Philippe Chagnon

On a joué à la pétanque avec Kirouac & Kodakludo

Et on en a profité pour parler avec eux de leur EP surprise.

URBANIA Musique et le Festival Soir s’allient pour mettre la relève du rap queb sous les spotlights.

On peut dire que 2019 sert bien Kirouac & Kodakludo jusqu’à présent. Après avoir lancé leur second EP Amos en janvier et avoir été remarqué aux Francouvertes ce printemps, le duo goûte maintenant au fruit de leur labeur en accumulant les spectacles un peu partout dans la province. Cette tournée des festivals est une première pour le groupe, et même si elle demande de l’ajustement elle vient surtout avec son lot d’apprentissages.

Mais elle est loin d’avoir freiné les ardeurs des deux gars, bien au contraire. Ils ont continué sur leur lancée et dévoilent aujourd’hui un Kirouac & Kodakludo’s Summer Pack, un EP surprise qui explore la journée d’été parfaite.

Et parce que j’aime profiter du soleil itou, j’ai amené les gars au terrain de pétanque du parc Lafontaine pour jaser, entre deux jokes de boules.

Ce printemps, vous avez fait les Francouvertes. Comment ça s’est passé?

Kodakludo : J’ai vraiment trouvé que c’était cool. Je ne fais jamais ça des concours d’habitude, c’est pas quelque chose qui m’attire nécessairement. Sauf que l’esprit de famille des Francouvertes, c’était vraiment particulier.

Kirouac : Je pense que t’es déjà gagnant quand tu participes aux Francouvertes, peu importe le résultat final. On se sentait vraiment privilégiés de faire partie de cette grosse gang-là de musiciens vraiment talentueux. On a fait de belles découvertes là-bas.

Kodak : Et on ne regrette rien. Moi je conseille à tout le monde d’aller faire les Francouvertes.

Kirouac : Ne serait-ce que pour l’expérience de performer devant un public qui n’est pas conquis. Quand tu commences en musique, tes premières foules ne sont pas objectives ou critiques. Ça va être des amis et des fans hardcore. Y’a pas encore des papas et mamans, ou bien le Journal de Montréal à impressionner.

C’est votre premier gros été de festivals et de shows, comment vous vivez ça jusqu’à maintenant?

Kirouac : C’est surréel un peu. C’est toutes des expériences qu’on vit pour la première fois. V’là deux semaines, on était au Festival d’été de Québec et c’était vraiment malade. Surtout qu’on fait une musique très montréalocentriste, alors on se demandait si on allait pogner quand même. Finalement, c’était plein à craquer, les gens embarquaient et chantaient les paroles.

Kodak : Honnêtement, on est tellement chanceux.

Kirouac : Mais notre plus gros show reste celui à Santa Teresa. On était dans une petite salle fermée avec 400 personnes pompées à bloc. On était les premiers sur le line-up, et finalement on a été les derniers : le reste du show a été annulé parce que le plancher menaçait de briser à cause que les gens sautaient trop. Ce sont les pompiers qui ont dit : « Ok, c’est trop dangereux, on arrête. ».

Kodak : Y a même une poutre au sous-sol qui a brisé. Ça donne une idée…

Plus tôt cette année, vous avez dit dans une entrevue avec nous que vous étiez rendus à faire de la musique pour un public général, plutôt que pour vos amis. Comment ça se passe la gestion de la pression?

Kirouac : Une des premières lignes dans Back c’est : « On fait pas de la musique/On fait du rap now ». Ce que ça voulait dire, c’est que quand tu commences à faire du rap, tu vas plutôt dire à tes parents que tu fais de la « musique », parce que ça passe mieux. Au début pour nous c’était donc important d’affirmer qu’on fait du rap, mais qu’on prend ça au sérieux comme n’importe quelle musique.

Maintenant, on est rendus à un endroit où on veut faire PLUS que du rap. On veut faire de la musique qui va toucher le plus de gens possible, peu importe leur genre musical. Un des commentaires qui revient souvent sur notre musique c’est : « D’habitude, j’aime pas le rap, mais vous, j’aime ce que vous faites ». Le but c’est de continuer dans cette veine-là.

De toute façon en 2019, les genres musicaux ça veut plus dire grand-chose. On peut faire ce qu’on veut.

En entrevue avec le Devoir, vous expliquez que vous voulez faire sortir votre rap de l’univers du hip-hop. C’est quoi votre rapport à la culture hip-hop?

