Louis-Philippe Gingras chante l’amour et la fin du monde

Le chanteur présentera ce soir « Tropicale Apocalypse », son troisième album en carrière.

Le Coup de Cœur Francophone réchauffe les petites et grandes salles de concert de Montréal en cette semaine de presqu’hiver et c’est une excellente raison de ne pas se cantonner à Netflix. En plus de servir de vitrine à une multitude d’artistes de la relève, certains en profitent pour lancer des albums; c’est le cas de Louis-Philippe Gingras, qui, on ne peut plus à propos, présentera ce soir, son troisième album, Tropicale Apocalypse, au Café Cléopâtre.

Un titre absolument de mise pour ce disque concept traversé par l’idée de la fin du monde et tapissé de saveurs tropicales, assez loin du folk dépouillé et des trésors d’observation de son précédent opus, Troisième Rangée.

Autant on retrouve avec plaisir ton écriture comico-sensible, on sent une coupure avec la direction de tes précédents albums sur Tropicale Apocalypse : c’est voulu? C’est né comment cette idée d’un disque concept ?

Pour vrai cet album-là est né une suite d’affaires qui sont pas arrivées. En fait, le projet c’était de faire un album solo à la base, le plus folk possible, vraiment juste guit/voix. Ça s’appelait pas tout le temps seul au monde. C’était vraiment un projet « chanson » qui allait être simple et pas cher à réaliser. Ça s’est quand même ramassé sur la glace ; au moment où j’étais prêt, c’était pas la bonne saison pour mon label, ils avaient déjà assez de projets en chantier, je sais plus trop… Ça a été une bonne chose au final, ça m’a donné le temps de réfléchir.

L’idée d’explorer des sonorités tropicales est venue pas mal de conversations avec ma blonde. Elle a remarqué combien j’avais de fun quand je jammais ce genre de musiques, et bon; on habite ensemble, elle sait que j’en écoute beaucoup mettons (rire). Ça fait longtemps que je trippe sur la musique latine, la bossa-nova, les trucs comme ça. Au début j’ai pas trop embarqué; pour moi c’était un truc « funny » la musique tropicale, et j’avais pas envie de construire tout un album comme une joke…. Ça s’est placé quand j’ai réalisé que je pouvais prendre le thème de manière plus large, inclure des idées tirées de la musique cubaine « dark » ou juste me servir des instruments pour donner une couleur à quelque chose qui n’est pas nécessairement en lien avec ça.

Et en fait je ne me suis pas limité au concept non plus: c’est un fil conducteur, y’a vraiment beaucoup de digressions. « Barrés de Toronto » c’est une toune punk-rock dans laquelle y’a un solo de steel drum au lieu d’un solo de guitare, mettons que c’est plus un clin d’œil qu’autre chose. Dire que je l’avais pensée comme une pièce guitare/voix à la Neutral Milk Hotel… Finalement je suis devenu comme fou dans les arrangements et au final je pense qu’il y a 14 tracks d’instruments et une chorale de 19 enfants.

On est loin de l’album solo, mettons.

On peut dire ça, oui. (rire)

Au début j’ai aussi jonglé avec l’idée de carrément trouver un réalisateur et des musiciens issus de cette scène-là, des pros de la musique latine, question de faire ça dans les règles de l’art. Ça non plus c’est pas arrivé. Mettons que j’ai gardé l’œil ouvert mais que je voulais pas que ce soit trop forcé non plus. Et au final j’assume que c’est une vision très blanche de cette musique-là. Ça prétend pas être autre chose.

Je viens du jazz, j’ai roulé un bout avec Les Contracteurs Généreux, un jam-band qui fullait quand même des bars un peu partout avec un show qui revolait, plein d’improvisations. M’entourer de musiciens jazz et d’un paquet de brass ça m’a fait du bien. J’ai monté une équipe de gens que je connais, avec qui je travaille ou j’avais travaillé dans le passé, et mon ami Ben Bouchard m’a aidé à la réalisation; j’avais jamais fait ça, ça aide à se faire confiance.

Faque y’a plus tellement de folk là-dedans non plus.

Et on est 12 musiciens.

En plus des invités spéciaux?

Oui.

C’est vraiment devenu un méchant trip de gang, pas juste pour la musique.

Y’a un texte de mon chum Julien Poirier, un autre écrit à quatre mains un soir tard dans un bar où j’ai garroché mon cahier à Bernard Adamus pour voir ce que ça donnerait, et ils sont lus par Pierre Lebeau en plus, un acteur écoeurant et mon nouvel ami, je pense.

Quand je savais plus quoi faire avec « Tape électrique » j’ai appelé mon chum Julien Corriveau, c’est un professionnel de niaiseries ça tombait bien.

Je voulais des sons de zombie aussi, et je me suis ramassé avec un feature de Sébastien Croteau de Necrotic Mutation, un chanteur métal qui fait aussi des voix pour les jeux vidéos. C’est subtil mais moi ça m’impressionne encore.

