L’album « The Velvet Underground » fête ses 50 ans.

Comment le 3e album du groupe éponyme est devenu un document clé dans l'histoire de la musique

Il y a 50 ans, le monde de la musique était à la croisée des chemins. Le mouvement hippie arrivait à son apogée, les Beatles étaient sur le point d’imploser, le terme « rock progressif » se faisait de plus en plus entendre et des styles comme le heavy métal et le punk approchaient de leur heure de gloire.

Pendant ce temps, un groupe de New York au succès populaire marginal vivait lui aussi de grandes déchirures. L’album The Velvet Underground du groupe du même nom n’est entré sur aucun palmarès en 1969. Son importance est toutefois aujourd’hui impossible à ignorer. 3e opus de la formation éponyme, The Velvet Underground sert de point de rencontre et de rupture pour de nombreux chapitres importants de l’histoire de la musique. En marge de son 50e anniversaire, URBANIA Musique replace l’album culte au sein des nombreux contextes d’où il a émergé.

The Velvet Underground dans le contexte de The Velvet Underground

Lorsque l’on pense à The Velvet Underground, on revoit souvent cette fameuse banane en pochette d’album. Ce disque, c’était The Velvet Underground and Nico, leur premier paru en 1967. Produit par Andy Warhol, cette collaboration avec la chanteuse et mannequin Nico a longtemps été considérée un flop monumental. Avec ses sujets tabous et ses expérimentations sonores inusitées pour l’époque, l’album était simplement trop en avance sur son temps. White Light/White Heat, paru l’année suivante, redoublait de guitares saturées et d’explorations lourdes et bruyantes, tout en restant étranger au succès.

À cette époque, The Velvet Underground était essentiellement un monstre à deux têtes. Plus le temps avançait, plus John Cale souhaitait pousser le groupe vers l’expérimentation et le champ-gauche. Au même moment, Lou Reed souhaitait tirer le groupe vers un son plus conventionnel.

Andy et Lou en 1967. Source

Sur The Velvet Underground, les New-yorkais abandonnent John Cale et le côté abrasif du groupe. Dès la première pièce Candy Says, la table est mise pour un album plus posé, plus retenu. Il y a quand même quelques exceptions. The Murder Mystery est l’une des pièces les plus ésotériques de VU et What Goes On s’écoute bien le volume au maximum. Reste que l’influence et la vision de Lou Reed se font sentir plus que jamais.

The Velvet Underground dans le contexte de la musique alternative

On ne parlera pas de « musique alternative » avant les années 1980, mais The Velvet Underground demeure une influence commune de presque tous les groupes issus de ce mouvement. Ironiquement, cet album plus doux sort au même moment où un autre groupe-clé de cette période d’incubation fait paraître un premier album décapant.

Issus du Michigan, Iggy Pop et ses Stooges s’apprêtent à enregistrer à New York un album qui aidera à jeter les bases du punk. Ensemble, The Stooges et The Velvet Underground serviront de yin et de yang pour toute la scène underground qui s’apprête à émerger dans la mégapole. Les deux présentent l’importance d’une mélodie simple : c’est dans le volume que les projets diffèrent. Pop et Reed deviendront d’ailleurs des héros pour un artiste émergeant nommé David Bowie, qui collaborera avec les deux dans la prochaine décennie.

Iggy et ses Stooges. Source

The Velvet Underground dans le contexte de la vie de Lou Reed

Ce n’est qu’en 1972 que Lou Reed fera paraître Transformer, son premier succès commercial. Sur The Velvet Underground, il prend un grand pas en avant dans son rôle d’auteur-compositeur. Reed avait déjà écrit seul la majorité des chansons du groupe jusque-là, et il avait coécrit les autres avec le reste du groupe. Le 3e album lui permet toutefois d’explorer des avenues qui lui tiennent à cœur.

Les paroles sont plus personnelles, et Lou Reed développe sa tendance à parler des gens qui lui sont chers. Il écrira sur l’amour sous toutes sortes de formes, y compris celles qui étaient encore tabous en 1969. Le « Billy » de la pièce That’s the Story of My Life est généralement vu comme une référence à Billy Name, qui a photographié la pochette de l’album et qui affirme avoir eu une liaison amoureuse avec Reed. Pale Blue Eyes est inspirée de sa première copine sérieuse, Shelley Albin.

Enfin, Candy Darling, actrice et icône trans, sera le sujet de Candy Says. Amie de Lou Reed et muse d’Andy Warhol, elle aura également droit à un couplet dans Walk on the Wild Side. Nouveau membre du groupe, Doug Yule n’en avait pas la moindre idée, même si c’est lui qui chante les lignes « Candy says I’ve come to hate my body/And all it requires in this world » dans les premières secondes de l’album.

Candy Darling. Source.

Candy Says sera la dernière chanson que Lou Reed chantera en public de son vivant. Il rejoignait alors sur scène Anohni, chanteuse britannique elle-même trans, lors d’un spectacle à Paris en mars 2013. Il rejoindra le Wild Side pour de bon sept mois plus tard.

50 ans plus tard, l’album n’a pas pris une ride. En retirant toutes les couches de bruit et les séquences proto-noise qui faisaient la signature du groupe jusqu’à maintenant, Lou Reed et ses amis mettent toute l’attention sur des compositions fortes, des mélodies mémorables et une vulnérabilité rafraîchissante. Réécouter The Velvet Underground en 2019 c’est écouter une capsule temporelle importante, oui. Mais c’est aussi écouter un sacré bon album.

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