Les 10 commandements du DJ

Au nom du booth, du mixer et du saint dancefloor, Amen !

Le monde des DJs peut paraitre comme une jungle parfois. Avec la diversité de gigs (corpo, club, bar, 5 à 7, festival, etc.) et le nombre record de soi-disant DJs (« j’ai 3000 followers et une playlist Spotify de feu ») qui s’ajoute à une large liste d’artistes établis, il semble que la seule règle qui prévaut dans le milieu est celle du chacun pour soi. Toutefois, il existe aussi une solidarité entre les vrais DJs et un certain code qui règne au sein de la scène pour régir l’ordre naturel des choses.

Comme tout écosystème, le monde du DJing est très délicat : les vieux matous cohabitent avec les jeunes loups et les éléphants du top 40 foulent le même sol que les cobras spécialisés en genres nichés. Histoire de garder ce fragile équilibre, j’ai établi une liste de 10 commandements à respecter. Recrue ou vétérans, on ne pourra jamais être parfait (que celui qui n’a jamais péché lance le premier disque), alors sans prétention, voici les 10 commandements du DJ.

1) Tu n’abaisseras pas ton prix au détriment des autres

Il existe un immense écart entre l’argent que l’on peut gagner entre une gig dans un bar et celui dans un festival. La notoriété, les médias sociaux et le budget de l’évènement jouent tous un rôle dans le prix du cachet. Cependant, un certain montant de base doit être exigé, pour protéger la dignité et l’importance du travail de DJ. Malheureusement, trop de nouveaux dans le domaine acceptent de se faire sous-payer pour accéder à un certain statut ou pour gagner de l’expérience. Sauf que c’est une pente glissante puisque ça permet aux promoteurs et aux propriétaires d’offrir des peanuts et de changer leur structure de paye dans le futur. Ça dévalue le travail.

Déjà qu’il n’y a pas de syndicat de DJs, et que leur apport durant les événements est souvent sous-évalué, il ne faut pas en plus se faire payer moins. En refusant les lowball offers par solidarité, on garde les salaires de tous à un juste prix.

2) Tu n’iras jamais dans le rouge

Quelque part, un(e) sound (wo)man bénit le ciel qu’on mentionne ce problème. Le rouge, c’est le lieu où la qualité sonore meurt et où la distorsion règne. On peut même endommager le système de son du club si on y va trop fort. Il y a plusieurs façons d’augmenter le signal sans risquer de détruire les tympans des danseurs donc, pour l’amour du ciel, n’allez jamais dans le rouge.

3) Tu laisseras ta place au prochain avec dignité

Le plus délicat des commandements, c’est d’avoir la courtoisie de laisser la scène au prochain DJ et de ne pas empiéter sur son set. À la radio ou à la télévision, une émission termine et la prochaine embarque immédiatement. On ne laisse pas un(e) humoriste faire une « dernière petite joke » de 10 min qui empêche le prochain de monter sur le stage. Donc, quand il est temps de céder sa place, il faut le faire avec grâce et dignité sans insister pour jouer un peu plus longtemps.

Un peu comme respecter le puff-puff passe, la rotation est sacrée et ne doit pas être altérée par l’ego du DJ. Ceci étant dit, si le DJ international invité headliner qui a rempli la salle tout seul(e) veut jouer un 30 min de plus pour clore la soirée et que le DJ en résidence est quand même payé, il faut à ce moment-là faire preuve d’humilité et permettre à la foule d’en profiter. Ça permet également au DJ invité de garder un bon souvenir de la ville et de la salle.

4) Tu ne parleras pas en mal d’autres DJ

La médisance est omniprésente dans toutes les sphères artistiques. Toutefois, dans le monde du DJ, elle encore moins sa raison d’être, car une sélection naturelle s’opère.

Tous les goûts sont dans la nature et il y a tellement d’offres et de demandes qu’un équilibre s’installe dans l’univers des bookings. Les DJs qui font mal leur travail ne seront pas réinvités, et tout le monde a sa niche. Il faut aussi cesser de critiquer le format ou l’équipement d’un DJ surtout si la foule danse quand même. Et si les gens sont bookés pour les mauvaises raisons ou ne sont pas de « vrai(e)s » DJs, la gig ne vous a tout de même pas été arrachée des mains et s’ils ne remplissent pas les attentes ils seront les seuls à vivre avec les conséquences.