Et l’apocalypse dans tout ça? Le timing aurait difficilement pu être plus à propos, avec Greta en ville, les manifs pour le climat, et la tempête de cette semaine…

C’est beaucoup parti de discussions avec ma blonde, d’éco-anxiété. C’est de plus en plus difficile de répondre aux inquiétudes réelles que quelqu’un que t’aime a à propos de ça, je trouve. D’essayer de la calmer quand elle ressent profondément l’idée de la fin du monde, surtout parce qu’elle a raison. Ma réflexion est partie de là.

Personnellement y’a beaucoup d’affaires qui viennent me chercher dans cette crise-là; chez nous en Abitibi, par exemple, récemment on a un gouvernement qui a décidé que c’était correct que la mine pitche 67 fois plus d’arsenic que permis dans l’air. Ça me fâche plus que ça me fait paniquer par contre. Je sais pas si c’est une chance ou pas, on n’est juste pas tous faits pareil…

J’ai fini d’écrire la chanson « Apocalypso » la fin de semaine avant qu’on rentre en studio, dans le chalet de mon chum Erik Evans en Outaouais. Il m’a invité à passer quelques jours là avant d’entrer en studio, c’était en plein dans les inondations du printemps et ça a servi de déclencheur. L’eau allait jusqu’au balcon, c’est dur de faire comme si de rien n’était dans ce temps-là mettons. 

J’avais le concept et la majorité des tounes, fallait que je clanche, j’ai tendance à paralyser un peu dans ce temps-là et à procrastiner. On dirait que cette vision-là m’a débloquée. Ça a même servi de fond à la pochette. Ok, Erik m’a aidé un peu aussi; il co-signe le texte de la chanson. 

Et il s’est passé quelque chose en studio avec ça : ça s’enlignait pour être un calypso assez classique et un moment donné je sais pas trop j’ai pogné une bulle et j’ai dit aux musiciens « ok gang, ça jouera jamais à la radio c’te toune-là, c’est pas propre, on va s’amuser ». Au final j’aimerais ça qu’un mouvement l’utilise, pourquoi pas? Après coup, je me dit qu’il y’a peut-être plus de place à la politesse et aux manières propres de parler de ces sujets-là, justement.

Qu’on a peut-être dépassé ça, là.

C’est quand même ironique qu’un thème aussi sombre donne lieu à autant de couleurs, de fun et d’affaires cutes sur cet album, je trouve… Coudonc es-tu heureux Louis-Philippe?

Oui! J’ai fait un album personnel qui parle d’amour et de la fin des temps, c’est peut-être la chose la plus simple à dire là-dessus.

Y’avait beaucoup d’observations sur Troisième Rangée, et là je sais pas pourquoi on est plus proche de mon cœur. Même les tounes que je voulais dark, tsé… « Gwendolina » c’est une chanson d’amour pour la waitress du Barfly, au final c’est une belle émotion pareil. Elle existe pour vrai by the way, et j’ai hâte qu’elle l’entende. Je vais aller lui porter un CD j’pense. (rire)

Je parle de mes passes sombres à ma thérapeute; mes chansons c’est autre chose. « Les sentiers de désir » ça part de quelque chose de triste mais je trouve de la lumière là-dedans pareil… c’est beau la lumière.

Tsé y’a encore des journalistes qui écrivent des affaires comme « l’artiste tourmenté Louis-Philippe Gingras »… comment dire? First, mes tourments te regardent crissement pas. Et en quoi ma musique est tourmentée? C’est pas ma matière, c’est pas avec ça que je crée. Va achaler Antoine Corriveau avec ça! (rire)

Et l’idée du lancement au Café Cléopâtre, ça fait partie du concept ça aussi?

Well… j’ai connu le deuxième étage du Café Cléopatre avec les soirées « Bareoke », où y’a la possibilité d’enlever tes vêtements pendant que tu chantes. C’est devenu un genre de tradition, j’y vais une fois par année à ma fête et je trippe au boutte. C’est un endroit plutôt queer, et un peu le village d’Astérix du Quartier des Spectacles; des vrais survivants de l’ancien Red Light de Montréal.

Je voulais surtout sortir des salles traditionnelles pour ce lancement-là… sans vendre trop de punch je veux avertir les gens qu’il pourrait y avoir une certaine forme de nudité à mon lancement, parce qu’on a le droit. En même temps ma mère va être là, ça m’a mis une limite naturelle pour ça mettons. (rire)

J’ai plein d’invités, et on va faire l’album au complet.

C’est pas un happening d’industrie, c’est une fête.

Tout le monde est invité!

Coup de Coeur Francophone présente

Louis-Philippe Gingras TROPICALE APOCALYPSE à Montréal

Café Cabaret Cléopâtre

1230 Boul St-Laurent
Montréal

20:00 

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