Qu’est-ce qui fait que ça fonctionne, l’Igloofest ?

URBANIA est allé visiter le chantier du site pour rencontrer deux femmes qui ont la réponse

Je ne sais pas comment c’est arrivé. Mais un jour, quatre gars ont eu l’idée absolument débile de lancer un festival de musique électronique extérieur en plein hiver. Malgré tous les défis climatiques et les pirouettes techniques requises, l’Igloofest revient pour une quatorzième édition. Par le plus grand des miracles, des artistes comme Kaytranada, Noisia, Charlotte de Witte ou Zeds Dead iront performer sur un quai du Vieux-Port devant des foules en délire, malgré un mercure peu collaboratif.

Bref, l’Igloofest, ça n’a aucun bon sens. Mais ça fonctionne quand même.

Pour essayer de comprendre comment c’était possible tout ça, je suis allée directement sur le terrain, quelques jours avant l’ouverture officielle. Sur place, près d’une centaine d’employés bravent le froid pour construire le site. À gauche, des grues et des camions jaunes à faire rêver monsieur Tonka lui-même. À droite, des tonnes de coffres aux contenus mystérieux. Et devant moi, Mélanie Reeves, productrice exécutive, et Julie Miron, directrice de production. Les deux expertes en Igloofest sont prêtes à répondre à toutes mes questions. Sécurité oblige, les deux femmes portent fièrement un casque et un dossard réfléchissant.

Frette ou pas frette?

« L’affaire, c’est qu’il ne fait pas froid à l’Igloofest », lance Mélanie Reeves à une journaliste d’abord sceptique. « Quand tu viens ici, le degré d’excitation, la proximité des gens avec qui tu es, le fait de danser… C’est fascinant comment tu en oublies que c’est l’hiver. On s’en est déjà parlé entre nous, on serait curieux ici de savoir c’est quoi la température qu’il fait quand tu te retrouves en plein milieu de la piste de danse. »

« Des fois, quand la température est parfaite, tu vois une steam au-dessus des gens », renchérit sa collègue. C’est vraiment beau! » Julie Miron ajoute même qu’à force de se réchauffer, les festivaliers ont tendance à enlever des morceaux, quitte à parfois les perdre sur le site. « On retrouve souvent des foulards et des bottes. Ça d’ailleurs j’ai jamais compris comment on retrouve des bottes. On retrouve aussi des manteaux, des tuques, beaucoup de téléphones… »

Montage, montage, montage…

Si le plancher de danse va bien, il y a quand même plusieurs défis à relever en hiver, à commencer par l’installation du site. Julie m’explique que les journées de travail commencent habituellement à huit heures du matin et se terminent vers dix-sept heures. Toutefois, celles-ci peuvent parfois s’étirer lorsque nécessaire. « Tout dépend de combien de jours de montage il reste. Parce que la journée d’ouverture, elle, elle ne bouge pas. »

« Hier c’était froid », ajoute-elle, en faisant référence aux températures difficiles de jeudi dernier. « Ça fait que même si tu veux travailler, à un moment donné tu as pas le choix. Il faut que tu arrêtes. Les premières journées, c’était le fun pour nous, on a avancé. Mais hier, c’était froid. Et il y a de la pluie qui s’en vient. » Dans ces situations, les pauses ne sont pas négligées et le bouillon coule à flots pour les employés, tout comme le café chaud d’ailleurs.

Faire un festival froid quand la planète se réchauffe

Bref, à l’Igloofest, il ne fait pas froid, mais il ne fait pas chaud non plus. Si bien que c’est l’un des rares festivals qui utilise des dispositifs pour réchauffer la bière, de sorte qu’elle ne gèle pas. On met aussi des chaufferettes sur scène, question de réchauffer les artistes. Ceux-ci peuvent également jouir d’une cage en plexiglass pour les protéger, eux et leur équipement, des intempéries.

 

Le froid, ce n’est donc pas un si gros problème que ça pour le festival. Même que le pire ennemi de l’Igloofest, c’est peut-être l’arrivée des changements climatiques qui viennent bousiller certains plans. « S’il y en a qui sont sceptiques, nous on le voit, juste dans un événement comme ça, on peut en parler longuement », ajoute la productrice, qui travaille aussi sur les Piknic Électronik durant l’été. Lors de ces rendez-vous estivaux, la pluie peut avoir un certain charme. Pendant l’Igloofest, c’est un cauchemar.

