Petite-Vallée, un remède contre la grisaille de l’humanité

Post-mortem après mon passage au 36e Festival en chanson de Petite-Vallée.

Quatre jours.

C’est ce que Petite-Vallée m’offrait en ouverture de son Festival en chanson et c’était à la fois peu et beaucoup, trop et pas assez. Depuis mon retour à Montréal il y a quelques jours, j’ai l’âme en jachère et comme je le soulignais lors de mon premier texte en direct du Festival, si la petite communauté a réussi à effriter mon cynisme, c’est parce qu’elle est particulièrement touchante. Quand la distance s’ajoute au manque, ça laisse des traces.

Au moment d’écrire ces lignes, Alan Côté, la force tranquille derrière le projet, se prépare pour une deuxième fin de semaine en chanson sous le chapiteau temporaire du Théâtre de la Vieille Forge. Épaulé par son adjoint Marc-Antoine Dufresne et une armée de bénévoles, le directeur général et artistique de l’aventure navigue de la scène à la foule, tantôt musicien, tantôt spectateur, toujours présent et à l’affût.

Je n’ai pas eu l’occasion de discuter avec Alan lors de mon bref séjour sur la péninsule gaspésienne, mais j’ai observé de loin cet électron libre qui, pour l’amour de la musique, n’a pas pris le temps de vivre le deuil d’une partie de son enfance. En effet, quand le Théâtre de la Vieille Forge et la Maison Lebreux ont péri sous les flammes à quelques mois d’intervalle, Côté perdait plus que des infrastructures essentielles à son festival. Avec le brasier, des souvenirs et des moments privilégiés se retrouvaient sans leur lien physique à la réalité. Pour nous, il s’agissait d’un théâtre et d’une auberge, mais pour Côté et la communauté, ces lieux parlaient même quand les festivaliers et les touristes désertaient la région en temps moins cléments. En quatre jours, j’ai entendu des dizaines d’histoires sur ces lieux et Alan Côté en était toujours l’un des acteurs.

Il est, malgré son accessibilité et son chaleureux sourire, une figure imposante dans la région.

J’allais à Petite-Vallée pour couvrir le festival et la musique, mais j’ai vite compris qu’il y avait plus que ça lors du Festival en chanson.

Alan Côté prend la peine de présenter chaque artiste sur scène comme s’il faisait partie de sa grande famille. Même sous la toile chancelante d’un chapiteau bousculé par la pluie et le vent, Côté insuffle une chaleur à son festival qui, via les chansons et les rencontres, s’impose comme un moment à vivre. Ne serait-ce que pour se laisser border à la fois par la puissance de l’eau avoisinante et par l’humanité réconfortante des gens impliqués.

Quatre jours, c’est le temps que j’avais pour laisser Petite-Vallée s’imprégner dans mes souvenirs et force est d’admettre qu’elle a effectué un travail d’une précision et d’une efficacité déroutante.

Chaque nuit était bercée par les refrains contagieux des artistes invités. La délinquance d’Hubert Lenoir, le romantisme sauvage de Philippe Brach, la violence esthétique de VioleTT Pi, la touchante Marie-Pierre Arthur et l’authentique Dany Placard. Des mots et des mélodies, la beauté de la francophonie là où les seuls problèmes de pollutions sont des carcasses de fruits de mer sur la grève.

J’allais à Petite-Vallée pour couvrir le festival et la musique, mais j’ai vite compris qu’il y avait plus que ça lors du Festival en chanson.

Avant les spectacles l’après-midi, les musiciens partagent le repas avec les gens au Théâtre de la Vieille-Forge. Loin des projecteurs, un diner servi dans un cabaret de cafétéria offrait au festival un petit quelque chose qu’on retrouvait dans les camps de vacances de notre enfance. Une communion entre les festivaliers, les bénévoles et les artistes. Petite-Vallée, avec cette dynamique, devient un huis clos où la musique est une trame de fond, une raison d’être. Au final, les rencontres et les sentiments resteront plus longtemps. Tout comme les sourires, les bonnes intentions, l’intimité éphémère partagée entre deux bouchées de pâtes un peu trop cuites.

La routine de la métropole, du travail, des amis, des sorties. Tout est calculé, articulé autour des obstacles, des embûches. À Petite-Vallée, la dynamique change et les possibilités sont à la fois locomotives et rails autour desquels se développe tout.

C’est en compilant les détails de mon voyage que je réalise qu’il y avait ici quelque chose comme une véritable vague d’amour à laquelle je n’étais plus forcément habitué. La routine de la métropole, du travail, des amis, des sorties. Tout est calculé, articulé autour des obstacles, des embûches. À Petite-Vallée, la dynamique change et les possibilités sont à la fois locomotives et rails autour desquels se développe tout. Les protocoles sont remplacés par la proximité et les erreurs et les accrocs ne seront rien de plus que des anecdotes à se raconter plus tard.

Ainsi, une bouteille d’alcool partagée sur scène peut devenir mise en scène pour les musiciens et un micro défectueux un appel pour la foule à être plus attentive aux propos. On réagit et on se relève à Petite-Vallée comme un fanion résiste au vent du large et, surtout, comme l’organisation devant la perte d’un théâtre et d’une auberge.

On se retrousse les manches en poussant un refrain du bout des lèvres.

Quatre jours et des semaines à m’en remettre, pour les bonnes raisons. Vivre autant de belles choses les unes à la suite des autres, il faut un temps pour décanter. Des rencontres, des anecdotes, des confidences, se raccrocher à l’humanité avec une bonne grosse dose d’espoir et la démonstration concrète que oui, dans tout le gris, il y a encore une immense portion de lumière qui peut se faufiler et imposer sa volonté.

Petite-Vallée, je te remercie pour l’invitation et pour ces quatre jours. Dans quelques années, les noms et les mots seront flous et confus, mais les sentiments seront intacts. C’est la force d’une communauté tissée serrée autour de l’idée folle d’être un pôle pour la musique francophone à l’autre bout de la 132, loin très loin des préoccupations de la moyenne des ours.

Merci, tout simplement.

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up