Ta gueule

Jason Bajada s’adresse aux esti de gossants qui jasent pendant les concerts.

La semaine dernière, l’auteur-compositeur-interprète Jason Bajada a publié un statut Facebook où il exprimait son exaspération devant les gens qui parlent sans cesse pendant les concerts de musique.

Ce statut a beaucoup fait réagir (notamment ici au bureau) et on a donc demandé à Jason s’il voulait élaborer sur le sujet. Il a gentiment accepté.

Es-tu capable de la fermer, ta gueule? Le temps d’une toune?

Je te pose la question, car j’observe, depuis environ 5 ans, un phénomène hallucinant. Les gens paient trente, cinquante, quatre-vingts ou même cent vingt dollars pour aller jaser de leurs vacances au Portugal du mois dernier… au M-Telus… lors du show de The National… pendant la pièce About Today.

Ça n’a rien avoir avec la formation de l’Ohio. Bien au contraire. Ces mêmes gens jasent pendant le concert d’Angel Olsen au Rialto, ainsi qu’au Théâtre Corona en pleine perfo de Fleet Foxes mercredi dernier. Ils semblent pourtant très conscients du fait qu’ils ne sont pas dans un Irish pub. Y’en a même qui ont l’air sobres. Je les observe arrêter de parler 10 secondes pour applaudir le band ou l’artiste sur scène une fois la toune terminée. Et lorsque la musique recommence, leurs babines font pareil.

Et c’est important de noter que ce n’est pas un truc « générationnel ». C’est plutôt généralisé. Et je ne suis pas le seul à détester ce comportement. Le musicien Jeff Tweedy a d’ailleurs déjà dénoncé cette mauvaise habitude en plein spectacle :

Pas juste à Montréal

Lors de ma visite à Los Angeles il y a quelques mois, je me suis procuré des billets pour aller voir MGMT au Hollywood Palladium. Rien n’aurait pu me préparer aux multiples faux pas des spectateurs. Bien sûr, il y avait le snapchatteux qui faisait une vidéo artistique abstraite en filmant le band, le plafond, le band, le plafond, son short, le plafond. Il y avait aussi le couple qui me reculait dessus alors que je faisais un effort pour conserver mon périmètre initial. Le plancher était pourtant en pente descendante vers la scène. Et non, je n’ai pas vraiment envie de sentir vos bras suintants contre les miens. Prochaine fois, maybe?

« Un dude regarde le show (principe de base lorsqu’on assiste à un concert). L’autre dude lui raconte son weekend à tue-tête, dos à la scène. Seriously? WTF. »

Je me souviens qu’un spectateur en particulier m’avait marqué. Il faisait dos à la scène, et il gueulait dans la face de son chummé qui écoute Me & Michael. Je ne parle pas ici de faire un commentaire cocasse mentionnant que le guitariste a pété une corde ou que cette toune-là aurait bien fitté dans une version moderne de Call Me By Your Name. Je me répète. Un dude regarde le show (principe de base lorsqu’on assiste à un concert). L’autre dude lui raconte son weekend à tue-tête, dos à la scène. Seriously? WTF.

C’est délicat d’aborder les cons

Y’a pas de moyen facile de dire à quelqu’un de se taire lors d’un concert sans se sentir comme Mussolini. Encore moins quand c’est tout un groupe qui jase.

Lors du passage de Devendra Banhart au Métropolis l’an dernier, j’étais avec des amies devant la console de son pour profiter du spectacle de façon optimale. Une fille derrière moi n’arrêtait pas de parler. Je me suis retourné quelques fois. Son chum avait l’air de comprendre et me faisait des yeux d’excuses pour sa conne de blonde. Mon death look était à point, mais elle ne semblait pourtant pas comprendre le message. Après la 8e fois, elle m’a dit d’un ton condescendant : « Je remarque que tu te retournes pour me regarder depuis tantôt… ça va? » J’ai essayé rapidement de lui expliquer que nous étions en train d’essayer d’écouter Devendra chanter, mais qu’on entendait plutôt les détails de ses cours de plongée sous-marine de lundi dernier.

