Philippe Brach raconte son premier slow (et son envie de révolution par l’empathie)

Retour sur le podcast Bajada Dialogues.

« Man, mon premier fucking slow à vie… À 28 ans, au Métropolis, avec Daniel Bélanger. Je suis convaincu qu’il y a des gens qui ont eu des premières fois pas mal plus “de pisse” que ça… »

C’est à Jason Bajada que se livre Philippe Brach, avec son ton unique et son vocabulaire graphique. Les auteurs-compositeurs-interprètes discutent passionnément de création (et de danse spontanée!) dans le cadre du nouvel épisode du podcast Bajada Dialogues, auquel URBANIA Musique vient joyeusement de s’associer.

Jason demande des explications à son invité. C’est ainsi qu’on apprend que l’adolescence de Philippe Brach a été bercée par la musique de Fred Fortin et Daniel Bélanger. Le gars a du goût… À l’occasion de sa rentrée montréalaise, le 16 mars dernier, il espérait avoir des invités significatifs, c’est donc vers ces deux artistes qu’il s’est tourné.

Fred Fortin n’était malheureusement pas disponible, mais après une correspondance d’une quinzaine de courriels, Daniel Bélanger (qu’il ne connaissait pas personnellement) a pour sa part accepté d’aider Brach à lancer en grand son troisième album, Le silence des troupeaux.

Ce que le jeune prodige ignorait, c’est qu’il s’apprêtait par le fait même à vivre son premier slow. « Quand j’étais jeune, on faisait nos contacts autrement! », justifie-t-il simplement.

Je me sens crissement mal de lui demander de répéter quatre fois, faque je finis par faire semblant de comprendre et répondre : “Ouais, pas de trouble, man! Vas-y!” Il s’approche, me prend dans ses bras et c’est là que j’catche qu’il veut danser un slow…

« Pendant qu’on est sur la scène, Daniel me dit : “On danse-tu un plain?” Je lui réponds : “Un quoi?” Il me répète en criant : “Un plain!”. Esti, j’catche pas pantoute. Je dis : “Un plein d’quoi?” Je me sens crissement mal de lui demander de répéter quatre fois, faque je finis par faire semblant de comprendre et répondre : “Ouais, pas de trouble, man! Vas-y!” Il s’approche, me prend dans ses bras et c’est là que j’catche qu’il veut danser un slow… Un plain, c’est une expression utilisée jadis – et encore aujourd’hui, j’imagine…

J’ai savouré le moment, c’était drôle en crisse! C’est la seule fois dans le show où j’ai pris le temps d’être dans le moment présent. Pas dans mes cues, pis le monde, pis l’improvisation. Juste le moment présent : il se passe ça. »

Daniel Bélanger, celui dont les bras ramènent à l’instant même.

L’empathie du persécuté

Si la discussion commence dans la légèreté et la « nostalgie » du premier slow, elle prend rapidement un tournant politisé. On sait Philippe Brach capable d’un regard acéré sur la société (on vous invite à écouter son dernier opus, si jamais ce n’était pas clair pour vous), mais on s’étonne tout de même de l’entendre philosopher sur la nécessité des révolutions et l’arme que pourrait devenir notre empathie.

Alors que Jason Bajada et lui jasent d’environnement, d’égalités des sexes et de mouvements sociaux émergeant à travers le globe, Brach se lance : « Je suis partagé. Pour que les choses changent, est-ce qu’il faut une révolution prolétaire dans laquelle on crisse des briques dans les fenêtres ou une extrême dose d’empathie envers nos détracteurs? Envers ceux avec lesquels on n’est pas d’accord, envers les gens du pouvoir? Changer les choses grâce à l’empathie du persécuté : est-ce que ce chemin-là est possible? »

Jason Bajada souligne qu’on est confortables. Qu’on est prompts à se pomper devant un documentaire sur Netflix et à signer une pétition en ligne, mais qu’on est loin d’aller péter des vitrines, d’être solidaires jusque dans l’action.

 « C’est difficile pour notre génération de changer les choses. On n’a pas été challengés, collectivement. Oui, il y a eu les casseroles [de la grève étudiante de 2012], mais il n’a jamais été question de vie ou de mort, pour nous. »

Et c’est là que Brach met le doigt sur ses paradoxes, soulignant du même coup les nôtres : « C’est difficile pour notre génération de changer les choses. On n’a pas été challengés, collectivement. Oui, il y a eu les casseroles [de la grève étudiante de 2012], mais il n’a jamais été question de vie ou de mort, pour nous. On n’a pas connu de point névralgique où on était dans la marde au point de devoir laisser aller nos acquis. C’est difficile de se crinquer à prendre la rue quand on n’a jamais senti que tout ce qu’on a aujourd’hui, on a failli le perdre.

On se laisse facilement endormir. Moi le premier. Des fois, je fais des gros green gaps [ça, c’est la distance entre notre volonté environnementale et nos actions réelles], et le lendemain, tu ne me donneras pas une crisse de paille avec mon Coke! Cette paille-là va changer le monde!

Les trucs personnels [comme dire non aux pailles], c’est une chose – et ça ne fait pas de tort. Si c’est pour nous aider à mieux vivre avec nous-mêmes, à se sentir honnête envers ce monde, et tout ce qu’il nous offre, fair enough! Mais au final, ce sont les mentalités des gens au pouvoir qui doivent changer. Ou il faudra les destituer, je ne sais pas… »

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Pour entendre Philippe Brach et Jason Bajada jaser de musique, de promotion flyée, de voyages qui confrontent et d’enfants soldats, ça se passe juste ici, dans le tout nouvel épisode des Bajada dialogues.

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