Alexandre Demers

Morifone  : rencontre avec un fabricant de guitares

Renaud Buffoni détient même un brevet pour la tête de ses guitares.

Pendant que certaines mauvaises langues s’acharnent à dire que le rock s’essouffle, un artisan montréalais façonne sa propre vision des choses et insuffle une nouvelle vie au genre dans un petit atelier de Villeray. Un projet unique qui commence déjà à générer un sérieux buzz un peu partout à travers le monde, dans les communautés de geeks d’instruments qui détonnent.

Au bout de près de dix ans à régler son idée au quart de tour, l’entrepreneur et musicien Renaud Buffoni présente maintenant Morifone Guitars, sa propre ligne de guitares, conceptualisées avec son ami Pierre-Émile Morin, et qu’il confectionne lui-même au détail près, dans une démarche des plus DIY. Il nous a ouvert les portes de son atelier pour nous jaser de ses créations et nous raconter comment il tient son one-man-operation à bout de bras.

Une fabrication dans les règles de l’art

« Je fais moi-même tout ce qui est en bois et en métal, les frettes et le plastique », admet Renaud en énumérant toutes les étapes pour en arriver à une guitare professionnelle, faite à la main et comparable à celles qui sont vendues à grand prix dans les magasins spécialisés.

« C’est aussi moi qui fais la finition. J’utilise toujours les mêmes bois : c’est de l’acajou et de l’érable sur le dessus, pis de l’ébène. Jusqu’à aujourd’hui, j’allais acheter deux ou trois grosses planches du même fournisseur que celui des grandes compagnies. »

Suivant un peu la démarche PRS, la compagnie de guitares qui a « complètement changé le son de la musique dans les années 80 », Renaud a minutieusement développé une série originale de guitares de modèle Quarzo en version « pleine » et « semi-hollow », s’inspirant du design italien au niveau du branding visuel. Un processus qu’il a à cœur et, mis à part les pickups, qu’il prend le temps de gosser de A à Z.

« Personnellement, ce que j’ai essayé de faire, c’est un hybride entre la Jazzmaster, la Jaguar [de Fender] et la Les Paul, mais au lieu d’aller vers un son moderne, je préfère le son vintage des vieilles guitares. Donc beaucoup plus proche de la Gibson Les Paul 1959 dans ses spécifications, ses épaisseurs de bois, ses angles, etc. »

« Donc j’ai pas créé un nouveau son, mais mon but c’est un petit peu d’émuler la Les Paul 1959 parce que c’est le son idéal. Pis pas juste pour moi, mais aussi pour la plupart des guitaristes qui connaissent le monde de la guitare. C’est un son balancé à la perfection. C’est chantant, mais pas trop agressant. Toutes les Fender ça sonne plus mince, c’est un petit son, alors que les Les Paul, c’est gras! Y a de la viande! »

Une démarche started from the bottom

Si Morifone apparait comme une nouveauté pour le commun des mortels, pour Renaud, c’est plutôt un travail de longue haleine qu’il a enfin réussi à mener à terme « Ça me trottait dans la tête depuis que j’ai 8 ans», explique Renaud, qui a été marqué avoir vu une photo de Slash avec une guitare Les Paul, dans le livret d’une cassette de Guns N’ Roses.

À partir de ce moment, il s’est mis à construire des répliques de guitares faites en papier construction, qu’il customisait à sa manière. La fascination était née!

« Je me rappelle en avoir parlé à deux ou trois personnes dans les années où c’était super loin et que j’avais même pas encore construit une seule guitare. Je savais qu’un jour j’allais le faire. C’est une vision de jeunesse qui n’a jamais disparu. »

Puis en 2010, après des années à méditer là-dessus, c’était le début de l’aventure. “À mes 30 ans, j’ai reçu en cadeau un livre de guitares avec plein de modèles. Pis à moment donné, en le feuilletant, le soir, c’est comme si cette espèce de désir-là que j’avais à 8 ans de posséder cet objet impossible à avoir a refait surface.”

