Jade Bressan

Les artistes québécois doivent-ils déménager à Montréal pour percer ? Jean-Michel Blais raconte sa dure arrivée dans la métropole.

Retour sur le balado Bajada Dialogues.

Le Québec déborde d’artistes de talent, mais force est d’admettre que l’attention médiatique se pose trop rarement sur les scènes locales qui ne se résument pas à « quelque part entre Montréal et Longueuil ou peut-être des fois Québec ». (On salue Kaytranada, Karim Ouellet et Alaclair Ensemble!)

Si on sait d’où viennent les Richard Desjardins, Fred Fortin et autres Philippe B, on met rarement de l’avant le son particulier de l’Estrie ou de Lanaudière… Un artiste peut donc être tenté de déménager à Montréal pour se faire entendre, mais cette transition est-elle souhaitable? C’est l’un des sujets abordés dans le nouvel épisode du podcast Bajada Dialogues mettant en vedette le pianiste Jean-Michel Blais, qui lance aujourd’hui Dans ma main, un deuxième album fort attendu.

De la banlieue à l’anonymat

« J’ai grandi à Nicolet. C’est vraiment suburb, presqu’une ville-dortoir. Trois-Rivières était notre référence… On ne parle même pas de Québec ou de Montréal! », explique le musicien à l’auteur-compositeur-interprète Jason Bajada (pour sa part originaire des Laurentides).

« Des fois, j’envie les gens qui sont nés à New York ou à Londres. Ils ne connaissent pas la même vitesse, le même rythme! En même temps, pour nous, il y a toute cette nature, cette appréciation des choses… il y a tant de place à la découverte au cours de notre vie. On ne nait pas blasés. Mais on peut avoir peur. J’ai eu beaucoup peur au début. Je sentais que je voulais venir à Montréal, mais ça m’a pris deux ans de tampon à Québec, parce que c’était trop intense. Et quand je suis arrivé à Montréal, je trouvais encore que ça allait trop vite. »

« J’ai grandi à Nicolet. C’est vraiment suburb, presqu’une ville-dortoir. Trois-Rivières était notre référence… On ne parle même pas de Québec ou de Montréal! »

Jason Bajada renchérit en racontant l’époque où il réservait des salles montréalaises, puis où ses amis du Nord descendaient dans la métropole, donnant l’impression qu’il était simple de vendre tous ses billets, mais laissant dans l’ombre l’importance de séduire l’industrie, de s’associer à des relationnistes, des agents, des labels. Parce qu’entre un article dans un journal de région et la première page du Voir, il y a un joli flou. Un lot d’étapes pas si claires à franchir.

« Tu prends une débarque, poursuit Jean-Michel Blais. Quand je suis arrivé à Montréal, j’étais soudainement un pianiste parmi plusieurs. Ça a inhibé beaucoup de choses en moi. Tu n’es plus le top, tu es un poisson dans un océan. Ça m’a pris du temps pour me reconnecter. Ça m’a pris dix ans… à en oublier que j’étais pianiste. Des années complètes à ne pas jouer de piano parce que ce n’était plus ma raison d’être. »

S’acclimater et exploser

Ce qui a sorti l’artiste de sa torpeur? Ceux qui l’aimaient : « On a dû me convaincre que j’avais de quoi à dire, à partager. Je pense que c’est important de s’entourer de gens qui croient en toi. Ce sont mes amis qui m’ont poussé, qui m’ont demandé de recommencer à faire des shows. »

Ceux qui l’aimaient… et un important label indie de Toronto ayant signé des artistes tels que Feist, Timber Timbre, Kid Koala, Moby et Chilly Gonzales! « Quand Arts & Crafts m’a trouvé, par hasard sur Internet, ils ont dû me convaincre très fort de lâcher ma job de prof d’éducation spécialisée au cégep pour foncer dans le monde planifié et sécurisant de la musique… »

Parce que oui : c’est grâce à un employé d’Arts & crafts écoutant simplement du piano sur Bandcamp que Jean-Michel Blais a été « découvert » et qu’il jouit aujourd’hui du rayonnement qu’on lui connaît. Il raconte à Jason Bajada : « Je me souviendrai toujours du courriel que j’ai reçu. J’étais sûr que c’était une joke! Je m’en allais le flusher, mais j’ai d’abord appelé un ami qui m’a dit : “‘DUDE, comprends-tu ce qui t’arrive? ”’ Je partais de loin… Quand tu viens du classique, tes référents sont peut-être autres. »

Alors, c’est à la grosse Montréal, à des amis fidèles ou au web plein de surprises qu’on doit le succès de Jean-Michel Blais? Dur à dire. Chose certaine, on l’espère pérenne, même si l’artiste, lui, ne semble pas trop s’en faire avec ça : « Je me dis que ça durera le temps que ca durera. Je suis ben go with the flow. »

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Pour entendre Jean-Michel Blais et Jason Bajada jaser de succès, d’enseignement et de Jean-Martin Aussant (!), ça se passe juste ici, dans le tout nouvel épisode des Bajada dialogues.

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