Nouvel album d’IAM : « Yasuke » décortiqué

Les coulisses avec Akhenaton et Shurik’n

Il y a un mois environ, Barbara – notre incroyable directrice du contenu – m’a demandé si j’aimais bien IAM. « Ce n’est pas une question, c’est une évidence » lui ai-je répondu, en ajoutant avoir l’impression d’avoir passé une partie de ma jeunesse avec eux tant je les ai écoutés, presque religieusement. Quelques jours plus tard, la voilà m’annonçant que je vais faire une entrevue avec le groupe. C’est comme ça que, par un beau jeudi matin, mon téléphone a sonné. Je décroche … « Allo, c’est Akhenaton et Shurik’n ! »

En amont de la sortie de leur nouvel album « Yazuke », le groupe a diffusé des vidéos d’une minute sur les réseaux sociaux pour raconter l’histoire de trois chansons : Omotesendo, Yazuke et Rap Warrior. On a donc poursuivi l’exercice, à l’écrit cette fois, afin de savoir ce qui se cache derrière six autres morceaux et on vous présente tout ça dans le désordre, entre leur vidéo et nos questions, avec un petit message pour le nouvel entraîneur de l’Impact de Montréal : Thierry Henry!

Il y a des quarts d’heure qu’on n’oublie pas dans la vie, pour les bonnes raisons. Celui-ci en fait partie.

4. Self made man feat. Psy 4 de la Rime

Shurik’n : Ç’a toujours été dans l’ADN d’IAM d’inviter les amis avec lesquels on s’entend bien artistiquement et humainement surtout. Et les Psy4 c’était symbolique, car c’est la famille. C’était une volonté du groupe dès le départ de les avoir sur l’album, mais vu les activités artistiques et les plannings de chacun, ce n’était pas évident d’être tous réunis au même moment. En plus, on a la chance d’avoir les 4 présents sur ce titre ! Grâce à un tour de passe-passe technico-magique, nous avons aussi Sya Styles dans le clip. Et vu la qualité de ce titre, ça va rappeler à tout le monde qu’à la base, ce sont des rappeurs.

Akhenaton : On se souvient d’eux quand ils démarraient, ils étaient au collège ou au lycée et nous rejoignaient au studio (avec leurs sacs de classe) pour rapper. Dans leur entourage, faire du rap n’était pas spécialement vu d’un bon œil, il fallait avoir un métier beaucoup plus stable. Et la chanson s’appelle « Self Made Man », car leur histoire ressemble à la nôtre : ils se sont faits tout seuls avec le talent de leur écriture et de la scène. La vie a fait qu’ils ont des carrières solos aujourd’hui, mais notre souhait est que ce morceau leur donnera envie de se rassembler et de refaire des titres avec le groupe au complet.

7. Eldorado feat. Kalash

Akhenaton : Pour le concept, on a voulu coller à l’imagerie de Sad Hill et de la chanson « Un bon son brut pour les truands ». Les featurings sur nos albums, ce sont très souvent des rencontres humaines. Et sur celle-ci, on a invité Kalash, car on s’est croisé dans plein de festivals où nous étions à l’affiche. On a toujours bien déliré ensemble alors on s’est dit qu’au-delà de la rigolade, un jour il faudra faire un morceau. On lui a proposé ce son qui est atypique pour lui dans la composition, car il vient plutôt du dancehall ou de musiques plus modernes. Et pour avoir vécu l’enregistrement avec lui en studio, je peux dire que c’est un putain d’artiste.

Shurik’n : Chez IAM, nous avons toujours considéré le reggae comme une musique « classique », très voisine de la nôtre. Donc, il était logique artistiquement qu’on l’invite. L’ambiance westerno-reggae avec la basse et le rythme rend le morceau intéressant et très entraînant. Et la voix de Kalash ! Il est incroyable !

1. Omotesendo

5. Les choses, telles qu’elles paraissent

Shurik’n : C’est le type de morceau qu’on affectionne. J’ai l’habitude de dire que beaucoup de sujets sont inspirés par la musique sauf exception. Et ce titre en est un exemple.

Akhenaton : J’avais une idée du clip avant d’écrire les paroles du morceau et de faire l’instru. Je l’ai décrit à Jo (Shurik’n) et je lui ai dit que ça serait bien qu’on fasse un patchwork de plein de choses qui nous sont arrivées dans nos vies, qu’elles soient positives ou négatives. Je suis parti de cette histoire au lycée avec ma prof d’histoire qui était exécrable avec moi en cours. En vérité, j’ai toujours eu l’impression qu’elle faisait tout pour m’embêter alors qu’elle avait juste un gros niveau d’exigence avec moi, car elle s’était rendu compte que la matière me passionnait. En fait, elle me poussait pour que je donne le meilleur de moi-même et je l’ai compris seulement à la fin de l’année, quand elle a été la seule à me défendre face aux autres profs. À une époque où les gens vendent de l’apparence, il est très important de s’attacher aux choses dans le fond et telles qu’elles le sont, pas comme elles paraissent. Avec le recul, je suis fier de parler de cette histoire, car cette prof a joué un rôle déterminant dans ma vie. Et tous les êtres humains ont des histoires comme celle-là, avec des gens qui ont marqué leur parcours. Puis à partir de cette histoire-là, on a construit les autres, car elles sont toutes basées sur des faits réels.

