Qui sont les «  SoundCloud rappers  » ?

On explore l'univers de ces rappers milléniaux qui ont créé un tout nouveau style de musique.

Au cours des dernières années, les fans de hip-hop ont dû s’habituer à entendre le terme SoundCloud rapper, référence à une certaine sous-culture du hip-hop, qui s’est rapidement imposée dans l’écosystème musical par sa popularité auprès des jeunes.

Afin de mieux comprendre le phénomène, on vous a concocté une petite incursion dans l’univers de ces rappeurs « milléniaux », histoire de découvrir leur musique, ainsi que les raisons expliquant leur récente popularité.

Qui sont les SoundCloud rappers?

De manière plus générale, le terme  SoundCloud rapper englobe tous les rappeurs ayant commencé une carrière underground sur la plateforme de streaming SoundCloud. Aidés par leur fanbase, ceux-ci ont ensuite été découverts par le large public et les labels majeurs.

Nombreux sont les rappeurs aujourd’hui connus qui ont eu de modestes débuts sur SoundCloud : Denzel Curry, Playboi Carti (maintenant sous l’aile du ASAP Mob), Russ, Princess Nokia ou bien encore Post Malone.

Le terme SoundCloud rappers s’est retrouvé dans la culture populaire surtout grâce aux rappeurs qui ont récemment émergé du sud de la Floride pour se tailler une place dans les palmarès.

Ceci dit, le terme SoundCloud rappers s’est retrouvé dans la culture populaire surtout grâce aux rappeurs qui ont récemment émergé du sud de la Floride pour se tailler une place dans les palmarès. On parle entre autre de XXXTentacion, Lil Pump, Ski Mask the Slump God, Smokepurrp et Wifisfuneral.

Notons aussi d’autres SoundCloud rappers qui ne viennent pas de Floride, comme Lil Uzi Vert (Philadelphie), Tekashi 69 (New York), ou bien feu Lil Peep (Pennsylvanie).

Musicalement, on parle de quoi?

Si nous sortons de l’utilisation générale du terme, le SoundCloud rap  désigne surtout un genre musical en soi. On parle de SoundCloud rap pour faire référence à un hip-hop plutôt lo-fi (un enregistrement de mauvaise qualité, rappelant le son raw d’une mixtape d’adolescents enregistrée dans un sous-sol), aux sonorités trapcore. Bien que certains rappeurs du mouvement soient influencés par le trap/mumble rap d’Atlanta, une majorité de SoundCloud rappers empruntent plutôt au punk-emo-screamo, style Tokio Hotel et autres.

Sur leurs beats aux basses crunchys et compressées, ils gueulent dans un micro de webcam qui grésille la rage d’être un adolescent, parlant souvent de dépression, de peine d’amour et d’abus de drogue (genre le Xanax).

Pourquoi sont-ils si populaires?

Tout comme les bands emo populaires il y a une dizaine d’années, les SoundCloud rappers parlent à la jeunesse. Ils leur disent à quel point il est donc difficile de vivre, mais sur un loop de guitare plutôt qu’un riff de guitare.

Les thèmes qu’ils abordent sont en quelque sorte le reflet du nihilisme qui frappe les adolescents depuis toujours. Ils parlent à une jeunesse en colère, tout comme le faisait le punk des années 80, le grunge des années 90 et Linkin Park avant qu’ils fassent des trames sonores de Transformers.

Et ça marche. Mais genre. Beaucoup.

En fait, depuis que le Billboard a commencé à comptabiliser les écoutes en streaming (en plus des écoutes radio) pour calculer les places sur les palmarès, les SoundCloud rappers ont prouvé qu’ils pouvaient produire des hits.

Aidés par leur armée de fans, les SoundCloud rappers se propulsent sur les palmarès grâce au streaming de manière tout à fait indépendante, sans l’aide d’aucune compagnie de disque. Fini le temps où les hits se créaient par les radios commerciales; avec le streaming, les palmarès sont maintenant démocratisés.