« On dirait que j’ai cette force mentale d’avoir une véritable volonté. J’ai réussi à embarquer mon ami Pierre-Émile dans mon trip. J’avais pas de local, donc je l’ai convaincu. Lui il avait déjà des outils parce qu’il faisait déjà un peu d’ébénisterie avec son père à l’époque, mais moi j’ai acheté plein de trucs de lutherie. On a réussi à combiner nos budgets pour avoir les outils nécessaires pour partir. »

« [Pierre-Émile et moi] on a jasé pas mal. C’est moi qui ai fait le design, mais il reste qu’on avait en tête de faire l’instrument parfait selon nos goûts. Ça n’existe pas, la perfection, mais j’avais la vision en tête : il fallait que ça sonne tellement bien que ce soit la guitare qu’un musicien professionnel veut avoir quand il est en studio et qu’il va enregistrer son hit. C’était vraiment ça! »

Un concept breveté

Une des spécificités uniques au monde des guitares Morifone est le fameux headstock tridimensionnel en forme d’aileron, qui agira à titre de signature de la ligne. En plus de permettre un meilleur alignement des cordes et de faciliter le bend, cette tête de guitare en angle assure un meilleur “sustain” des notes jouées. En gros, la note a une plus longue durée à cause du type de construction.

« J’utilise des ponts en laiton de cloche. C’est un métal qui conserve beaucoup l’énergie, » rajoute-t-il.

Comme les idées peuvent sortir de nulle part, cette conception novatrice des headstocks en angle lui est venue en pleine nuit en 2012. “Il était 3 h du matin, et étant donné que j’écris beaucoup de chansons, j’ai toujours un petit calepin à côté de mon lit pour noter des paroles pis des accords.”

« Cette nuit-là, ça faisait peut-être deux ou trois jours que j’essayais de trouver une idée originale, mais je pensais en 2D comme tout le monde. Je cherchais une forme unique pour le branding visuel de ma compagnie pis je trouvais vraiment pas. Et pendant la nuit, je l’ai vraiment vue dans mon rêve [la forme en aileron du headstock]. Je me suis réveillé pis je l’ai vue! J’ai pris un papier pis mon crayon pis j’avais pu d’encre, ça fait que j’me suis mis à graver dans le papier. »

Le design unique a depuis été breveté et confère à Morifone Guitars un feature unique qui ne se limite donc pas à l’esthétisme.

Des idées de grandeur

Les guitares de Renaud viennent tout juste de faire leur entrée dans l’arène publique, mais déjà de nouvelles idées se bousculent pour la suite des choses. Pour sa série de Quarzo, le créateur compte proposer prochainement de nouveaux modèles qui sont déjà bien entamés.

«J’en ai énormément, à peu près six en ce moment. Y en a une que c’est sûr que ça va être la prochaine étape, » laisse-t-il planer.

En plus du développement de la variété, Renaud compte passer de la vente directe par le web à quelque chose de plus structuré et établi, afin de mieux faire connaitre ses guitares à travers le monde. La suite logique, quoi. « Mon objectif serait d’envoyer dans chaque grande ville du monde au moins une guitare, dans des boutiques indépendantes, comme ça les gens dans ces régions-là vont pouvoir essayer une Morifone avant de commander. À court ou moyen terme, ce serait ça l’idée. »

« Aussi, c’est sûr que j’ai une vision à plus long terme que j’aimerais éventuellement rentrer dans les grandes chaînes. Je suis capable de voir ça, mais je ne sais pas encore comment je vais y arriver. La vie va faire en sorte que ça va se placer. On y va étape par étape. »

Pour en savoir davantage sur les modèles, les prix et les specs de Morifone Guitars, ou peut-être même pour en acheter une, on peut le faire via le site officiel.

Également, il y a toujours la bonne vieille page Facebook pour suivre toutes les actualités et les développements futurs.

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