She Shreds : le magazine pour les f*emmes qui jouent de la guitare

Parce que le mot « guitare », c'est féminin.

L’année dernière, le fabricant de guitares Fender annonçait que la moitié de ses nouveaux clients étaient des femmes. La tendance s’observait tant au Royaume-Uni qu’aux États-Unis. C’est donc dire qu’elles sont de plus en plus nombreuses à se laisser inspirer par les nouvelles têtes de la musique.

C’est un changement étonnant quand on considère à quel point on diminue constamment l’impact que les femmes ont eu avec leurs six cordes. En 2011, le magazine Rolling Stone n’avait octroyé une place qu’à deux femmes, Joni Mitchell et Bonnie Raitt, dans leur liste des 100 meilleurs guitaristes de tous les temps. Sans surprise, je peux compter sur les doigts de ma main le nombre de femmes qui ont fait partie du jury, constitué d’une cinquantaine de personnalités.

Par les femmes, pour les femmes

Mais bon, si les gars veulent écrire des articles de gars pour se flatter entre gars, qu’ils le fassent. Pour les autres, il y a, depuis quelques années, She Shreds, un magazine dédié à la guitare et à la basse au féminin. Dès le premier numéro, paru à l’automne 2012, le projet fondé par la guitariste Fabi Reyna montre ses couleurs. C’est Corin Tucker, du groupe culte punk et DIY Sleater-Kinney, qui est la première à apparaître sur la couverture du numéro. Née au Mexique, mais ayant grandi à Portland, l’autodidacte Reyna avoue à Fender qu’elle a dû faire preuve de persévérance et de résilience à ses débuts, surtout lorsqu’on tentait de lui faire comprendre que les filles, ça ne joue pas de guitare. Elle s’est donc reconnue dans le mouvement de punk féminisme appelé riot grrrl des années 90s, d’où est né la formation Sleater-Kinney.

Au fil des ans, le magazine a prouvé que des filles, ça peut varger avec ou sans plectre. On y retrouve donc des portraits et des entrevues d’artistes phares comme Britanny Howard d’Alabama Shakes, Alynda Segarra de Hurray for the Riff Raff et Laura Jane Grace d’Against Me. Parce que tant qu’à être inclusif, aussi bien inclure, respectivement, une guitariste afro-américaine, une aux origines portoricaines et une troisième qui s’identifie comme transgenre.

Se souvenir des légendes

Et comme un pied de nez aux vieux décomptes des meilleurs guitaristes des publications conservatrices, She Shreds a fait paraître en février une liste des grandes femmes noires ayant gratté une guitare ou une basse le siècle dernier. C’est le moment de rendre justice à de véritables légendes comme Sister Rosetta Tharpe. Cette dernière a influencé tout le monde, d’Elvis à Johnny Cash en passant par Eric Clapton et Chuck Berry. Une autre liste publiée en 2016 présente les guitaristes qui ont marqué le son des années 1990, incluant des figures comme Kim Gordon de Sonic Youth et PJ Harvey.

Mais au-delà des listes et des jeux de comparaisons, She Shreds reste franchement humain comme publication. Pour la 18e édition, qui est arrivée en magasins il y a quelques semaines, le magazine suit les péripéties de Shana Cleveland du groupe La Luz alors qu’elle part en tournée enceinte.

On y braque également les projecteurs sur le travail de la Galloise Cate Le Bon et la Syrienne-Américaine Bedouine, qui ont fait paraître un très bon album cet été, et sur Fatouma Diawara dont la musique « mélange des rythmes maliens traditionnels à des mélodies de guitare inventives. » On y présente aussi des tablatures de chansons et des conseils pour maîtriser l’art de l’improvisation. Cette fois-ci, c’est l’artiste R&B Yuna qui apparaît en couverture, une Gibson Les Paul à la main.

Pour l’instant, le magazine n’est pas encore disponible en boutique au Canada. Un abonnement d’un an de trois numéros revient à environ 67 dollars canadiens : une bonne portion du prix provient des frais de livraison. Heureusement, les articles du magazine papier finissent tous par se retrouver sur le site web, sans avoir besoin d’un abonnement. On peut donc déjà y dévorer sans retenue et sans carte de crédit les articles du numéro d’avril dernier.

On y retrouve des textes sur la présence des femmes dans l’éducation supérieure en musique, un tour d’horizon de la scène musicale de Calgary et une entrevue avec ma best, Nilüfer Yanya. Enfin, le site offre une multitude d’articles pratico-pratiques pour les nerds de guitare.

Après 18 numéros, force est d’admettre que She Shreds ne manque pas de sujets ou d’inspiration. Et avec une nouvelle vague de guitaristes prêtes à apprendre l’instrument, il ne faudrait pas s’étonner que les candidates se multiplient pour apparaître en première page.

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