Vaut mieux améliorer ses routines et découvrir de nouveaux sons ou de nouvelles opportunités plutôt que de dénigrer un autre dans sa démarche. Toutefois, s’ils sont coupables d’un des péchés proscrits par les 10 commandements, une critique est de bonne guerre.

5) Tu ne joueras pas la musique de l’artiste invité

Règle d’or pour le DJ qui ouvre le bal et réchauffe la foule avant un spectacle, il ne faut JAMAIS jouer une chanson du catalogue de l’artiste vedette. Que ce soit une vieille toune, que vous ayez vu le setlist, que ce soit de l’instrumental ou pour quelques secondes seulement, il ne faut JAMAIS le faire. Plusieurs DJs se sont fait carrément débrancher pour avoir commis ce péché capital. Don’t be that DJ!

6) Tu n’abuseras pas de l’espace sacré du DJ booth

Lors d’un souper au resto où ton ami est chef, tu ne vas pas le voir faire cuire ton magret en cuisine? Donc si ton collègue spin, ne va pas te poster derrière les platines pour observer ses faits et gestes. L’espace dans le booth est déjà restreint et accepter un sac à dos ou 2 manteaux ça passe, mais deux amis DJs qui flânent dans le booth pour une demi-heure et qui vident la moitié de la bouteille de courtoisie, c’est NON!

7) Tu ne copieras pas la routine d’un autre

Souvent, une certaine transition, un blend ou un loop sont les marques de commerce des DJs. C’est le special move qui fait réagir la foule et rend la performance du DJ mémorable. Les gens payent pour assister à ces moments de magie auditive. Il est impératif de respecter la créativité des autres et de ne pas copier une routine de DJ. Dans le monde des battles de DJ, on se ferait disqualifier et huer, mais dans le club la foule n’est pas au courant. Il faut tâcher de créer ses propres remix et séquences, car on court le risque de dévaluer l’aspect performance du DJ

Ce qui nous amène au prochain commandement.

8) Tu ne joueras pas un mix préenregistré

« Oui, mais c’était un set dans une maison de retraite! » « Personne ne voyait le booth.» « Je connais pas ce style de musique! » Toutes les excuses sont bonnes, mais cet acte de fraude musicale est inacceptable. Jouer un mix préenregistré (encore pire si ce n’est pas notre création) est à proscrire en tout temps. Sinon, pourquoi le DJ existe-t-il? On n’est qu’à quelques avancées technologiques d’être remplacés par des playlists et des DJ en intelligence artificielle, donc on ne peut se permettre de jouer à ce jeu dangereux. De toute façon, appuyer sur play et faire semblant de mixer en style mime est déjà un châtiment en soi.

9) Tu ne voleras pas de disques ou de gear

Ceci est le plus évident des commandements, mais aussi un qui est souvent enfreint. Que ce soit un adaptateur, une aiguille ou un disque rare brésilien, le vol c’est horrible. Surtout que les DJs dépendent de leurs équipements, qui ont souvent une grande valeur monétaire et symbolique. Beaucoup d’entre nous se sont fait voler dans notre dans coffre de voiture ou dans notre appartement, mais quand c’est par un autre DJ, c’est encore plus frustrant. Le karma risque d’être effroyable si vous volez ou « empruntez » à un(e) collègue.

10) Tu respecteras le staff et les clients

Le double booking du manager de bar et les clients qui échappent leurs bières sur les platines pour faire une request de Justin Bieber abondent, mais ce n’est pas une raison pour oublier ses bonnes manières. Courtoisie, ponctualité et professionnalisme sont de mise lorsque l’on joue dans un établissement. Le comportement contraire peut gravement affecter la décision de l’établissement de continuer d’engager des DJs dans l’avenir. Bien traiter les clients de l’établissement est également important : en plus d’interagir avec eux de façon polie et enthousiaste, le DJ assume aussi un autre rôle par son point de vue unique sur la piste de danse : beaucoup d’abus et de situation fâcheuse sur le dancefloor peuvent être résolus ou prévenus si le DJ bienveillant reste aux aguets et agit de façon responsable.

Donc voilà, ces commandements sont à prendre comme guide du savoir-vivre plutôt que comme proclamation de Moïse au mont Sinaï. Ceci étant dit, sachez qu’il y a un endroit spécial en enfer pour les voleurs de disques vinyles et et les DJ set préenregistrés. J’espère que la scène saura se réguler et que les pécheurs pourront se repentir, au nom du booth, du mixer et du saint dancefloor, Amen!

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