Jean-François Sauvé

Surprise ! Lydia Képinski sort Premier juin, son premier album

Entrevue avec une anti pop star / future star.

Y’a vraiment beaucoup trop de monde dans ce bar en plein jour. Spot nouveau quand même trendy. La seule autre fois que je suis venu ici, j’me suis fait payer des shots par Christiane Charest. C’est sur St-Laurent. Lydia Képinski est assise au comptoir. Ça m’a pris deux secondes la reconnaitre en balayant l’énorme pièce remplie de plantes, de puits de lumière, de gens et de sortes de bois que je ne connais pas.

Je l’ai reconnu de dos même. Les cheveux longs, lisses, blonds. Vraiment pas mêlés. Solide revitalisant probablement. La seule fois avant que je l’avais vue c’était au GAMIQ pour ramasser un prix. EP de l’année je crois. Elle était mal à l’aise, comme la plupart des autres artistes qui montaient chercher leur prix.

«  Euhh thanks ».

Elle demande au serveur si c’est le fun de travailler dans un bar en plein jour.

Il lui répond que c’est aussi un café. Justification.

Il a raison, car je commande un café et elle un thé.

Le 3 avril (aujourd’hui), elle sort son premier album complet. Le titre est Premier Juin.

Sans teaser, sans promo, sans avertissement. Tel une Drake. J’admire l’audace et la démarche. Ça prend du guts. Surtout pour une première offrande. Surtout au Québec.

Tu as voulu utiliser les trucs marketing du rap game pour sortir ton album ? Tu sors ça toi même ?

Je suis sur un tout petit label (Chivi Chivi). C’est moi qui fais ma prod d’album et de spectacle. J’aime choisir les intervenants. Tout est «hors-house». Ce n’est pas de l’intégration verticale avec une seule compagnie. Pour moi [l’intégration verticale] ça profite juste aux entreprises.

Vu que je suis impliquée dans beaucoup de choses, je trouve ça plus relax de faire ça comme ça. Je trouve ça chill de faire ça en deux étapes seulement. La sortie numérique et la promo. On va faire le lancement le 1er juin, c’est dans fucking longtemps. Ensuite, viendront les spectacles.

C’est un peu une anti-stratégie. On met tous nos œufs dans le même panier. Voici l’album. J’aurais pu sortir des singles pendant trois mois, mais c’est pas ça. En tant que public, je veux pas juste un p’tit bonbon après un p’tit bonbon. Fuck off, moi je veux souper.

C’est ton premier vrai album ? Ça te stresse ?

Exact. Je veux qu’il s’écoute comme un album. Le potentiel radio on s’en câlisse. Si après on trouve qu’il y a une toune qui pourrait être trackée à la radio, on le fera, mais je veux qu’on écoute l’album. Ça me fait chier sortir des tounes ou un album d’avance pour les médias, un 5 à 7 pour les médias ça me fait chier aussi. Sortir des singles pour les radios ça me fait chier. Je fais ça pour le monde.

Tu espères quoi? Quel monde? Tout le monde ?

C’est un peu un «ça passe ou ça casse» pour moi. Si ça marche pas l’album, je vais humblement me retirer et aller faire autre chose. J’ai plein d’autres talents.

Si ton album marche pas commercialement, tu feras pas un deuxième album ? Tu penses pas que tu devrais être fière de ce que tu as fait, sans le juger par rapport à la réaction du public ? C’est ton premier album, tu peux pas arrêter si ça marche pas…

[Je dois avouer qu’à ce moment-là, je suis devenu confrère artiste et j’ai oublié que j’étais intervieweur. Je ne voulais pas qu’elle lâche après un album. Elle a beaucoup trop de talent. Elle est beaucoup trop intéressante. Beaucoup trop d’autres « artistes » devraient lâcher avant elle.]

