Musique : la vérité sur les « side projects »

Pour le fun ou gimmick mercantile ?

En 1999, Hugo Mudie a décidé de lâcher l’université pour partir en tournée non-stop avec The Sainte Catherines. Depuis ce temps, il a sorti 36 albums et brûlé plus de 10 moteurs de camions sur la route à travers le monde. Il est monté sur scène des milliers de fois, organisé des shows même en dormant, démarré des compagnies de disques, fondé des festivals, booké des rappers, géré des chanteuses, pogné deux fois la bactérie mangeuse de chair, pleuré dans des loges, envoyé chier la moitié de la planète et fait le party avec l’autre moitié. Il veut aujourd’hui démystifier les dessous de l’industrie musicale telle qu’il l’a connue et la perçoit. Cette semaine, il nous parle des fameux side projects et la pertinence de leur existence.

Quand on fait de l’art, plus précisément de la musique, c’est souvent difficile de sortir de sa zone de confort. Surtout quand on obtient un certain succès avec un son, une image, une direction précise ou une coupe de cheveux, on veut que ça continue pour toujours. Le public est rarement ouvert au changement et les artistes le savent. Si le chanteur (euse)/le band change trop, bien souvent le public ne suit pas.

Voir que je vais écouter James K Field quand moi je trippais sur Francis Martin! Don’t care about tes aliens, je veux juste me donner à une femme d’expérience.

Les gens veulent de moins en moins être bousculés dans leur consommation de musique. Nous cherchons le confort auditif. Des vieux pants de jogging. L’audace créative ne permet pas ça. Les artistes refont donc le même album année après année, perdant un peu d’électricité à chaque parution, mais gardant les fans au chaud et au sec. L’artiste se sent menotté par le plaisir de ses fans et oublie que fondamentalement, il est censé créer quelque chose de nouveau. C’est à ce moment qu’il se tourne vers le side project, pour retrouver son esprit créatif. Son fun.

Cœur de rockeur

Le side project, c’est souvent le projet de cœur. C’est souvent un retour en arrière, vers la simplicité, l’audace, la candeur, l’humour. Le side project est bien souvent aussi un projet que les artistes font avec leurs amis. Au lieu de faire de la musique avec d’autres musiciens professionnels et beaux, ils la font avec leurs chums du secondaire un peu gros. C’est souvent cette musique qui finalement devient la plus intéressante, n’étant pas modelée par le succès commercial et l’acceptation du milieu.

Aller voir son musicien préféré jouer avec son side project est d’après moi la récompense ultime pour le fan attentif. Tu peux voir ton créateur préféré devant moins de gens, plus dans son élément. Naturel, moins stressé, moins préparé. Plus drôle. Plus proche de ce qu’il est véritablement dans la vraie vie. Les gars de No Means No sont plus près de leur véritable essence quand ils sont déguisés en leur alter ego de Ramones habillé en hockeyeur des années 70, The Hanson Brothers. Conor Oberst a plus de fun dans Desaparecidos, pis le dude de Blur est pas mal plus funné en cartoon dans Gorillaz.

Pour ma part, j’ai toujours fait partie de side projects. Pendant longtemps Yesterday’s Ring, notre alter ego country-folk-rock était presque aussi populaire que mon groupe principal The Sainte Catherines et je dois dire, que nous étions beaucoup plus proche de nos goûts musicaux et du genre de spirit/crowd que nous cherchions avec ce groupe qu’avec Ste-Cath qui était devenu un genre de carcan punk. Les side projects sont une grosse soupape. Nécessaire.

Le «supergroup» pas si super 

Y’a aussi le cas des super groupes, qui sont souvent pas si super. Dans le fond un super groupe est un side project de pleins de dudes de bands connus ou reconnus qui se mettent ensemble en pensant qu’ils vont pogner les fans de chacun de leur bands pour être le plus gros band du monde, mais finalement, ça divise les fans de chacun et les super groupes meurent souvent dans l’œuf. Je pense qu’on parle souvent de fausse bonne idée dans les cas des super groupes. Probablement trop d’ego en même temps sur le même stage.

Comme si l’idée devenait plus importante que l’implication. Dans les chansons, dans l’image, dans l’effort, dans l’identité. C’est souvent botché et tu sens que ça aurait pu être cool mais ce l’est pas. On prend par exemple Audioslave qui était dans le fond Rage Against The Machine avec Chris Cornell. Ça aurait pu être cool, mais finalement on se rend compte en écoutant ça que ce qui est bon dans Rage Against The Machine, c’est le chanteur.

Y’a eu aussi Velvet Revolver qui semblait être un groupe construit dans un meeting de marketing de Parasuco Jeans, division cuir. Y’a eu aussi l’espèce de cochonnerie de Lou Reed avec Metallica qui ont formé le projet Lulu qui m’a vraiment pas donné le goût de « take a walk on the wild side » mais plus de « kill em all ».

Récemment y’a eu aussi Hollywood Vampire avec Johnny Depp et Alice Cooper. Au lieu d’aller voir ça, tu peux aller te promener sur la Plaza St-Hubert à la recherche d’un bandana Harley Davidson qui a un peu de vert pour fitter avec ton jacket de cuir reflet de crocodile. Après tes achats, fume un bat, pis fini nous ça aux danseuses. Tu viens de vivre l’expérience Hollywood Vampire sans te déplacer et sans saigner des tympans.

La chimie et le hasard

Je pense que pour qu’un side project soit bon, c’est un peu la même recette que pour un groupe normal. Ça prend une chimie spéciale entre les musiciens. Rien d’arrangé. Que par magie, les défauts de l’un et les qualités de l’autre créent un son unique. Il faut que ce soit fait avec le plaisir en tête. Dès que c’est un coup de marketing ou une tentative de gain de street cred, le projet est un échec, mais quand au contraire, le groupe est formé entre chums, ou même avec les mêmes membres que le band principal, mais sans but mercantile et sans attentes et prétention, on a souvent droit à des petits chefs-d’œuvre cachés. Pinhead Gunpowder a été plus savoureux que Green Day pendant des années. Parce que c’était pour le fun, botché, sans mascara, sans marketing, sans vidéoclips avec des figurants déguisés en punks qui dansent au ralenti avec des graffitis No Future dans un studio de Los Angeles. Keepin it real.

Dans le fond on peut toute trouver à la Plaza St-Hubert. Même un side project. Paraît qu’en ce moment même y’a un solide jam qui se passe là : Louis-Jean Cormier à guit, Pag aux vocals, le dude de Kaïn /La Chicane/Noir Slience à bass, Fred Pellerin à la traverse de lutin, François Jean aux drums, mais qui finalement s’est arrêté au peep show pis qui a décidé de passer la journée là. De toute façon c’est un side project. C’est pour le fun.

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