Le vrai sens de All I Want For Christmas Is You de Mariah Carey

Inconsciemment, on déteste tous Noël. C'est pour ça qu'on aime autant cette chanson.

La musique est ce qui occupe mon esprit 80 % du temps. C’est une obsession dont je ne veux pas me départir. Quand j’écris sur la musique chaque vendredi, je le fais avec une tonne d’amour et un réel souci d’éveiller la même passion chez les lectrices et lecteurs. Je ne m’attarde pas toujours aux paroles des chansons, mais lorsque je le fais, c’est avec la vigilance d’un détective privé et l’endurance d’un chercheur d’or. Serge Gainsbourg disait que la chanson était un art mineur. Je dis « whoah », c’est pas mal plus deep que tu le penses, ti-coune.

Les paroles que je m’apprête à décortiquer devant vous sont parmi les plus fredonnées pendant le temps des Fêtes depuis 1994. La chanson qui en porte les mots joue probablement dans à peu près 824 pharmacies en ce moment même. Une grosse toune pour Mariah Carey, qui a décidé de l’intégrer à son Greatest Hits; une grosse toune pour Noël, avec ses références aux décorations et ses grelots, right?

W-R-O-N-G! On pourrait pas se leurrer plus qu’en disant qu’All I Want For Christmas Is You est une toune de Noël. Au contraire. Va falloir se faire un examen de conscience tout le monde, parce que le morceau de 3 min 45 que vous avez dans la tête chaque fois que vous sortez de l’épicerie en décembre est complètement, totalement et inextricablement ANTI Noël. Si on était dans un film, c’est exactement là que l’aiguille du microsillon prendrait le bord en un crissement dramatique.

On se penche sur les paroles

La petite clochette tinte et les accords inoubliables nous font comprendre en deux secondes qu’on est censé être dans la féérie de Noël, puis Mariah entame sa confession.

I-I-I don’t want a lot for Christmas
There is just one thing I need
I don’t care about the presents
Underneath the Christmas tree

Dès le premier paragraphe, le ton est donné. La Carey se contrefout des traditions. Ça a ben l’air que la fille est pas dans le mood, vous pouvez tout de suite remballer vos joujoux tout le monde. En vraie Diva, elle a sûrement pas daigné regarder sous le sapin pour constater le gros paquet épousant curieusement la forme d’un yacht de 60 pieds.

I don’t need to hang my stocking
There upon the fireplace
Santa Claus won’t make me happy
With a toy on Christmas Day

Comment ose-t-elle, l’ingrate, présumer que le Père Noël lui-même, véritable Jay Du Temple du temps des Fêtes, ne la rendra pas heureuse? Elle n’ira même pas poser son bas au-dessus de la cheminée. Moins de risques d’incendie, mais quand même, la démarche est effrontée sur un moyen temps.

Et là c’est le refrain, qui fesse dans le dash plus violemment qu’un daim sur la 138 :

I just want you for my own (ooh, ooh, ooh)
More than you could ever know (oh, oh, oh)
Make my wish come true
All I want for Christmas is you
You, baby

La madame est vraisemblablement affamée et elle attend juste sa pizza. SA PIZZA, GUYS! On aurait jamais dû starter les « trente minutes ou c’est gratuit » dans les années 90. Maintenant, tout le monde est dans l’appréhension. Pu moyen de leur parler dès qu’ils ont commandé, Mariah la première. « Make my wish come true ». Oui, oui, elle s’en vient ta quattro stagioni pas d’oignon, fille.

Le deuxième couplet atteint des sommets d’irrévérence

Oh, I won’t ask for much this Christmas
I won’t even wish for snow (And I)
I’m just going to keep on waiting
Underneath the mistletoe

Faque Maria Carey n’a rien à cirer de la neige pis de Noël. Elle a juste faim. Ça fait plus de 35 minutes qu’elle attend sous le gui. Pourquoi le gui? Si vous pensez que celle qui enchaîne des contre-fa plus facilement qu’on pogne la grippe a l’intention d’embrasser le livreur, vous êtes dans l’erreur. Les vrai.e.s savent que ya rien de meilleur qu’un extra gui dans une quattro stagioni. Vous essaierez ça. On s’en reparle.

