« Ton corps est déjà froid » : rencontre avec deux réalisatrices débordantes d’imagination

Découvrez celles qui se cachent derrière le vidéoclip du groupe Les Beaux Sans-Coeur.

La semaine dernière, Pierre Lapointe a créé la surprise en présentant coup sur coup son groupe éphémère Les Beaux Sans-Coeur , un premier album (probablement le seul) et un clip pour accompagner la chanson Ton corps est déjà froid. URBANIA a eu la chance d’assister au tournage et, emballé par l’expérience, nous avons insisté pour rencontrer l’équipe de réalisation derrière ce petit bijou, Patricia Lanoie et Jeanne Joly de Bien à vous studio. Discussion avec deux filles aux multiples talents.

Aidez-moi à comprendre… Bien à vous studio, fait de la papeterie, du vêtement et… de la réalisation?

J.J. Notre aventure a commencé assez simplement. Patricia était l’assistante de Coeur de Pirate, je travaillais chez Dare to Care Records (l’étiquette de Coeur de Pirate), on s’est rencontré comme ça. Puis, on a quitté nos emplois respectifs pour devenir travailleuses autonomes chacune de notre côté. Un jour, Patricia est venue me voir au Alexandraplatz en me disant « Hey, j’aimerais ça me partir une compagnie de papeterie, embarquerais-tu? » et moi j’ai répondu sure, pourquoi pas! C’est comme ça que tout a démarré, en se disant que ça allait être un sideline le fun. Au bout d’un an, voyant que nos affaires fonctionnaient bien, on s’est dit qu’on devrait s’associer pour nos autres projets aussi.

P.L. En alliant nos forces, on pouvait aller plus loin, devenir un studio et c’est comme ça qu’est né Bien à vous studio. Ça fera deux ans en novembre, ça va à une vitesse folle!

Avec Ton corps est déjà froid, vous en êtes à votre deuxième clip en collaboration avec Pierre Lapointe. Le premier étant le magnifique Alphabet

P.L. Chronologiquement, c’est Alphabet qui est arrivé en deuxième, même si c’est lui qui est sorti en premier.

J.J. Ton corps est déjà froid, c’est le premier projet sur lequel on a travaillé pour Pierre. Notre première rencontre s’est tellement bien passée que son équipe nous a demandé de leur proposer – pour le lendemain matin! – une autre idée pour le clip Alphabet. Ils ont aimé notre pitch alors on a fait les deux.

De la papeterie à la réalisation, il y a un pont tout de même…

J.J. J’ai réalisé tous les clips de Félix Dyotte, alors on ne partait pas de zéro. Même si je n’avais jamais réalisé d’autres clips professionnellement, j’ai beaucoup travaillé avec de grosses équipes, notamment chez Dare to Care [NDLR comme chargée de projet et à la direction artistique] alors ce n’était pas une aventure intimidante.

P.L. De mon côté, j’ai beaucoup appris en fréquentant les plateaux pour les clips de Béatrice [Martin]. Et puis les gens se sont mis à remarquer les clips de Félix, parce qu’on les faisait pour le fun.

J.J. Pierre avait d’ailleurs vu le clip Que ce soit toi, que ce soit moi, inspiré du film Peau d’âne. Il n’arrêtait pas de nous texter « Je suis tellement jaloux du clip de Félix ». Et deux semaines après, on avait un coup de fil d’Audiogram qui nous invitait à une rencontre.

On connaît l’amour de Pierre Lapointe pour l’art visuel. Est-ce que vous sentiez une certaine pression?

P.L. Pas du tout! Pierre est quelqu’un qui fait preuve d’une grande ouverture. Et c’est une personne avec qui on partage beaucoup de références. On parle souvent d’art visuel…

J.J. … d’expositions qu’on voit, de films qu’on aime. On se parle sur IG et on s’envoie un paquet d’affaires. Alors dès qu’il nous a dit « proposez-moi quelque chose pour Alphabet », on n’a pas eu de difficulté à imaginer le truc psychédélique et éclaté qu’il souhaitait.

P.L. On lui a montré nos références visuelles et le seul commentaire qu’il a fait c’est : « C’est parfait, c’est exactement ce que je voulais ». Malgré tout ce bagage commun, on trouve extrêmement flatteur qu’il nous fasse confiance.

J.J. Pierre aime travailler auprès de gens avec qui il a une connexion de coeur. Je crois qu’il a senti que c’était cohérent qu’on travaille ensemble.

P.L. On a fait un 180 degrés dans nos carrières et les gens commencent à réaliser qu’on est capable de faire plein d’affaires!

Quelle a été votre première étincelle créative pour Ton corps est déjà froid?

J.J. Patricia m’a envoyé une photo une photo tirée du film Le testament d’Orphée, de la trilogie de Cocteau en ajoutant : « J’ai ça en tête ». Il m’arrive souvent d’avoir mes idées en rêve, alors j’ai dormi là-dessus et en me réveillant, j’avais les grandes lignes. Ça serait dans une église moderne, avec des tableaux funéraires.

P.L. Maude Beaupré, qui est une folle d’architecture (allez voir son compte Instagram, ça vaut la peine), nous a mis sur la piste de cette église de l’architecte Roger D’Astous, connue sous le nom de La Sacoche. Dès qu’on y a mis le pied, on a su que c’était la bonne! Mais c’est important de le dire : ce n’est pas une sacoche, ce sont des mains qui prient!

J.J. Pour le reste, on a imaginé des scènes super symétriques, mais « mystiques weird ». Je dirais que c’est un peu la rencontre entre La Montagne sacrée de Jodorowsky, Cocteau et les vieilles églises kitsch du Québec.

P.L. Pierre tenait aussi à ce qu’il y ait une texture trash. Au début on voulait le filmer en VHS, mais on s’est dit que ça n’allait pas rendre justice aux costumes. C’était d’ailleurs une des seules requêtes de Pierre : « Je veux qu’on ait du fun et je veux qu’on voie les costumes parce qu’ils sont fous! Pour le reste je vous fais confiance. »

J.J. On a donc utilisé les costumes comme des personnages à part entière. Les franges, les tapis rouges de l’église, tout est tombé parfaitement.

C’est une chanson très courte, c’est moins de deux minutes. Est-ce que ça représente un défi supplémentaire de créer une ambiance en si peu de temps?

J.J. Au contraire! Alphabet a été beaucoup plus compliqué à monter. Pour Ton corps est déjà froid, ça nous a permis d’être concises dans les images pour que ce soit plus fort. Et comme la chanson est crue dans son propos, on a pu avoir un impact en imposant des tableaux et du mouvement.

Quelles sont vos forces respectives? Qu’est-ce que vous appréciez chez l’autre?

P.L. Jeanne, c’est celle qui a la vision et moi j’aime apporter les compléments! Je dis toujours que je suis sa Pierre Berger, même si je suis très impliquée dans le processus créatif.

J.J. C’est un peu comme si on fonctionnait avec un méga cerveau unique. Patricia, c’est une présence réconfortante, on a pas besoin de beaucoup se parler pour se comprendre.

Alors laissons plutôt le magnifique clip parler pour elles!

Pour suivre le travail de Bien à vous studio, c’est ici.

Et pour voir ce qu’elles font de joli au quotidien, on les suit .

Du même auteur

Vous n'allez pas rester là sans rien dire ?
Faites-vous entendre...

mode_comment Afficher les commentaires keyboard_arrow_down keyboard_arrow_up

Dans la même catégorie

Entrevue : « Vacuum » de Groovy Aardvark – Le droit de rocker en français

Vingt ans plus tard, l'album a le droit à une édition en vinyle.

Dans le même esprit