Aidés par leur armée de fans, les SoundCloud rappers se propulsent sur les palmarès grâce au streaming de manière tout à fait indépendante, sans l’aide d’aucune compagnie de disque.

C’est comme ça que le single Look at Me de XXXTentacion fut le premier du genre à se tailler une place dans le top 200, et que Luv is Rage 2, l’album de Lil Uzi Vert s’est classé 13e dans le top 50 des meilleurs albums de 2017 selon Billboard.

Purement dans l’air du temps, la popularité des SoundCloud rappers est aussi due aux réseaux sociaux. Contrairement aux légendes du hip-hop, qui tweet une fois de temps en temps pour annoncer une sortie d’un nouvel album, les SoundCloud rappers sont en contact direct avec leur public à tous les jours, fidélisant rapidement leur fanbase.

De vrais « YouTubeurs » hip-hop, créant des drames et des feuds avec d’autres rappeurs juste pour la polémique. La nouvelle génération a compris que l’important pour leur public, au-delà de la musique, c’est la personnalité derrière la musique.

Prendre des photos avec des fusils dans la bouche, partir du beef sur Instagram, insulter Tupac et Biggie : tous les moyens sont bons pour attirer l’attention autour de toi et de ton futur single.

L’autre côté de la médaille

Qu’on s’entende, il y a une raison pour laquelle ces jeunes rappeurs représentent la rage de la jeunesse : ils sont eux même en tabarnack, et inconfortables avec leur vie. On le sent dans leurs paroles, on le sent dans leur musique, mais aussi dans leurs actions et leur abus de drogue.

Tatoués aux visages, dreads de couleurs et grillz multicolores dans la yeule, les SoundCloud rappers se travestissent en véritables clowns pour leurs fans. Par moment on croirait assister en direct à la crise d’adolescence d’un jeune riche encouragé par une horde de fans qui lui disent « GOGOGOGO DÉTRUIT TOI ».

Nécessairement cette culture a entraîné de nombreux débordements.

Prenons par exemple XXXTentacion, qui a passé une bonne partie de la dernière année en prison, après avoir tabassé son ex-copine alors qu’elle était enceinte. Ou bien Tekashi 69, qui a plaidé coupable à des accusations de sexe avec une mineure. Le même Tekashi 69 qui s’est battu contre une gang en plein milieu de l’aéroport de Los Angeles il y a quelques semaines.

L’exemple le plus triste reste surtout Lil Peep qui, en novembre dernier, est décédé d’une overdose de xanax et fentanyl à l’âge de 21 ans.

Y’a pas à dire, les SoundCloud rappers sont difficiles à aimer. Mais en même temps, n’est-ce pas justement l’objectif? Le punk n’est pas fait pour jouer à la radio, et la jeunesse ne veut pas que tu sois d’accord avec elle.

Y’a pas à dire, les SoundCloud rappers sont difficiles à aimer. Mais en même temps, n’est-ce pas justement l’objectif? Le punk n’est pas fait pour jouer à la radio, et la jeunesse ne veut pas que tu sois d’accord avec elle. Et bien que j’ai ce sentiment inconfortable d’assister à l’auto-destruction de p’tits gars de 16 ans devant leur cellulaire, on ne peut nier que ces rappeurs touchent la jeunesse plus les légendes du hip-hop des années 90.

Le monde change, le hip-hop évolue, et les SoundCloud rappers ont pris leur place dans l’écosystème, qu’on le veuille ou non. En fait, tellement que le terme SoundCloud rappers est mort en 2018, la majorité de la bande étant maintenant signée sur des labels. Tranquillement, les « SoundCloud rappers » sortiront donc de l’underground, tout comme le trap l’a fait il y a quelques années. Et lorsque le « punk » deviendra pop, il se fera encore tasser par une nouvelle génération plus en colère que la dernière.

En attendant, tout le monde profite de la fête : les compagnies de disques signent les artistes, ceux-ci bookent des spectacles, pendant que les fans se battent pour voir leurs idoles sur un stage de club bondé mâcher 3-4 mots.

Que voulez-vous, faut bien que jeunesse se passe.

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