I won’t make a list and send it
To the North Pole for Saint Nick
I won’t even stay awake to
Hear those magic reindeer click

Ouf. Ça, ça fait mal. Comment manquer de respect au Père Noël, aux lutins et aux rennes en un seul demi-couplet assassin ? C’est évident qu’elle va s’endormir. Après avoir mangé une pizz au complet, qui ne le ferait pas? Mais par le fait même, elle va se mettre à dos une belle petite communauté qui a travaillé très très fort ce mois-ci, et de façon totalement désintéressée à part de ça. Scandaleux.

‘Cause I just want you here tonight (Ooh, ooh, ooh)
Holding on to me so tight (Oh, oh, oh)
What more can I do?
Oh baby, all I want for Christmas is you
You, baby

Recommencez-moi pas sur le refrain. Son effronterie, j’en ai eu ma claque.

Mais le bridge, lui?

Le bridge, le bridge, c’est pas une raison pour se faire mal. Ok, on assiste presque à un laisser-aller de la part de la terrifiante némésis de Whitney Houston. Aurait-elle abdiqué, dans le genre de « fuck off ma pizza, le temps des Fêtes cogne à la porte de mon cœur »?

Oh, all the lights are shining
So brightly everywhere (So brightly, baby)

And the sound of children’s
Laughter fills the air (Oh, oh)
And everyone is singing (Oh, yeah)
I hear those sleigh bells ringing (Yeah, oh)

Nous aussi, on entend les grelots qui percutent nos tympans depuis les premières mesures de la chanson. C’est comme si le backing band de Mariah s’était mis dans la tête de la ramener sur le bon chemin. La magie de Noël est peut-être en train de faire effet?

Santa, won’t you bring me the one I really need? (Yeah, oh, oh)
Won’t you please bring my baby to me?, yeah

Eh ta… Il me semblait aussi que le répit ne pouvait pas durer. Plus bornée qu’un Legault qui n’a pas encore eu son troisième lien, la chanteuse persiste et signe (le genre de personne à rappeler la pizzeria à tous les 15 minutes pour être sûûûûre que sa commande est bien en train d’être préparée).

Oh, I don’t want a lot for Christmas
This is all I’m asking for (Ah)
I just want to see my baby
Standing right outside my door

Pour les gens qui doutaient encore que c’était un livreur de pizza dont il était question, la preuve est ici criante. Qui attendrait devant sa porte, sinon un poli et sympathique employé du Domino’s, hein? QUI???

Le dernier refrain ou la culmination de l’arrogance

Oh, I just want you for my own (ooh)
More than you could ever know (oh, oh)
Make my wish come true
Oh baby, all I want for Christmas is…

Youuuu
You, baby all I want for Christmas is you, baby
Youuuu
All, all, all, all I want for Christmas is you, baby
Youuuu
All I want for Christmas is you, baby

Avec une brutalité qui n’est pas sans rappeler l’imperturbable météore qui a mis fin au règne des dinosaures, il y a 65 millions d’années, Mariah Carey passe à travers la magie des festivités en éclaboussant tout sur son passage, aveuglée et étourdie par ses envies dévorantes d’une spécialité culinaire italienne. Elle ne veut pas entendre raison, et sa chanson est un véritable cri de guerre adressé au temps des Fêtes, moment de l’année où bien souvent, à cause de la neige ou des trop nombreuses commandes, les livreurs sont plus en retard qu’à l’habitude. VOILÀ. Je m’excuse sincèrement d’avoir ainsi malmené votre naïveté par mon exposé magnanime.

Au prochain Le vrai sens des chansons, on va voir comment Entre l’ombre et la lumière de Marie Carmen est en fait une chanson sur la dépendance aux Demi-lunes Vachon. Bonne Semaine!

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