Les spectacles d’hologrammes : à qui reviennent les droits ?

Ramener quelqu'un d'entre les morts, c'est pas si simple que ça.

La semaine dernière, on apprenait que le monde aura droit à (un autre) concert «d’hologrammes», mettant cette fois-ci en vedette deux stars du rock n’roll, Roy Orbison et Buddy Holly.

Si vous vivez sous une roche et que vous n’avez pas encore entendu parler de ce phénomène d’hologrammes, ou si vous êtes fans de cette technique et que vous pensez qu’on vit dans le futur, laissez-moi péter votre balloune; ce ne sont pas vraiment des hologrammes, mais plutôt une illusion d’optique créée avec un projecteur.

Mais reste que l’effet est saisissant, et depuis le concert holographique de Tupac à Coachella en 2012, la folie s’est emparé du monde de la musique. Depuis, les concerts d’artistes décédés se multiplient.

Mais un concert avec un mort, comment on organise ça, légalement?

Une question de succession

Histoire d’éclaircir le mystère, j’ai contacté Robert Brouillette, avocat spécialisé en propriété intellectuelle.

Si par exemple je voulais créer une tourne de spectacle d’Alys Robi, décédée en 2011, comment est-ce que je devrais procéder?

«Les droits d’auteurs pour un spectacle musical, c’est un peu plus compliqué : il y a un droit d’auteur sur les paroles, sur la musique, et il y a un droit sur la représentation, sur le spectacle lui-même».

Bref, pour chaque chanson qui serait présentée pendant mon spectacle, je devrais évidemment payer les droits d’auteur sur les paroles et la musique, mais je devrais également payer des droits d’auteurs pour avoir recréé une performance scénique de Mme Robi (un peu comme dans le cas du Backpack Kid qui a poursuivi les créateurs de Fortnite pour avoir copié sa danse, le «floss»).

Mais mon problème, c’est qu’Alys Robi est morte. À qui je paie les droits d’auteurs, alors?

«Aux détenteurs des droits», répond l’avocat. Il me faudrait alors trouver qui possède aujourd’hui les droits des chansons et des performances d’Alys Robi, que ce soit une maison disque, une entreprise ou sa descendance.

Et ça va rester comme ça jusqu’en 2061, parce qu’au Canada, les droits d’auteurs perdurent 50 ans après le décès de l’artiste. Aux États-Unis, c’est 70 ans, et selon Robert Brouillette, il y a de bonnes chances pour que le Canada finisse par emboîter le pas.

Bref, si je veux faire un spectacle d’hologramme d’Alys Robi gratuitement, ça pourrait aller jusqu’en 2081. Je sais pas si il va lui rester beaucoup de fans d’ici là.

Comment ne pas se faire ramener d’entre les morts?

Mais en plus d’une question légale, il y a toute une question éthique quant aux hologrammes. Une tournée holographique d’Amy Winehouse avait soulevé beaucoup de questions. Après tout, l’artiste détestait la vie de tournée et la célébrité; n’est-ce pas étrange de la condamner à la vie de tournée pour l’éternité?

Alors, disons que je suis un artiste connu (vous devriez m’entendre chanter au karaoké, les gens en restent marqués à vie… pour les mauvaises raisons), et que je décide que je ne veux pas, sous aucun prétexte, être ramené à la vie en tant qu’hologramme une fois que je serai parti rejoindre Normand L’amour au paradis des musiciens, est-ce que je peux m’en protéger?

«C’est vos héritiers qui vont devoir décider», me répond M. Brouillette.

D’accord, est-ce que je peux interdire à mes héritiers de créer un spectacle d’hologramme?

«Qui va s’en plaindre? Si il y avait deux groupes d’héritiers qui ne s’entendent pas, là, un tribunal pourrait trancher parce que le défunt avait posé comme condition de ne pas faire de tel spectacle. […] Mais autrement, il n’y a aucun tribunal qui va aller vérifier s’il n’y a pas de plainte».

Bref, si vous ne voulez pas être ramené d’entre les morts pour chanter, choisissez bien vos héritiers!

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