Qui est responsable de la mort de Lil Peep ?

Deux ans après son décès, la mère du rappeur défunt amène son équipe de gérance en cour

Le rappeur américain Lil Peep, de son vrai nom Gustav Elijah Åhr, nous a quitté le 15 novembre 2017 après une surdose d’un mélange de Xanax et de Fentanyl. Alors que le deuxième anniversaire de son décès arrive rapidement et qu’un documentaire autour de sa vie sera lancé le mois prochain, une poursuite intentée par sa mère pourrait causer des répercussions importantes dans l’industrie musicale.

Parti trop vite

D’abord, les faits: le 15 novembre 2017, Lil Peep est retrouvé sans vie dans son autobus de tournée alors qu’il faisait une sieste avant un spectacle à Tucson, en Arizona. Tué par des Xanax qui n’en étaient pas réellement, le rappeur a laissé dans le deuil son immense fanbase à l’âge de 21 ans. Jusque là, rien de suspect dans ce qui apparaît comme une autre histoire tragique d’un jeune artiste qui tombe dans la surconsommation de drogue.

Sauf que ce n’est pas l’opinion de Liza Womack, la mère de Lil Peep, qui a intenté une poursuite le 7 octobre dernier contre plusieurs individus impliqués dans la carrière de son fils.

Selon elle, la responsabilité de la mort de Lil Peep repose, du moins en partie, sur First Access Entertainment, la compagnie qui gérait les intérêts et la tournée du rappeur. Womack est toutefois consciente de la responsabilité de son fils dans sa propre mort; il prenait de la drogue consciemment et volontairement et c’est ce qui a mené à son décès.

Par contre, elle avance que First Access a une part de responsabilité dans l’affaire à cause de la pression qu’ils exerçaient sur son fils. Dans son témoignage, Womack affirme que l’agence aurait offert des drogues à Lil Peep à de nombreuses reprises, et souvent dans le but de le convaincre de continuer une tournée qui l’a poussé au burnout et qu’il désirait abandonner, ou pire, dans le but de le rendre malade afin que la cancellation d’un spectacle soit couverte par les assurances.

Cette pression, selon la mère du rappeur, aurait amené l’artiste à augmenter sa consommation afin de repousser ses pensées dépressives ainsi que la fatigue généralisée qu’il ressentait suite au rythme effréné de sa tournée. Plus encore, elle avance que le rappeur était encore un enfant influençable qui n’était pas en mesure de prendre des décisions par lui-même. C’est là que cette histoire diffère des tristes overdoses habituelles auxquelles la scène musicale et culturelle nous a habitués.

La faute à qui?

Si Lil Peep n’était effectivement pas en mesure d’être en contrôle de sa carrière à cause de son manque de maturité et/ou tout simplement de son âge, il y a donc ici un cas de négligence de la part de son équipe de gérance. C’est ce qu’avance la plainte de 26 pages déposée par Womack il y a un mois: le rappeur était au bout du rouleau, et son équipe cherchait tous les moyens de le convaincre de continuer sa tournée, malgré son exhaustion mentale et physique. La drogue se trouvait au centre de cette pression: selon Womack, lorsque Peep n’était pas en mesure de performer, son équipe lui proposait différentes substances, notamment du Xanax, dans le but de lui donner l’énergie et la motivation nécessaire pour monter sur scène.

First Access a bien évidemment nié la totalité de ces accusations, mais la plainte de Liza Womack contiendrait des captures d’écran de messages où l’on peut voir certains membres de l’équipe tenter de raisonner avec le rappeur en lui proposant de la drogue en échange de sa collaboration pendant la tournée. 

C’est sur ce point que ce cas est différent des autres surdoses d’artistes connus: si Lil Peep, par ses actions et son mode de vie, a prouvé qu’il n’était pas un adulte responsable et en contrôle, il serait donc possible d’attribuer une partie de la responsabilité de sa surdose à une tierce partie, dans ce cas-ci son équipe de gérance. Si un verdict est encore bien loin de tomber, le jugement de cette affaire pourrait venir brasser la nature des relations entre un artiste et son gérant.

À la base, pour qu’un gérant – ou une équipe de gestion comme First Access – puisse gagner sa vie, il faut que son artiste génère des profits. Pour que l’artiste génère des profits, il doit être actif et respecter ses engagements, et les multiplier le plus possible. Le conflit d’intérêt devient donc plus clair — dans le cas où un artiste décide d’annuler certains engagements lucratifs, le gérant se voit déchiré entre le bien-être de son artiste, et ses propres revenus. 

Dans le cas de Lil Peep, on arrive donc à un questionnement assez compliqué: quelle est la responsabilité de l’équipe de l’artiste lorsqu’elle tente par tous les moyens de le motiver à continuer sa tournée, quitte à le pousser vers des habitudes de vie néfastes qui peuvent causer son décès? 

C’est sur cette question que l’affaire se jouera une fois en cour, bien qu’il pourrait prendre plusieurs mois avant que le tout se rende devant un juge. D’ici là, le documentaire Everybody’s Everything sera présenté à partir du 15 novembre pour ceux qui préfèrent célébrer la mémoire du rappeur. Deux représentations sont d’ailleurs programmées au Théâtre Fairmount le 13 novembre prochain

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