Myriam Francoeur - Photographie

Les Katacombes et l’embourgeoisement : la co-propriétaire de la coop explique les raisons de la fermeture.

Tremblement de terre pour la scène underground montréalaise.

C’est maintenant officiel, même si la rumeur courait depuis un certain temps, la coopérative de solidarité des Katacombes fermera ses portes le 31 décembre prochain, après 13 ans d’existence.

La fermeture de cette salle de spectacle du circuit indépendant, véritable référence pour la scène underground de la métropole, laissera un trou béant dans le paysage punk et métal de l’ensemble du Québec. Selon le communiqué de fermeture de l’établissement, près de 2 000 shows ayant attiré environ 350 000 personnes y ont été présentés à travers le temps.

Située à l’angle de la rue Ontario et du boulevard Saint-Laurent depuis 2009, la coop des Katacombes avaient également occupé, de 2006 à 2009, un local situé au sud de la rue Sainte-Catherine, toujours sur le boulevard Saint-Laurent. Les fondatrices de la coopérative avaient auparavant fait leurs premières armes au sein d’une autre salle de spectacle mythique de la scène underground, l’X, fermée en 2004. Les Katacombes pouvaient d’ailleurs se targuer d’être l’un des rares lieux culturels gérés principalement par des femmes à Montréal.

De nombreux événements à relocaliser

Plusieurs événements récurrents devront ainsi être relocalisés pour la prochaine année. C’est que la salle de spectacle accueillait plus d’une dizaine de spectacles indépendants mensuellement, en plus de nombreux festivals : le Varning from Montreal, le Earslaughter, le Quebec Deathfest, le Montreal Oi! Fest, le Revolution Fest, le Zoofest, le Not Your Babe Fest, le Pouzza Fest pour ne nommer que ceux-là.

Jointe au téléphone, Janick Langlais, responsable de la programmation et membre fondatrice de la coopérative explique : « Ç’a toujours été la mission des Katacombes, d’aider la relève musicale, de créer des connexions internationales et du réseautage pour faire grandir la scène underground. » Elle poursuit : « Je crois que c’est important de souligner que les Katacombes était une salle par et pour la scène alternative. Il y a des villes où ce genre de venue DIY[1] a complètement disparu, comme Toronto, par exemple. »

Bien qu’associées surtout aux mouvements punk, rock et metal, les Katacombes ratissaient beaucoup plus largement que ces sous-cultures. En effet, on y retrouvait nombre de spectacles d’humour, des soirées de danse swing, des conférences, des tournages de film, des spectacles hip-hop, folk, ska, jazz et bien plus encore. La coopérative avait également un côté militant, accueillant beaucoup d’événements-bénéfice au profit d’organismes communautaires, de collectifs féministes ou antifascistes, de librairies anarchistes ou de groupes pour la défense des droits des animaux, par exemple.

La faute de l’embourgeoisement ?

Loyers trop élevés, propriétaires spéculatifs qui veulent revendre leurs terrains à profit ou encore plaintes de bruit de nouveaux locataires aisés, les récentes fermetures de salles de spectacle de la relève semblent toutes pointer dans la même direction : l’embourgeoisement (gentrification en anglais) des quartiers centraux de la métropole. Ce fut le cas pour le Spectrum en 2007, le Café Chaos en 2014, Les Bobards en 2015, L’Inspecteur Épingle en 2016 et pour le Divan Orange en 2018.

Le communiqué de fermeture de la coopérative énonce le même genre de motifs : loyer trop cher, taxes trop élevées et un propriétaire qui prévoit démolir le bâtiment et qui ne veut donc pas investir pour le rénover. Pour Janick Langlais, l’une des co-propriétaires de la coop, l’embourgeoisement du centre-ville est la principale responsable de cette situation, même si elle pointe aussi le manque de financement public des petites entreprises culturelles. « Nous ne sommes pas reconnus comme un lieu de diffusion professionnel, ce qui nous coupe l’accès à pas mal de subventions, même si on accueillait régulièrement des artistes professionnels », indique-t-elle.

À venir

Le 31 décembre prochain marquera donc la dernière prestation musicale tenue sur la scène de la salle du boulevard Saint-Laurent. Pour l’occasion, sans trop donner de détails, Janick Langlais prévoit un dernier concert d’envergure pour dire adieu aux décors ornés de têtes de mort et de vieux débris métalliques qui caractérisent les Katacombes. Ce sera le party officiel de fermeture. « On espère que les gens viendront une dernière fois pour soutenir les bands et la coop ! » souhaite la responsable de la programmation qui travaille déjà sur l’ouverture d’un autre lieu dans les années à venir.

Si, comme l’auteur de ces lignes, vous faites partie des gens qui y ont vu de nombreux spectacles, voire même qui y ont performé, vous savez très bien ce que la perte de cet espace signifiera pour la communauté artistique montréalaise, surtout pour la scène alternative. Cette salle, c’était l’une des dernières salles abordables avec une capacité intermédiaire dans le Quartier Latin. Pourtant, à l’arrivée de la nouvelle année, les Katacombes seront chose du passé pour le Red Light de Montréal, qui y laissera vraisemblablement une partie de son âme par le fait même.

R.I.P. Katacombes 2006-2019

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