Lydia Képinski est tannée des salles vides et des pissous

Retour sur le « Bajada Dialogues ».

« Notre génération se bute à des baby-boomers qui veulent qu’on fasse exactement ce qui a déjà été fait, exactement de la même manière. »

« À date, mon expérience avec les maisons de la culture, c’est que c’est un esti de système qui ne marche pas et qui est supra subventionné. Y’a qui dans ta salle? Qui vient chiller?»

L’auteure-compositrice-interprète Lydia Képinski n’a pas la langue dans sa poche. C’est quasiment rendu cliché de le souligner… Elle a beau n’avoir qu’un album derrière la cravate et une carrière relativement récente, elle nous a déjà habitués à des entrevues sans filtre. Et laissez-nous vous dire que son passage au podcast Bajada dialogues ne décevra pas les fans de sorties enflammées…

Au rayon des écorchés, à part les boomers? Les maisons de la culture, ces lieux de diffusion culturelle municipaux qui, selon l’artiste, ne répondent pas adéquatement à leur mission.

Voici ce qu’elle avait à dire à Jason Bajada : « À date, mon expérience avec les maisons de la culture, c’est que c’est un esti de système qui ne marche pas et qui est supra subventionné. Y’a qui dans ta salle? Qui vient chiller? On va souper dans une ville en région, le resto est rempli de jeunes et c’est festif… Après, on entre dans la maison de la culture pour faire notre show. C’est un super bel établissement où tout sonne bien, mais il n’y a personne. C’est au tiers rempli et qu’avec des vieux. C’est quoi, le problème? »

Si la première réponse qui vous vient en tête, c’est : « Le problème est que tu n’es pas connue en région », sachez que l’artiste a une réponse pour vous. « Ça se peut. Mais est-ce que ça se peut aussi qu’il y ait quelque chose de fucké et que les jeunes n’aillent pas dans les maisons de la culture? Elles ont de l’argent pour engager des salariés annuels, mais c’est quoi leur vision? Ce monde-là n’a pas l’obligation de se mettre au courant de ce qui fonctionne, en ce moment, en terme de produits, de façon de communiquer et de crowd… Ça me fait capoter parce que pendant ce temps-là, on ne donne pas d’argent aux bars de région, comme le Zaricot de Saint-Hyacinthe. »

«Il y a plein de gens prêts à se déplacer, mais il y a aussi plein de gens qui signent des chèques et qui ne sont pas sur le terrain. Pouvez-vous donner des bons kits de son aux bars en région? Avoir un établissement en restauration, c’est déjà vraiment rough. Les proprios sont tout le temps là, il y a toujours des problèmes.»

Elle poursuit, fougueuse : « Il y a plein de gens prêts à se déplacer, mais il y a aussi plein de gens qui signent des chèques et qui ne sont pas sur le terrain. Pouvez-vous donner des bons kits de son aux bars en région? Avoir un établissement en restauration, c’est déjà vraiment rough. Les proprios sont tout le temps là, il y a toujours des problèmes. Penses-tu qu’ils ont envie d’acheter un kit de son à 100 000 $? Ben non! Pis pendant ce temps-là, la petite madame dans sa maison de la culture, elle a de l’argent pour tout refaire… Pis c’est qui le monde dans le bâtiment à trois millions? Des vieux qui s’en câlissent ou du vide! Les artistes, on est pognés : qu’est-ce que je fais? Un show dans un bar miteux avec une acoustique de marde et du feed dans mes oreilles, mais rempli avec mon public? Ou je fais ça tranquillos dans une maison de la culture avec des techniciens, des loges incroyables et un panier de muffins, mais une salle dull avec personne dedans? »

Puis si jamais vous croyez que Lydia Képinski chiale sans offrir de solutions, détrompez-vous. Voici ce qu’elle suggère dans cette entrevue : « La plupart des problèmes que je vois dans l’industrie de la musique sont pas liés à la créativité, mais à des modèles d’affaires qui ne fonctionnent pas. Pour moi, il y a des solutions, mais il y a juste du monde trop pissou pour prendre des risques. » Selon elle, l’une des voies possibles serait la promotion d’artistes de la relève hors des grands centres : « Par exemple, si on se dit que la télévision est consommée en région, on pourrait faire un show avec des artistes de la relève plutôt que toujours aller chercher des A et des B [des visages connus]! En affaires comme en art, il faut prendre des risques. Il ne faut pas stopper l’innovation. Mais des fois, les gens y sont si rébarbatifs… ça gosse. »

Et que répond Jason Bajada, devant cette salve contre le financement actuel de la culture? « T’as pas peur, hein? Y’a des gens qui, après un premier album, voudraient surtout plaire à tout le monde… »

Mettons qu’ici, on a affaire à un autre type d’artiste. Et mettons que nous, on ne trouve pas ça inintéressant…

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Pour entendre Lydia Képinski et Jason Bajada jaser d’argent, de pensées sombres et de mauvais journalisme musical, ça se passe dans le tout nouvel épisode des Bajada dialogues!

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