupe. Mais, pour vous faire une grossière idée :

Le métal, ça sonne de même :

Tandis que le post-metal c’est plus…

Le post-métal, c’est une rébellion contre les règles strictes du genre et plus particulièrement, la tendance à glorifier la maîtrise technique des instruments sur les émotions invoquées par la musique.

Post-Grunge

J’aimerais vous dire que je niaise, mais non.

Le mouvement post-grunge (parce qu’il s’agit d’un mouvement plus qu’un style) est né d’un désir de jouer de la musique plus joyeuse et accessible que le grunge pour essayer de faire revivre l’époque glorieuse du rock d’aréna tout en ne tournant pas le dos à l’héritage du grunge….

… ouin.

Next!

Post-Disco

Celui-là vous intrigue, hein?

Et bien, c’est plus simple qu’on le pense. Le post-disco, c’est le début de l’ère moderne de la musique électronique. Alors que le disco était en train de céder sa place au new wave et à la deuxième vague du rock d’aréna, ce sont des artistes avec une esthétique plus crue et franche et un son plus minimaliste qui ont commencé à faire danser les foules. Des artistes comme… Prince, Grace Jones, Kool & the Gang, Earth, Wind and Fire, Rick James, vous les connaissez pas mal tous.

Le post-disco, c’est un peu l’éclatement d’un genre homogène en plusieurs sous genre de musique électronique, parce que les artistes électroniques aussi aiment danser!

Le disco, ça sonne comme ça :

Et le post-disco c’est plus de même:

Y’a plein de styles de musique qui commencent avec le mot post — . J’en ai trouvé 11 en tout. À part ceux mentionnés plus haut, il y a du :

post-jazz

post-bop (ça, c’est comme du post-post-jazz)

post-hardcore

post-industriel (ça c’est weeeeird)

post-britpop (j’ai même pas osé regarder)

post-electro

Et surement plusieurs autres. La grosse leçon apprise de cet exercice, c’est qu’une réaction à un style musical (un post — ) c’est souvent bien personnel et que ça fait partir des chicanes assez facilement sur les médias sociaux lorsqu’on pose la question.

Bref, c’est des artistes plus faciles à apprécier qu’à catégoriser.

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