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Comme un selfie musical : entrevue avec Camaromance

Beau temps pour chasser les nuages.

Martine Groulx a fait sa marque dans l’industrie de la musique émergente notamment comme gérante, comme copropriétaire d’un studio d’enregistrement, mais aussi en étant à la tête de Lazy At Work — son étiquette de disque. Elle trouve aussi le temps de s’occuper d’une ébénisterie. Oui. Et comme si ce n’était pas assez, sous le nom Camaromance, elle sort aujourd’hui Chasing Clouds, son 4e album, après 8 ans de pause.

Entrevue avec une fille qui chasse peut-être les nuages, mais qui n’a certainement pas la tête dedans.

Mettons quelque chose au clair tout de suite : tu as étudié à HEC?! Explique-moi!

J’ai vraiment aimé ça! D’ailleurs, c’était mon époque straight edge, mais paradoxalement, comme j’avais les cheveux de toutes les couleurs, quand je passais du temps à la bibliothèque, les gens pensaient toujours que j’étais là pour vendre de la drogue. Le nombre de fois que je me suis fait aborder pour ça!

« Pourquoi je suis ici? Ben parce que j’ai un examen! Tu tombes sur la dernière personne qui va pouvoir t’aider. »

Tu es à la tête de Lazy at Work, l’étiquette de disque, entre autres, de Galaxie et des Dales Hawerchuk. Pourtant, tu as signé chez Simone Record pour cet album, qui est ton quatrième [après The Parade, (2010), Different Paths (2006) et Empty Picture Frames (2004)]. Es-tu rendue trop de trouble à gérer comme artiste pour te signer toi-même?!

Disons plutôt que je me suis fait ce cadeau-là! Avec mes albums précédents, je n’ai jamais profité des beaux côtés. Tu sais quand on dit cordonnier mal chaussé?! Pour mes propres projets musicaux, je ne faisais à peu près pas de promo, j’étais toujours dans le jus. Cette fois-ci, ça s’est passé autrement. Un jour, dans le char alors qu’on s’en allait à Lac-Mégantic, j’ai fait écouter mon matériel à Magalie de chez Simone Records. Elle m’a écrit quelques jours pour tard pour me dire qu’elle et sa gang trouvaient ça pas mal bon, qu’ils avaient envie de me donner un coup de main. C’est un peu comme ça que, de fil en aiguille, on a décidé qu’ils sortiraient l’album. C’était l’occasion pour moi d’être juste l’artiste, de me laisser porter plutôt que de tout organiser.

Tu racontes ça comme si ça te surprenait que quelqu’un veuille te prendre sous son aile!

Ça m’a pris un certain temps on dirait avant de me dire que oui, je peux être une artiste à 100 %. Et j’avais envie de l’être! Surtout pour ce genre d’album qui est très transparent : si je suis pour aller dans cette direction, aussi bien y aller à fond. Et ça s’est placé tellement naturellement, tout le monde a embarqué avec enthousiasme. Par exemple, quand j’ai proposé à Pierre [Fortin, qui évolue notamment avec Galaxie] de participer, il a embarqué à fond et sans hésitation! Il a joué pratiquement de tous les instruments. Et ça a été comme ça pour plusieurs aspects de la création de cet album. J’ai senti qu’il y avait un retour d’ascenseur des gens pour qui j’ai travaillé toutes ces années dans l’industrie.

« Retour d’ascenseur »? Tu crois que c’est parce que les gens t’en devaient une qu’ils ont voulu participer à ton projet?!

Tu as raison, ce n’est peut-être pas la bonne expression! Je n’ai jamais senti que c’était par amitié qu’on voulait travailler sur l’album. Au contraire. Mais on dirait que je ne suis pas habituée à recevoir. C’est étrange à dire, mais accepter de recevoir, c’est du travail. Ça m’a pris de la maturité pour en arriver là. Normalement, c’est moi qui embarque dans les projets des autres. On dirait que j’avais oublié que je peux avoir des idées et vouloir mener mes propres trucs comme artiste.

L’amnésie aura duré un bon moment. Il s’est écoulé 8 ans entre le dernier album et celui-ci. D’ailleurs, en 2010, Ke$ ha était numéro 1 avec TiK ToK, ça fait un bail!

C’est long, mais en fait je pensais que je ne ferais plus jamais de musique! Je me suis même fait tatouer la pochette de The Parade sur la cuisse parce que je trouvais ça symbolique, que ça marquait une étape dans ma vie, que c’était le dernier. Le projet, ça devenait Lazy at Work, notre compagnie qu’on a créée au même moment.

Mais tranquillement,  j’ai recommencé à écrire et maintenant que l’album a pris vie, j’ai le goût de faire des shows, de partir en tournée. Et ce n’est pas terminé, on dirait que ça a réveillé quelque chose. Pour l’album, j’avais envie d’une collaboration avec un artiste que j’aime beaucoup, mais ça n’a pas fonctionné. L’idée d’un prochain EP de collaboration mijote pas mal fort en ce moment dans ma tête.

As-tu envie de nous dire avec qui tu voulais collaborer?

Nah! Pas vraiment!

OK, on va changer de sujet! Tu parlais de transparence tout à l’heure, l’album est-il entièrement autobiographique?

Ça l’est, ça l’a toujours été. Mais ce sont quand même des images. Ce que je veux dire par là, c’est que je décris les événements comme ils se sont passés dans ma tête, pas nécessairement comment ils se sont déroulés dans la réalité.

Il y a toute une démarche qui décrit là où j’en suis rendue. Ça se résume bien dans la toune de Francis [Faubert, auteur de Martine sur l’album, où il raconte qu’elle n’aura pas d’enfants] : je vieillis, je n’aurai probablement pas d’enfants parce que j’ai essayé et que ça n’a pas marché, ça parle d’amour, du temps. C’est une réflexion sur ce que j’ai fait dans les dernières années pour m’approcher du bonheur. Le résultat? Eh bien le meilleur moyen de m’approcher du bonheur, c’est de faire de la musique! Toutes les tounes mènent à cette conclusion.

Écrire sur soi, c’est un genre de selfie musical?

En fait, ce sont surtout des chansons que j’écris pour des gens. Mettons Audrey? C’est ma meilleure amie. J’avais envie de lui offrir une chanson parce que je l’aime, pour raconter simplement le plaisir que j’ai quand on sort et que j’anticipe qu’il va se passer quelque chose de l’fun.

D’ailleurs, ce sont des chansons qui portent le plus souvent sur l’amitié, mais je vire tout le temps dans la romance. Même quand j’écris pour des gens avec qui je n’ai eu aucune relation amoureuse, la chanson finit toujours par un french ou dans le lit! Il y a à peu près tout le temps les mots « lips » ou « bed » qui se glissent dans mes tounes, mais c’est simplement une manière de dire à ces gens que je les aime.

Alors, écoutons. Et aimons-nous.

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