Kirouac : Je suis rentré dans le rap un peu tardivement. J’ai jamais vraiment grandi en écoutant les classiques hip-hop, mais j’ai écouté au moins les classiques contemporains. J’ai commencé vraiment à triper sur le rap avec 1995. À partir de là, je me suis intéressé à TOUTE la culture hip-hop. Même si j’ai jamais baigné dans la culture hip-hop au quotidien, je me suis intéressé à ça en tant que musique contestataire qui affirme une jeunesse libérée.

Et même si ma vision d’une jeunesse libérée est surement différente de celle de Lost ou Tizzo, je trouve ça important de l’affirmer quand même.

J’ai toujours été attiré par la contre-culture, et comme j’ai grandi dans un monde bourgeois, ma contre-culture c’était le hip-hop. Peut-être que si on avait vécu à une autre époque, ç’aurait été le punk, le jazz, le blues ou le metal. 

Vous lancez aujourd’hui un EP surprise. Je sais que vous aimez faire des projets conceptuels. Quel est le concept pour celui-là?

Kodak : Ouin les concepts ça se fait tout seul on dirait.

Kirouac : Initialement, on s’est dit après avoir sorti Amos : « Ok, prochain projet, ce sera un album ». Et on voulait faire ça de manière réfléchie, aller au-delà de juste pitcher 12 chansons ensemble. Pis en commençant à travailler sur nos maquettes, on trouvait que ça sonnait très estival jusqu’à ce qu’à un moment donné, Ludo dise : « Fuck that, on fait juste sortir un EP pis that’s it ».

Kodak : J’avais juste envie de sortir de quoi. C’est le fun enregistrer pis tout, mais attendre un an avant que la toune sorte je suis moins down.

Kirouac. : Pis après le concept est venu au cours de l’écriture, parce que mes textes suivaient un peu l’idée d’une journée d’été parfaite : tu pars du parc Jeanne-Mance où tu fumes des battes avec tes amis, pis après tu vas chez Claudette prendre tes munchies, pis tu finis la journée avec tes amis. C’pour ça qu’on a appelé ça Kirouac & Kodakludo’s Summer Pack.

On avait aussi une mauvaise habitude de se donner des dates butoirs pour créer et sortir nos trucs. Par exemple, on avait annoncé Amos 5 mois avant qu’il sorte, et là ça nous donnait des obligations. Tandis que là on s’est dit : « On va faire le EP, pis si on réussit à le faire à temps, on va le sortir, sinon tant pis. ».

Kodakludo : Pis c’est encore mieux parce que quand le EP va sortir, ça va être le VRAI début de l’été.

Kirouac : J’aime aussi l’idée de surprendre les gens avec un projet surprise. Arriver avec quelque chose que les gens n’attendent pas.

Kodak : Musicalement aussi, c’est ben différent. On a exploré le jazz un peu. Sampler des vrais instruments. Bref, tout se tient.

Question weird : avec votre succès qui s’accentue, allez-vous retourner à l’école cet automne?

Kodakludo : Moi c’est sûr que je retourne à l’école parce que c’est dans mes valeurs que si je commence quelque chose, je le finis. Y a aussi une partie de moi qui veut juste avoir le diplôme et pas avoir à recommencer. Parce qu’anyway, après ça, je veux aller étudier en musique de film.

Kirouac : Moi j’ai quitté l’école en janvier. Mais ma décision n’a pas vraiment été influencée par mon désir de pousser ma carrière en musique, mais plutôt parce que c’était pas vraiment ma place. Sauf que plus ça évolue, plus j’aimerais ça arrêter de travailler et juste vivre de la musique. On en voit de plus en plus autour de nous qui y arrivent alors ça me motive à le faire aussi… Autant on fait pas ça pour l’argent, autant on aimerait arrêter de travailler et juste faire ça.

C’est l’objectif à court terme.

*****

Kirouac & Kodakludo seront en spectacle avec Maky Lavender, Cyber et K0NE le 9 août prochain dans le cadre du Festival SOIR.

Et parce qu”URBANIA et SOIR ne font pas que supporter le rap queb, un tournoi de pétanque amateur est aussi prévu le 10 août pour la clôture du festival! Ça se passe de 11h à 16h sur la terrasse éphémère au coin des rues Beaubien et Saint-Denis. Ramène tes boules!

Pour plus de détails, c’est ici.

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