2. Yazuke

9. Qui est

Akhenaton : En 2019, c’est très dur de désigner le mauvais, de dire qui est le méchant. Dans notre société, tout ce que l’on pense est quasiment toujours scindé en deux camps. Encore une fois, cette différence entre être et paraître ! « Qui est » répond aux choses telles qu’elles paraissent justement. En France, il y a la disparition de la nuance dans tous les sujets de discussion et ça nous afflige. On fait la guerre contre ça ! « Qui est » est un morceau contre le côté manichéen de toutes les discussions dans notre pays, qu’elles soient politiques ou d’ordre social.

Shurik’n : On va tous les zinguer ! (rires, référence à la chanson 6 de l’album)

11. Rap Warrior

12. Good morning song feat. SKYZOO

Akhenaton : L’idée vient de Jo ! Un jour il m’a dit « ça serait bien qu’on fasse un morceau sur la chanson du matin ». Et vu que dans le groupe, on a tous nos chansons du matin, j’ai répondu « Carrément ! ».

Shurik’n : La chanson du matin, c’est celle que tu aimes écouter et que tu remets régulièrement dans la voiture quand tu vas au boulot ou quand tu es coincé dans les embouteillages. C’est celle qui te calme quand tu vois les gens énervés autour de toi. Tu sais, c’est elle que tu chantes à tue-tête en yaourt et que tout le monde te regarde comme si t’étais fou. On a chacun nos classiques et on aime bien aller piocher dedans en fonction de notre humeur du jour.

Akhenaton : Pour ma part, je dirai « Free Entreprise » de Rick Ross feat. John Legend

Shurik’n : Voilà, c’est le genre de morceau qui t’aide à te lever et qui te met de bonne humeur en fait. C’est un sujet qui est tellement évident, car on peut tous y faire référence.

  

16. Once upon a time feat. JMK$

Shurik’n : On a un invité très spécial pour cette chanson qui close l’album. C’est JMK$ qui est le fils d’AKH et aussi mon filleul !

Akhenaton : Je n’interfère pas du tout dans sa musique, il est dans un style de rap très pointu, sa vibe est très « SoundCloud », il est proche de rappeurs américains comme A$AP Mob, Denzel Curry; il écoute aussi beaucoup de rap anglais et de groupes londoniens.

« Once upon a time » est une idée de Kephren (autre membre du groupe) qui nous a proposé de faire des arrangements où la musique évolue au fur et à mesure de la chanson : elle part de l’époque du disco (mon couplet, le premier) et arrive jusqu’à l’époque orthodoxe style Mobb Deep (couplet de Jo, le deuxième) puis pour la partie trap on fait intervenir « le fiston » (troisième et dernier couplet qui ferme l’album Yazuke).

Je n’avais jamais fait de musique avec mon fils, je ne connaissais même pas ce qu’il faisait. Je l’encourage, je suis son premier supporter mais je n’avais rien entendu jusqu’à ce jour-là.

Shurik’n : De mon côté, je suis allé écouter par moi-même, mais là c’était la vraie découverte.

Akhenaton : Je lui ai dit un jour « Si tu as envie de nous faire écouter tes morceaux, tu viens », il m’a répondu « Mais papa, Parrain et toi vous êtes des grands monsieurs dans le rap, j’ai honte, je n’arrive pas encore à vous faire écouter ma musique ! ». Et le jour de l’enregistrement, on est tous sortis du studio, car il avait le trac de poser devant nous. Alors, on a découvert son couplet quand on est retourné dans le studio. Je peux comprendre que pour lui ça soit une joie et en même temps une charge sur ses épaules. C’était plus un plaisir pour nous en fait, car il avait beaucoup plus de pression que nous pour cette collaboration. Mais je lui ai dit que dans la vie, tu viens, tu pars et tous les beaux moments que tu vis, ce sont des souvenirs que personne ne pourra te voler. Pour moi, ça restera un souvenir incroyable à la hauteur de l’amour que je lui porte.

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Avant de raccrocher, je n’ai pas pu m’empêcher de leur glisser un mot à propos de Thierry Henry, qui venait tout juste de publier une story sur IG en disant « J’ai grandi en écoutant IAM et je vais mourir en écoutant IAM ! ». En étaient-ils heureux?

À l’unisson : Ouiiiiii !

Shurik’n : Thierry, c’est mon gars ! On espère qu’il va cartonner avec l’Impact.

Akhenaton : Allez Titi !! On le supportait déjà quand il était à Monaco, on lui envoyait des mots d’encouragements, car là-bas, il était un peu dans un panier de crabes. Les Montréalais doivent savoir qu’il aime le jeu, c’est-à-dire qu’il aime garder en mémoire que le football est un jeu. C’est quelqu’un qui connait le football, il est passionné jusqu’au bout des doigts. On est très fier qu’il soit entraineur de l’Impact de Montréal ! On lui souhaite d’aller le plus haut possible avec ce club.

IAM jouera à la Maison Symphonique accompagnés de 100 musiciens en avril 2020. Ils joueront leurs classiques ainsi que des nouveaux titres. Les dates affichent toutes complet, mais qui sait!

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