« L’hiver, c’est autre chose : il fait froid. C’est sûr que c’est une caractéristique qui est nouvelle. On avait beaucoup d’éléments qui étaient faits en glace, comme des bars en glace. Maintenant, avec les fluctuations qu’on a avec la température, on n’est plus capable de maintenir tout ça. » C’est pour cette raison que l’Igloofest mise plutôt sur des éléments qui rappellent l’hiver, comme du plexiglass ou des murs faits avec des toques.

L’expérience avec un grand E

Celle qui est employée chez Multicolore commence à accumuler l’expérience. Elle en est à son quatrième Igloofest comme productrice via cette compagnie, qui gère l’événement. Julie Miron, elle, est travailleuse autonome, mais participe déjà à un septième Igloofest comme directrice de production. Elle avait toutefois déjà travaillé sur le chantier auparavant. « J’ai commencé en poussant des coffres », explique-t-elle. Avec son sens de l’initiative et son leadership, elle a rapidement grimpé les échelons.

Les deux femmes ne sont pas une anomalie sur le site. « C’est la première année qu’on est en majorité dans la roulotte de prod », me confie Julie lorsque je lui parle du ratio homme/femme sur le site. « Je me promène beaucoup comme travailleuse autonome et j’ai jamais vu autant de femmes en position décisionnelle. C’est vraiment une autre vibe. »

Mélanie poursuit sur la lancée de sa collègue : « Les filles, les cheffes, les directrices à la tête de grosses équipes sont beaucoup dans l’empathie, dans le respect. Et ça, ça fait des équipes qui se sentent prises en considération. Ça fait des employés qui sont motivés, ça fait un peu comme des clans, des meutes, parce que la communication est omniprésente. »

« C’est dans la finition que tu vois toute la différence », renchérit Julie. Les deux sont d’ailleurs d’accords pour dire que le festival n’a jamais eu peur de donner des premières chances à des femmes.

Un travail de longue haleine

Cette édition 2020, elle trotte dans la tête des deux collègues depuis l’été dernier. Ainsi, plusieurs détails techniques ont été revus par rapport à l’année dernière. On a repensé les plateformes VIP et on a modifié la configuration de la scène secondaire, question d’éviter que les spectateurs y entendent trop le son de la scène principale. Mélanie m’assure même qu’on a ajouté des petits coins sur le site. « Et les gens le savent pas toujours, mais il y a des toilettes aussi dans le pavillon de la Scena. » Vous le savez maintenant.

Autre nouveauté, l’Igloofest sera l’hôte d’une soirée organisée par Boiler Room. Il s’agit d’un événement en soi qui apporte son propre lot de défis selon Mélanie. Ainsi, pour l’occasion, une nouvelle scène sera érigée en plein milieu du plancher de danse de la scène principale. « Boiler Room, c’est né de faire des DJ sets dans des endroits plus petits, à la hauteur des gens. Ça veut dire que Julie, il faut qu’elle refasse une scène, qu’elle refasse un setup… »

« Il faut qu’on rajoute un kit de son en fait », explique la principale intéressées. « On peut pas utiliser le setup comme il est là parce qu’il n’est pas optimisé pour une scène centrale. Alors c’est vraiment un mini-montage à faire. Il y a aussi le fait que les gens soient proches du DJ. En hiver, quelle température on va avoir, c’est un autre petit gamble. »

« Prêtes pas prêtes, il faut y aller »

Alors que je complète mon article au chaud aujourd’hui, les deux collègues sont sûrement très fébriles pour la générale, qui ne saurait tarder. Celle-ci va permettre aux employés de se familiariser avec le site et d’être bien prêts pour l’arrivée massive des festivaliers le lendemain. Mélanie a particulièrement hâte de lancer la 14e édition de l’Igloofest. « Les inaugurations sont toujours fébriles et excitantes. Quand tu fais de l’événementiel, la date d’ouverture elle arrive, tu ne peux pas la reculer. C’est comme un mur, c’est comme une vague. Et en plus c’est The Blaze que j’aime beaucoup. »

Julie, elle, avoue être moins dans la musique électronique. « Mais j’aime ça voir la foule bouger, voir le site vivre et de pouvoir me dire qu’on a réussi à livrer ce qu’on voulait. » Elle en profitera également pour s’assurer que tout fonctionne à merveille, et pour peut-être prendre des notes pour l’édition suivante. « L’année prochaine c’est le 15e alors j’imagine qu’il va y avoir quelque chose de plus, mais on ne le sait pas encore. On va se concentrer sur le 14e pour l’Instant! »

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