J’suis comme pas patiente dans la vie. Je parle pas nécessairement d’un succès commercial. Ça peut aussi être un succès critique. J’ai besoin d’exceller. Si je fais quelque chose et que ça fonctionne pas comme je pense, je préfère faire autre chose honnêtement. Ça se peut que j’aie rien à dire de pertinent. Que mes textes ne résonnent pas avec le monde. La musique me semble la forme d’art qui me va le mieux, mais ça se peut que j’aie d’autres compétences dans d’autres choses.

[J’essaie de lui dire, sans être paternaliste, sans jouer le Louis-Jean «moi ça fait 20 ans que je fais ça et m’a te le dire ma p’tite fille, c’est comme ça que ça marche!» Elle n’a aucune idée que je suis aussi musicien et c’est tant mieux. Je peux essayer de rester intervieweur. Mais j’me suis attaché. En peu de temps. J’aimerais que la réaction du public n’affecte pas l’appréciation de son œuvre. Qu’elle le fasse pour elle.]

J’veux pas faire de la musique de «biens et services». La culture populaire est vraiment importante, mais ça veut pas dire que c’est de la culture de marde pour autant. Ce sont les diffuseurs qui diffusent de la marde. Pour moi la chanson c’est de l’art populaire. Si j’avais voulu faire de l’art de niche, j’aurais fait du théâtre, mais ça m’intéresse pas le théâtre parce que j’ai pas l’impression que ça parle au peuple.

Tu as donc le désir de parler au peuple ? Comme Éric Duhaime mettons ?

Bennn…c’est qui «  le peuple » pour Éric Duhaime et c’est qui « le peuple » pour moi ? Moi je me considère comme faisant partie du peuple. J’me suis souvent fait dire que mes tounes étaient trop longues et qu’il y avait trop de mots. Comme si le monde était trop épais pour comprendre. La prise de risque semble très compliquée au Québec.

Parlant de risque, tu as quand même fait beaucoup de concours (Cégep En Spectacles, Granby, Francouvertes et autres Ma Première Place Des Arts ), c’est quand même l’avenue rapide vers une carrière musicale et non l’avenue risquée, mettons. Penses-tu que sans tout ça, tu serais ici en ce moment à me parler de ton premier album ?

Tout le monde a son chemin. C’était mon chemin. Ça m’a préparée à l’industrie de la musique. J’ai pu voir de l’intérieur que c’était un peu dégueulasse. Je suis mieux préparée à faire face à des baby-boomers qui haïssent ce que je fais. C’était bon pour me faire une carapace. Tout le monde dans le concours voulait que je change. J’ai fait ma tête de cochon. Je vais faire exactement ce que je fais et travailler plus.

Mais ils voulaient que tu changes quoi ?

Ben…toute! Ils aimaient rien. J’me faisais dire que je devrais être parolière. Moi je paye 100$ pour m’inscrire dans le but de gagner de quoi de plus gros ultimement. Eux pensent que je m’inscris pour avoir une formation et apprendre. Ce sont des gens qui ont écrit des hits, leurs affaires fonctionnent et ils veulent te former…à part les Francouvertes.

Aurais-tu fait La Voix ? Y’a tu une différence entre La Voix et Les Francouvertes ?

Moi je suis contre la moralité. Je ne suis pas une personne morale. Y’a un discours dans la musique qui me fait chier. Tel ou tel est pas intègre…moi j’m’en criss. Mon intégrité est par rapport à moi. Le mythe de l’artiste vendu, du sell out, ça me fait chier. Je trouve ça vraiment nul. Y’a un puritanisme gossant avec la gauche «qu’il faut garder ça pur, que la musique c’est juste de la musique.» Fuck off ! Y’a de la business là-dedans. Faut que je fasse des émissions niaiseuses qui me fendent le cul, mais je le fais avec ma personnalité. Y’a du monde qui me bitche sur internet après, vivez avec ça.

Mais c’est pas ça être intègre justement. Rester toi-même, peu importe la situation ?

Oui…mais tsé un artiste qui prend un virage pop et que le monde trouve pu cool à cause de ça…je trouve que ça fonctionne pas comme statement. Y’a le droit d’essayer d’autres affaires.

On écoute Premier juin ici 

On peut la suivre ici

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