Marc Etienne Mongrain

Entrevue : Sèxe Illégal – Imposteurs de la musique (et de l’humour)

Les humoristes sont-ils les nouvelles rockstars ?

En décidant de faire une entrevue avec l’un des gars de Sèxe Illégal, j’appréhendais le moment de googler le nom du groupe pis de tomber sur des affaires louches. (Maintenant, quand j’écris « sexe » dans mon browser, ça affiche automatiquement www.sexeillegal.com) Un autre truc qui me faisait peur, c’était qu’il décide de faire l’entrevue en personnage comme ils en avaient l’habitude à leurs débuts. À mon grand soulagement, c’est à Mathieu Séguin que j’ai pu jaser de musique et non à son alter ego. C’est pas que je tripe pas sur Paul Sèxe, mais j’ai l’impression que ça aurait donné une discussion un petit peu moins pertinente.

Quelque part entre l’École Nationale de l’Humour, les jokes de crooners et le rêve d’ado de devenir des rockstars, Sèxe Illégal est né de l’union de l’imaginaire de Mathieu Séguin et de Philippe Cigna. Par contre, si on se fie à la légende du groupe, la carrière des célèbres Paul Sèxe (Mathieu) et Tony Légal (Philippe) aurait vu le jour en 1976, « seulement quelques heures avant l’assassinat de Bob Marley ». Après 42 ans de carrière (ou une dizaine d’années, tout dépend de l’univers sur lequel on se base), les rockeurs roulent toujours leur bosse.

En ce moment, le duo humoristique qui manie aussi bien les riffs de guitare que les liners, présente son spectacle, Légendes du rock et bientôt de l’humour, tous les mois à la salle Claude-Leveillée de la Place des Arts. À moins de 24h de leur prochaine représentation, Mathieu m’explique au bout du fil que c’est plutôt lui qui s’occupe du côté gear du projet. « C’est sûr que c’est moi qui joue toute, parce que l’autre a pas de beat *rires*, mais en général on fait ça [composer et écrire] pas mal ensemble. »

De moins en moins imposteurs

Les deux gars ne sont pas des musiciens de formation, mais la musique a toujours été présente dans leurs vies à différents degrés.

« Moi pis Phil, on est des gros fans de musique avant tout. C’est vraiment la forme d’art qu’on préfère. On est constamment en train d’écouter de la musique. Moi, si ça fait trop longtemps que j’ai pas écouté de musique, ça peut me rendre anxieux. »

À leurs débuts, la musique venait en quelque sorte appuyer une blague, entourer des liners, ou carrément parodier des chansons existantes. Pour leur dernier album Rock Danger (2016), l’approche a été un peu différente. « Pour celui-là, ça arrivait qu’on parte d’un riff de guitare ou d’un beat, on l’a plus abordé comme un album. Même qu’il y a des paroles qui sont arrivées pas mal en dernier », raconte Mathieu. « On était comme moins complexé en studio, on se sentait moins comme des imposteurs. Je pense qu’on s’est plus amusés et rendu là si j’ai des idées, maintenant je sais comment les concrétiser. »

Apprendre des rockstars

Si être une rockstar n’était qu’autrefois un fantasme d’adolescent, les gars vivent aujourd’hui de leur musique, à travers l’humour. Ce sont les mêmes musiciens qui ont influencé le look et le son de Sèxe Illégal. « Chez nous plus jeune, il y avait tout le temps de la musique. On écoutait les grosses stars des 60’s pis des 70’s. Ça m’a toujours fasciné et un peu fait rire aussi les mythes autour de ce monde-là. » Maintenant, c’est lorsque Mathieu entre sur scène avec sa barbe et ses looks funky que le public est fasciné. Pas besoin de dire un mot et la foule est déjà captivée.

« C’est l’attitude un peu punk de la musique que j’aime. Tsé, Jim Morrison y s’en calisse de ce que tu penses. Y a quelque chose de l’fun de pouvoir se laisser aller comme ça. La musique, ça fait du bien, ça change la drive et ça fait que tu peux aller ailleurs. En 30 secondes, tu peux complètement changer le mood, passer de la tristesse à la grosse énergie. »

« Tsé, Jim Morrison y s’en calisse de ce que tu penses. »

J’avais déjà lu quelque part que Sèxe Illégal a beaucoup d’affinités avec la scène musicale québécoise. Mathieu confirme. « Des shows d’humour, je vais pas en voir. De la musique, j’en consomme tout le temps, je vais voir des shows constamment. C’est comme si je comprenais mieux le langage. » C’est l’espèce d’homogénéité du milieu humoristique qui gosse l’interprète de Paul Sèxe. Le manque de contre-culture, d’art réactionnaire, au Québec en tout cas, c’est ce qui rend la scène musicale plus attirante que celle des comedy clubs pour lui.

Humour punk

Ils ne sont pas seuls à penser comme ça. C’est en suivant cette ligne de pensée qu’est né le Dr. Mobilo Aquafest, un festival d’humour monté par une coop d’humoristes, dont Adib Alkhalidey et  Guillaume Wagner (entre autres). Lors de la dernière édition, ils ont incorporé un volet musical à leurs galas : Safia Nolin, Klô Pelgag, Les Hôtesses d’Hilaire et les Deuxluxes se sont succédés entre Mike Ward, Catherine Éthier et Virginie Fortin, pour ne nommer que ceux-là. Le résultat? Des galas avec un vibe bien différent de ceux qui sont en reprises à Canal D et qui favorisent des rencontres intéressantes dans les loges.

« Tsé, dans le milieu de l’humour, on devient un peu incestueux. Des humoristes qui s’inspirent d’humoristes, qui s’inspirent d’autres humoristes, à un moment donné ça fini pu. »

« Ça nous a permis de nous rencontrer pis de voir d’autre monde. Tsé, dans le milieu de l’humour, on devient un peu incestueux. Des humoristes qui s’inspirent d’humoristes, qui s’inspirent d’autres humoristes, à un moment donné ça fini pu. », explique Mathieu. « De pouvoir créer des liens avec des artistes d’autres milieux, ça nourrit pas mal plus. » Ça donne aussi une occasion au public de voir les artistes musicaux sous un autre jour. « Safia, c’est l’une des filles les plus drôles que j’ai jamais vue de ma vie ! Klô elle est super absurde aussi, pendant le gala elle a même fait des bits et ça marchait super bien ! Cet humour-là, cette dérision-là, ça faisaient déjà partie de leurs univers. »

À force de naviguer entre l’humour et la musique, Paul Sèxe et Tony Légal ont fini par trouver une belle niche où créer et s’exprimer. On leur souhaite un autre 42 ans de carrière et au moins 2-3 albums best of pour contenir tous leurs excellents morceaux qui critiquent les machos pichous et autres conneries de ce monde.

Sèxe Illégal se produit ce soir même à la salle Claude-Léveillée de la Place des Arts. Pour ceux qui trouvent que c’est un peu dernière minute, ils y seront de retour le 12 décembre prochain. On me dit qu’il y aurait même des nouvelles tounes à entendre…

Pour suivre Sèxe Illégal, c’est ici.

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