Lou Phelps  : rimes et thérapie

Quand la rupture amoureuse est mise en musique.

Le rappeur et DJ a dû faire preuve de maturité et prendre un certain recul pour arriver avec 002 Love Me, son premier album solo officiel sur lequel il déconstruit une rupture amoureuse avec groove et sincérité.

Il n’est pas si lointain le temps où un tout jeune Louis-Philippe Celestin n’avait qu’à emprunter les escaliers pour rejoindre son frère Kevin qui concoctait des beats dans le sous-sol de la résidence familiale de Saint-Hubert. C’est à cette époque qu’il a plongé pour la toute première fois dans la création artistique en posant ses premiers verses de rappeur braggadocious sur les samples méticuleusement choisis par son aîné.

Ensemble, ils sont respectivement devenus Lou Phelps et Kaytranada, un duo connu sous le nom The Celestics pour son rap futuriste qui a mis le feu à la scène underground montréalaise pour finalement se répandre jusqu’à l’échelle internationale.

Le chemin qu’ils ont parcouru ensemble et la progression artistique notoire de son frère lui a graduellement ouvert les yeux et convaincu de défricher sa propre route en tant qu’artiste solo. Plusieurs années, quelques collabos et un premier mixtape solo plus tard, Lou Phelps a fait ses classes et a développé davantage sa proposition et son identité artistique tout en gardant un lien étroit avec ses origines stylistiques.

Au terme de toutes ces démarches, il drop aujourd’hui 002 Love Me, un premier album officiellement lancé sous l’étiquette Last Gang Records. Propulsé par les singles Miss Phatty et Come Inside en collaboration avec le rappeur torontois Jazz Cartier, ce nouveau projet qu’il a préparé pendant un an se veut une excursion sonore à travers les différentes phases d’une rupture amoureuse. Un premier exercice pour le emcee qui est habituellement plutôt réservé quand vient le temps de parler de ses émotions. Cette mise à nu, il l’a accomplie en compagnie de Planet Giza, JAHKOY, Pony et en coréalisation avec Kaytra.

Les premiers véritables pas de Lou Phelps en tant qu’artiste solo viennent avec son premier projet 001 Experiments, paru au printemps 2017. Cela dit, même si le mixtape a eu droit à une sortie officielle sur toutes les plateformes, le rappeur avoue qu’il l’a principalement fait pour lancer son nom dans l’univers de la musique.

« Parler de mes émotions à n’importe qui, ce n’est pas quelque chose que je fais souvent, disons. »

« 002 Love Me, c’est vraiment quelque chose de complètement différent. Cette fois-ci, j’ai l’impression de travailler sur un album qui a un réel contenu. Au lieu d’écrire des lignes pour simplement dire que je suis meilleur ou que j’ai plus de swag, je suis allé dans les émotions que j’ai pu ressentir à une certaine période de ma vie », précise-t-il, en avouant trouver son compte dans cette nouvelle démarche. « De la manière que je vois ça, il y a maintenant beaucoup plus de monde qui pourra s’identifier à ma musique. C’est basically ça le but de mon album. »

« Je n’ai pas vraiment l’impression que 001 Experiments ait teinté le son de 002 Love Me, sinon peut-être juste dans la manière technique de faire des chansons catchy; la façon de monter un bon chorus qui va aller chercher l’attention des gens. Pour le reste, à mes yeux, c’est vraiment autre chose, » explique-t-il.

Grâce à ce premier opus officiel en solitaire mêlant habilement le house au hip-hop, Lou a pu se façonner une identité musicale avant de se prêter à l’introspection qui nous intéresse aujourd’hui.

« L’album parle d’un mauvais breakup que j’ai vécu. Tout est basé sur ça. C’est l’os pis j’ai mis de la viande tout autour. »

Cette démarche pour le moins atypique pour le rappeur et DJ a eu un effet enrichissant, mais surtout libérateur.

« C’est pas que c’était tough, mais c’est juste que c’était hors du commun pour moi. Parler de mes émotions à n’importe qui, ce n’est pas quelque chose que je fais souvent, disons. C’est pas mon genre, mais je pense que c’est quand même bien sorti au final, » prétend-il.

« Ce qui est particulier, c’est d’écouter tes propres chansons chaque jour pis comprendre à travers tout ça des choses que t’as faites sans t’en rendre compte. Après, t’es comme “well, I fucked up too, you know.” C’est vraiment thérapeutique. Il faut réaliser lorsque t’as tort, pis quand ça arrive, you gotta live with it. »

Des invités de marque qui jazzent la sauce

Pour bonifier son propos et affûter sa technique, Lou s’est permis de faire appel à certains comparses. Ceci est bien sûr sans préciser le rôle clé de coréalisateur de l’album qu’a joué un Kaytranada dans une moindre mesure, mais toujours en pleine forme pour livrer la marchandise sur la plupart des morceaux.

Pour ajouter aux touches hip-hop contemporaines de l’album, Lou a également invité ses amis de Planet Giza à venir signer deux productions, « Ces gars-là, ce sont quasiment comme mes frères. On était en studio pis je leur aie demandé de m’envoyer une batch de beats avec des démos. Ils m’ont envoyé 2 Seater, August Rain. J’ai jamais autant connecté avec des producers, excepté Kaytra. »

Sans même qu’il soit trop au courant, le légendaire batteur jazz et beatmaker américain Karriem Riggins a également posé sa touche sur le heartbreak de Lou avec sa présence sur l’excellente chanson Higher : « C’était une situation où Kay avait fait une track avec lui, pis j’ai juste pris le beat, mais t’sais, je connais  Karriem donc c’est pour ça que ça a slide comme ça. Je l’ai rencontré dans un party à New York. J’ai une bonne relation avec lui ».

À cela on rajoute évidement le verse efficace du rappeur torontois Jazz Cartier sur Come Inside, le hook sensuel de JAHKOY sur Squeeze et le passage remarqué de Pony sur Tasty.

« J’ai appris beaucoup de choses en faisant cet album-là. Dans la vie, il faut simplement que tu sois on top of your shit et que tu travailles pour toi. Tu ne peux pas attendre après les autres. Y a personne qui va aller te faire faire ton argent. Habituellement, je vais prendre un an et demi pour faire juste les chords d’un album. J’ai réalisé que je dois aller au studio chaque semaine, voire à chaque jour. C’est très facile pour la créativité de se dissoudre. »

« J’ai l’impression d’évoluer au niveau de la technique chaque année. À titre d’exemple concret, sur l’album il y a la chanson August Rain sur laquelle on peut entendre mon input et où ça sonne comme quelque chose que je n’ai jamais fait. Il faut toujours essayer de repousser la barrière. »

« Quand j’ai commencé à rapper, je prenais le beat et j’embarquais par-dessus avec un genre de freestyle. Avec les années qui passent, j’essaie de penser et développer mes rimes pour en faire des chansons. J’ai maintenant une approche plus près de celle d’un concepteur, disons. »

À ce sujet, Lou Phelps ne compte pas laisser sa créativité se reposer. Il prétend que ses créations aux côtés de Kaytra pour ce nouvel album l’ont motivé à remettre la main à la pâte côté beatmaking. On devrait voir surgir un beat tape dès les premiers mois de 2019. En attendant, c’est du côté de 002 Love Me que ça se passe.

Lou Phelps présentera les tracks de son nouvel album 002 Love Me à Montréal le 9 novembre au Belmont. Il sera accompagné de Maky Lavender en première partie.

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