Sa réponse? « Ben si t’es pas content tu peux aller en arrière ou ailleurs, moé j’ai payé mon billet fak je fais ce que veux, c’tun pays libre ». Son boyfriend? Il avait encore plus l’air de me comprendre et de trouver sa blonde doublement conne. Je pense qu’il voulait me frencher tellement il était content que je l’aie confrontée. Le problème? Beaucoup de gens parlaient tout autour de nous. Elle n’était pas la seule. Je n’avais pas envie de faire la police, alors on a changé de spot. J’ai même entendu la conne soupirer : « Bon! Finalement! Esti qu’ils gossaient eux autres! Fak ouain, ça te tentes-tu d’en faire de la plongée avec moi lundi prochain? »

« Y’a pas de moyen facile de dire à quelqu’un de se taire lors d’un concert sans se sentir comme Mussolini. »

Est-ce une incapacité de notre part à rester focus plus qu’une minute trente? Les dommages collatéraux d’être autant stimulés par les nombreux écrans de nos vies? Un manque d’amour de nos mères? Un encouragement perpétuel à exprimer notre opinion dans les sections commentaires web? J’en sais rien.

Les sublimes exceptions

Ceci étant dit, j’ai assisté à plusieurs spectacles où l’écoute a été exemplaire. Quelques jours après le désastre MGMT, j’ai eu la chance de voir l’ami Jean-Michel Blais se produire au fameux No Name Club à West Hollywood. La crowd ainsi que l’endroit me rendaient plutôt nerveux avant qu’il mette les pieds sur les planches. Les gens semblaient hipsterish, jasants, là pour les cocktails plutôt que le concert. Mais le propriétaire connaissait bien son club. Il est monté devant le piano et a pris le micro. Il a fait un petit message demandant aux gens de montrer un peu de respect et d’éteindre leurs cellulaires vu que le show allait commencer.

Nous nous sommes assis par terre. D’autres sont restés debout au bar. Certains étaient en plein souper de groupe. Bref, le setup était une recipe for disaster. Surtout pour un show instrumental de piano. Et pow! Ce fut tout le contraire. Un silence impeccable. Nous avons eu droit à un concert sublime. J’en ai versé quelques larmes. Les dynamiques, la finesse, les quelques bruits de fourchettes, l’ambulance qui passait sur Fairfax Avenue ne faisaient qu’amplifier le fait que nous étions gâtés.

Et après la perfo? Tout le monde s’est mis à parler de l’expérience, de leurs vacances au Portugal, de leur match Tinder plutôt douteux. La vie venait de se passer, et la vie continuait. Une méditation pour mieux poursuivre. Un sorbet de silence entre la soirée et la nuit.

Une solution?

Ceci me fait réaliser qu’une solution au problème pourrait être de faire un petit reminder quelques secondes avant le concert en question. Rappeler aux gens d’éteindre leur iPhone, de participer au spectacle en écoutant (après tout, c’est le show pour lequel tu viens de payer, espèce de zozo!) et surtout, de sortir de la salle si tu as envie d’entreprendre une conversation sur l’immensité du cosmos et le meaning of life.

Ils font ce genre de message au cinéma, lors des spectacles d’humour, au Festival de Jazz, au théâtre. Pourquoi pas avant le show de PJ Harvey?

Mettons que tu fais de la méditation. Une petite session Headspace de 10 minutes sur ton iPhone/Samsung/machin. Tu te sentirais comment si tu ne te mettais pas en « mode lune/avion » et que tu étais distrait par tes nombreuses notifications pendant que tu essaies de te vider la tête? Pas très méditatif comme état. Alors en attendant la solution miracle, mets donc ton toi-même en « mode lune » pendant le show de Nick Cave et dis à ta blonde que c’est complètement débile dans les 25 secondes entre la fin de Stagger Lee et le début de Push The Sky Away.

Ah pis en passant, arrête de filmer le show avec ton cell. T’es pas Wes Anderson. Y’a du meilleur footage que le tien sur Youtube. On s’en torche pour vrai.

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