Qu’est-ce qui se passe avec les artistes qui chantent la fin du monde ?

Beaucoup de vidéoclips déprimants.

Si vous n’avez jamais entendu parler de la sixième vague d’extinction, si vous ne savez pas qui sont Greta Thunberg et Dominic Champagne, si vous pensez que Le Pacte est juste un film avec Nicolas Cage, si vous n’avez jamais pris l’heure de l’horloge de l’apocalypse, c’est sûrement que le concept d’une fin du monde imminente vous passe dix pieds par dessus la tête. C’est correct. Votre fil de nouvelles est peut-être dénué de lugubres annonces et prédictions quant à l’avenir de l’humanité, mais qu’en est-il de votre playlist préférée?

Oui oui, les artistes ont constamment flirté avec la crainte (ou le fantasme) d’une conclusion catastrophique pour la race humaine. Rien que la semaine dernière, Weval a exploré la fragilité et l’incertitude du futur planétaire dans un vidéoclip kaléidélicieux.

« Où c’est qu’on s’en va? » c’est la question que se posent, grosso modo, les 5-6 artistes suivants, en se penchant bien comme il faut sur l’apocalypse, la décadence, les fins abruptes et leurs nombreux dérivés.

R.E.M — It’s The End Of The World As We Know It (and I Feel Fine)

 
  « World serves its own needs/Don’t mis-serve your own needs » nous raconte Michael Stipe dans sa toune rapée/pas rapée sur la fin du monde. « Le monde subvient à ses propres besoins, ne te méprends pas sur tes propres besoins. » L’une des nombreuses phrases pitchées dans un fourre-tout qui explore le concept de l’apocalypse sous pas mal toutes ses coutures. Ouragans, surpopulation, escalade de violence, bibliothèques incendiées et une poignée de dudes avec L et B comme initiales (même Stipe lui-même ne sait pas pourquoi ils sont dans sa chanson) sont les ingrédients parfaits pour une hallucination biblique à la Saint Jean (le premier à nous avoir rabroué les oreilles avec la fin des temps).   

Boards of Canada — Tomorrow’s Harvest

Ici, on est dans les mêmes eaux que Weval, et par « mêmes eaux » je veux dire : l’étrange pouvoir évocateur de la musique instrumentale. Comment peut-on, sans une seule parole, donner à réfléchir sur l’avenir de l’être humain et de ses dérapages bitumineux? Le duo écossais Boards of Canada réussit à faire croître en nous une angoisse lancinante vis-à-vis tout ce qui ressemble au progrès humain. L’album Tomorrow’s Harvest s’écoute à merveille en regardant des gratte-ciel avec terreur ou remettant en question l’existence improbable de la machinerie lourde.  

Prince — 1999

Que personne ne s’y méprenne : cette chanson-là n’a pas été faite en 1999, mais bien en 1982, au beau milieu d’une tension U.S.A/U.R.S.S. qui prodiguait, elle aussi, son lot de craintes de fin du monde. Prince mélange le concept en vogue juste avant les années 2000 (c’est-à-dire que tout va péter quand le millénaire va embarquer) et le concept en vogue pendant la guerre froide (c’est-à-dire que tout va péter quand le nucléaire va embarquer). Et qu’est-ce qu’on fait selon le Patricien Pourpre (c’est le petit nom que je donne à mon pref) quand la fin approche? On fait le party, évidemment. 

Britney Spears—Till The World Ends

Si la toune de Prince sonne comme un gros party de fin du monde, celle de Britney est pas mal à l’image de l’after-party : le soleil commence à se lever, tous les volcans de la Terre sont en éruption, un tsunami n’attend pas l’autre, la couche d’ozone n’est plus qu’une légende et Spears est quelque part sur une piste de danse à se faire aller les couettes avec ses chummys. « See the sunlight, we ain’t stopping/Keep on dancing till the world ends/If you feel it, let it happen » Bref, c’est pas une fin du monde qui va nous empêcher de s’amuser jusqu’au boutte, encore moins une flaque de lave qui brûle nos membres au troisième degré.

Et au Québec? Jean Leloup VS Les Cowboys

C’est fou comme Plus rien et La fin du monde est à 7 heures ont l’air d’être en contraste, l’une et l’autre, face à l’idée d’une crise à l’échelle mondiale. Du côté Leloup, un désenchantement et une ironie totale nous envoient le message subtil que si la fin du monde est bel et bien en train d’arriver, au fond, peu s’en soucient vraiment. De l’autre, Les Cowboys Fringuants refusent coûte que coûte de verser dans le cynisme, visent plutôt le gros lyrisme émouvant. Mon petit doigt me dit qu’une des deux pièces a mieux vieilli que l’autre, mais je vous laisse deviner laquelle « avant qu’il ne reste plus rien », « sauf sur Gertrude que j’adore ».

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