Les cinq vrais gagnants du gala de l’ADISQ (et les trois perdants)

Maintenant tout le monde sait c'est qui, Alexandra Stréliski.

Le 41e gala de l’ADISQ est derrière nous. Le champagne tiède a été siroté, les paillettes mollettes se sont fait voir et j’ai eu ma dose annuelle d’Herby Moreau, pour reprendre l’animateur Louis-José Houde. Comme toute remise de prix, il y a eu des gagnants, des perdants, des surprises et des gens en beau sifflet sur les médias sociaux pour des raisons pas toujours pertinentes. Mais au final, ce n’est pas toujours la remise d’un trophée qui fait école.

Voici donc la vraie de vraie liste des gagnants et des perdants de la soirée

GAGNANT : Louis-José Houde

« Je peux pas croire, faut que je commence le show en disant de pas se rentrer le prix quelque part! »

Difficile à croire, mais même après 14 galas, Louis-José Houde réussi à trouver de nouvelles façons de faire rire au gala de l’ADISQ. Son numéro d’ouverture commençait avec des flèches à Mario Pelchat et Hubert Lenoir, qui ont fait des vagues au gala l’année passée. Heureusement, l’humoriste n’est pas tombé dans le piège du réchauffé. Il a aussi parlé de la rançon de la gloire et des heures pas claires des spectacles de musique. « Ah! Y’a une heure su’l billet, vague suggestion! » Plus la soirée avançait, plus il laissait la place aux artistes et s’effaçait peu à peu. Le long numéro sur la mort de MusiquePlus avec Ariane Moffatt était peut-être un peu long, mais sinon, Louis-José s’en est encore une fois plutôt bien tiré.

PERDANTS : Jérôme 50 et Lou-Adriane Cassidy

Par le passé, l’ADISQ avait l’habitude de prendre les cinq artistes en nomination pour le prix de la révélation de l’année et de les mettre ensemble dans un numéro. C’était souvent l’occasion pour ces jeunes artistes de se faire valoir l’instant d’un couplet-refrain bien senti. Cette année, trois des nommés ont pu prendre la scène avec un ou des artistes établis. Mais Jérôme 50 et Lou-Adriane Cassidy sont restés assis toute la soirée.

Oui, les deux ont chacun eu droit à un numéro lors du Premier gala. Sauf que le public n’y est pas le même. Le Premier gala s’adresse à un public plus pointu sur la petite vitrine de Télé-Québec. Ces deux artistes auraient pu avoir beaucoup plus de visibilité devant le grand public, celui qui est peut-être moins curieux et qui se sert du gala principal pour faire le plein de découvertes, un dimanche soir.

GAGNANTE : Alexandra Stréliski

Je ne crois pas avoir été la seule à avoir misé sur Les Louanges pour quelques prix au gala de dimanche. Mais voilà qu’une pianiste l’a coiffé pas une, mais deux fois dimanche. C’est en effet Alexandra Stréliski qui est repartie avec les catégories de découverte de l’année et d’auteure ou compositrice de l’année.

Qu’on se comprenne bien toutefois : la surprise vient du fait que les artistes instrumentaux ne remportent jamais ces trophées, d’habitude. Alexandra Stréliski est dans une classe à part et mérite amplement ces deux prix. Elle a d’ailleurs eu la chance de prouver son talent aux sceptiques quelques instants après le prix de révélation de l’année, alors qu’elle a fait un duo avec Elisapie Isaac. Et justement :

GAGNANTS : La scène musicale autochtone

Les musiciens des Premières Nations n’ont pas beaucoup de place dans les médias. Quelle bonne idée alors d’avoir instauré une nouvelle catégorie pour les mettre en valeur !

