Les adieux de Solids

Le groupe montréalais prend une pause, après une décennie de tournées intensives.

En septembre dernier, le groupe punk montréalais Solids a fait une grande annonce via sa page Facebook : le band prendrait une pause d’une durée indéterminée à partir de 2020. Cette pause coïncide avec les 10 ans du groupe, qui faisait partie d’un certain milieu underground qui s’est illustré à travers le monde au milieu des années 2000. Leur premier album, Blame Confusion, avait eu droit à des mentions chez Pitchfork et chez Les Inrocks, et leur avait permis de quitter leurs emplois pour s’adonner à la musique à temps plein. 

Les fans atterrés par la nouvelle pourront se consoler en assistant à l’un des concerts d’adieux que Solids organise en décembre. Je les ai rencontrés pour discuter de leurs spectacles à venir, des 10 ans du groupe et de ce que le futur leur réserve. 

Quand Solids a annoncé ses shows d’adieux, j’étais d’abord triste de voir s’éteindre un groupe emblématique d’une certaine époque pour la « scène montréalaise », mais aussi étonnée de voir un band célébrer en grande pompe la fin d’une époque. Plein d’autres musicien.nes laissent tout simplement leurs projets s’essouffler ou se faire oublier, mais pas Louis et Xavier, les gars de Solids. 

Dans un bar Tiki du Chinatown de Montréal, ils m’expliquent d’abord ce qu’ils veulent dire par « pause indéterminée ». « Je pense que c’est juste… une pause prolongée… possiblement très très longue (rires), me raconte Xavier, le guitariste du groupe. On voulait juste pas se fermer de portes. Si jamais on est vraiment inspirés pour revenir dans quatre, cinq ou dix ans, on veut pas être le monde qui ont caller ça off pis qui reviennent. » 

Son collègue Louis, le batteur de Solids, en profite pour m’assurer qu’il n’y a pas de beef entre les deux gars, verbalisant ce dont je me doutais déjà vu l’ambiance assez relaxe autour de la table. En fait, le duo commençait à avoir fait le tour du projet depuis un moment… d’où l’envie de prendre une pause. Et pourquoi faire une annonce officielle et une tournée d’adieux? Tout simplement pour avoir une bonne raison de faire quelques derniers shows.

« On s’est dit que tant qu’à fermer ce chapitre-là ben on le ferait comme il faut », explique Louis. « Ça toujours été live que ça se passait le plus fait que je pense que c’est normal de vouloir finir ça comme ça », renchérit Xavier. Ils vont donc profiter de ces spectacles pour revisiter de vieilles chansons qu’ils n’ont pas nécessairement jouées dans les dernières années et y incorporer une deuxième guitare, celle de Guillaume Chiasson (Ponctuation, Bon Enfant), qui s’est joint au groupe après la sortie de leur EP Else en 2016. « Du nouveau, vieux répertoire », comme l’a si bien résumé Louis. 

Pendant mes recherches pour préparer notre rencontre, je suis tombée sur des entrevues faites en 2013-2014 et les gars semblaient assez à boutte après la tournée de Blame Confusion. Les mots « creatively drained » sont ressortis à quelques reprises dans les textes que j’ai lus et je me suis demandé si cette expérience avait été difficile pour eux. 

« Pour nous, et pour beaucoup de bands qu’on a côtoyés, oui c’est le fun de revenir à la maison après la tournée, mais tu tombes tellement smooth tout d’un coup que t’as pas nécessairement envie d’aller rejouer de la musique tout de suite après », m’a expliqué Xavier. Quand l’espèce d’effervescence de la tournée s’estompe, c’est parfois plus difficile de retourner en studio, ou tout du moins, ça l’a été pour eux. 

Louis abonde dans le même sens, « En tant que kid qui a voulu faire ça toute sa vie, c’est un peu fou [la tournée]. Nous, on a fait que ça pendant à peu près quatre ans. Littéralement que de la musique. C’était fou, mais à la fin c’est comme n’importe quoi qui était un loisir pis qui devient ta job… » Le nombre de « shows bruns » surpasse souvent le nombre de spectacles le fun, les journées se suivent… bref, la routine s’installe même lorsqu’on vit pratiquement dans une van de tournée. 

Malgré tout, les deux membres fondateurs du groupe s’entendent pour dire que les dix dernières années ont été tout un trip. De leurs débuts sur la petite scène de l’Escogriffe sur Saint-Denis jusqu’à celles des fameux festivals South By Southwest (SXSW) et Osheaga, Solids peut être fier de son parcours. « Je ne pensais jamais que j’aurais l’occasion de faire juste ça [la musique] pis d’avoir eu la chance de le faire pendant quelques années c’est vraiment cool », continue Xavier. 

Après les spectacles du 6 et du 7 décembre prochain, Louis et Xavier mettront la clé sous la porte de Solids… au moins pour un temps. « Je vais prendre un break musical cet hiver, m’a dit Louis. Je vais régénérer mon épuisement artistique (rires). » Le guitariste lui, se concentre sur un projet musical « très embryonnaire » et continue de travailler chez l’étiquette de disque Bonsound. 

Pour plus d’informations sur les spectacles d’adieux de Solids, rendez-vous sur leur page Facebook.

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