Slayer : ce ne sera plus pareil sans eux

Les géants du thrash metal ont joué leurs dernières notes.

Ça y est.

Presque deux ans après avoir annoncé sa tournée d’adieu, le légendaire groupe metal Slayer a officiellement tiré sa révérence hier soir, après une ultime performance au forum de Los Angeles.

Ils ont d’ailleurs choisi de fermer les livres avec Angel of Death plutôt que leur dernier rappel de choix Raining Blood, un sympathique fuck-you à la plus grande controverse de leur carrière

Vous pouvez d’ailleurs revivre leurs derniers moments sur scène comme si vous y étiez. grâce à la magie de YouTube:

D’habitude, ça ne se passe pas comme ça. Le groupe continue de faire de la tournée jusqu’à temps qu’un des membres clé n’en soit plus physiquement capable. Motörhead a donné son dernier spectacle le 11 décembre 2015, leur célèbre chanteur Lemmy a été diagnostiqué d’un cancer incurable le 26 pour ensuite décéder le 28 décembre. Moins de trois semaines après que le groupe se soit produit à Berlin. On ne peut pas faire plus metal que ça comme dernier chapitre.

L’admiration qu’une personne porte pour Slayer m’en dit beaucoup plus sur son intégrité et son caractère que son CV, une enquête de crédit ou ses antécédents judiciaires.

Si Slayer se retire au sommet de son art, c’est en grande partie la décision de leur charismatique chanteur Tom Araya. Le ténor Chilien au rire contagieux a expliqué plusieurs fois en entrevue regretter ne pas avoir vu sa fille Ariel et son fils Tomas Jr. grandir et vouloir être plus présent pour ses petits-enfants. C’est compréhensible, voir même noble sa part. De plus que les succès commerciaux commençaient à se faire rares pour Slayer depuis l’inoubliable God Hates Us All, lancé le 11 septembre 2001. 

N’empêche que ça laisse un trou béant dans mon coeur sombre et froid de métalleux. 

Je suis fan de Slayer depuis l’âge de 8 ans. Mon cousin Erik avait une vieille copie de l’album South of Heaven avec une pochette qu’il avait lui-même découpé pour décorer son casier. Il faisait gros soleil dehors et on écoutait de la musique sur la vieille enregistreuse de ma mère. On prononçait ça «Slâ-yeur» dans le temps. Ça m’a pris des années à me défaire de cette habitude. Des fois je le dis encore SLÂÂ-YEUR. 

Leur musique m’avait fait peur à l’époque. Les accords de la chanson titre évoquent un sentiment bien particulier auquel mon esprit d’enfant n’était pas du tout préparé:

Chanter DANCE WITH THE DEAD IN MY DREAAAAMS, LISTEN TO THEIR HALLOWED SCREEEAMS, THE DEAD HAVE TAKEN MY SOOUL, TEMPTATION’S LOST ALL CONTROOOL à plein poumons, ça prend un sens qui lui est propre.

C’était le début d’une longue relation pendant laquelle Slayer n’a jamais exactement été mon groupe préféré, mais toujours L’UN de mes groupes préférés. C’était comme ça pour un peu tous les fans, je crois. Voyez-vous, Slayer c’était un peu comme le Hydro-Québec des métalleux. Une fierté nationale. Ils appartenaient à tout le monde et à personne à la fois. Leur musique aura été (et sera toujours) un symbole rassembleur pour une communauté trop souvent polarisée par des rivalités farfelues. 

Personne ne s’identifiait vraiment aux visions infernales de Hell Awaits ou aux pulsions malsaines du tueur en série Ed Gein dans Dead Skin Mask, mais chanter « DANCE WITH THE DEAD IN MY DREAAAAMS, LISTEN TO THEIR HALLOWED SCREEEAMS, THE DEAD HAVE TAKEN MY SOOUL, TEMPTATION’S LOST ALL CONTROOOL » à pleins poumons, ça prend un sens qui lui est propre. C’est comme une formule magique qui permet de purger le mal de vivre, ne serait-ce que pour un court moment. 

Une formule que tous les métalleux connaissent. Un langage commun et unificateur. L’admiration qu’une personne porte pour Slayer m’en dit beaucoup plus sur son intégrité et son caractère que son CV, une enquête de crédit ou ses antécédents judiciaires.

Ce ne sera plus pareil sans eux. Où iront nous tripper ensemble sans se juger l’un et l’autre? Certainement pas aux shows de Metallica. Il y a beaucoup trop de t-shirt rentrés dans les pantalons et d’étuis à cellulaire clippés sur des ceintures. Aux shows d’Iron Maiden? Peut-être, si la santé de Bruce Dickinson peut tenir quelques années encore et s’il ne se plante pas avec son avion lors de missions-sauvetages. Mais ce ne sera pas la même chose. Les shows de Slayer, c’était la dernière place ou on pouvait se péter la gueule entre générations. Se blesser le corps pour se réparer l’âme.

Bonne retraite, Slayer! Merci pour la musique. 

Y’aura peut-être plus jamais de spectacles, mais je souhaite quand même un autre album à quelque part dans le futur. 

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