Une partie de moi aurait aimé voir un nom peu connu comme Maten, Matiu ou Shauit remporter le prix. Mais c’est difficile d’être contre la victoire de Florent Vollant. C’est un artiste qui met tellement d’efforts dans la communauté depuis si longtemps. C’est un vieux routier : il s’était fait connaître dans le duo Kashtin, qui avait remporté deux prix Félix en 1990. Gentleman comme pas un, Florent Vollant a invité tous les artistes en nomination avec lui sur scène. « En ce moment historique, on est tous gagnants », dit-il. « On n’est pas ici juste parce qu’on est autochtones. On est ici parce qu’on est bons. »

PERDANT : Le dentiste de Loud qui aurait voulu plus de visibilité lui aussi

Loud était en nomination dans quatre catégories dimanche. Mais comme un Jonathan Duhamel en plein jeu, il ne laissait transparaître aucune émotion chaque fois que la caméra était braquée sur lui. La plupart des artistes donnaient un sourire à la caméra, faisaient des coucous, une grimace. Et si on s’appelle Marie-Mai, on se revire vers la foule qui scande son nom, dans l’espoir que ça la fasse gagner (spoiler: ça ne marchera pas). Mais Loud était… Loud. Il a quand même craqué un début de sourire lorsqu’il a enfin gagné le prix d’interprète masculin de l’année. Il a même blagué en disant porter un tuxedo d’Hochelaga, lui qui s’est pointé sur scène en coton ouaté.

Ce qui m’amène à me demander ce qui me choque le plus : le fait que ça prendrait les économies de mon bloc complet dans le ‘Chlag pour acheter son chandail Balenciaga, ou le fait qu’il était le seul en coton ouaté quand Bleu Jeans Bleu était dans la salle ?

GAGNANT : Pierre Lapointe

Pierre Lapointe a envie de brasser la cage depuis un bout. Il a d’abord fait une sortie remarquée à Tout le monde en parle la semaine dernière contre les paradis fiscaux et l’absurdité du gratin de Monaco. Et voilà que cette fois-ci, il s’en est pris à l’inaction gouvernementale devant les grandes compagnies étrangères comme Spotify qui ne contribuent pas au financement de la culture à sa juste valeur. Il affirme d’ailleurs qu’il serait grand temps que ces entreprises commencent enfin à payer des taxes. Et ce ne sont pas tous les artistes qui se rendent à un million d’écoutes, seuil pour lequel il affirme ne recevoir que 500$. On imagine donc les peanuts qui se rendent aux artistes moins établis qui peinent parfois à joindre les deux bouts. « Il en va de notre survie culturelle! »

Pierre Lapointe est un homme qui a beaucoup de succès et de respect dans l’industrie de la musique. C’est après tout lui qui a été choisi pour animer le Premier gala de l’ADISQ mercredi. C’est donc franchement rafraîchissant de voir un artiste avec autant de pouvoir et d’influence utiliser sa plateforme pour défendre ses consœurs et confrères.

PERDANTS : Ceux qui se fâchent chaque fois qu’un artiste dit qu’il ne s’attendait pas à gagner

Il faudrait être imbue de soi-même en tabarouette pour se dire, à l’avance, qu’on prévoit battre Ginette Reno, Marie-Mai, Ariane Moffatt et Lara Fabian pour le prix d’interprète féminine de l’année. C’est donc bien normal que Cœur de Pirate ait été sous le choc en allant chercher son second trophée. Quant à moi, elle a eu l’air beaucoup plus ridicule dans son costume tout droit sorti de Zombadouwow Pif Pif, lorsqu’elle a présenté la catégorie de l’album hip-hop de l’année, que lorsqu’elle a sorti la fameuse phrase qu’on voudrait bannir. On regarde des galas pour voir de l’émotion et elle nous en a donné beaucoup en montant sur scène tout ébranlée.

GAGNANT : Tous ceux qui prennent Ginette Reno pour acquis

Je vais être honnête : des quarante albums que Ginette Reno a fait paraître, je n’en ai écouté aucun. Je connais ses plus grands succès, je sais qu’elle est un monument, une légende, etc. Mais je dois trouver que je suis trop punk pour écouter de l’adulte contemporain, peu importe ce que ça désigne comme catégorie.

Mais voilà que, sans que je ne le demande, on m’a imposé Ginette Reno. Ou plutôt, Ginette Reno s’est imposée d’elle-même. Sur scène, celle qui avait remporté le Félix de l’album le plus vendu m’a jetée par terre. C’est une chose de savoir que c’est une grande chanteuse, c’en est une autre de le voir et de l’entendre, en direct à la télé. Sa performance de « À jamais » m’a donné la chair de poule. Être trop cool pour la ligue c’est stupide si on se prive de ce que Ginette fait. Même si ce n’était que de ce moment-là, le gala de l’ADISQ 2019 en aura valu la peine.

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