The Weeknd en comics. Bof.

Parce qu'on ne peut pas avoir tous les talents.

Mercredi, le public a enfin pu mettre la main sur le tout premier volume de The Weeknd Presents : Starboy, nouveau comics de Marvel concocté en collaboration avec le chanteur. En d’autres mots, The Weeknd est donc officiellement devenu un superhéros.

Volontaire et surtout vraiment intrigué, notre collaborateur Jean-Michel Berthiaume est allé chercher son exemplaire et l’a dévoré d’un seul trait. Pour le meilleur et pour le pire… ou plutôt juste pour le pire. Voici ses impressions de lecture.

Laissez-moi débuter en disant que la construction d’un imaginaire super héroïque autour de The Weeknd n’est pas une idée loufoque. Se mettre la pièce titre de l’album Starboy dans les oreilles, c’est aussi possiblement se visualiser sur le toit d’un édifice, dans une ville futuriste. L’ambiance nous permet de deviner la présence d’un jeune homme, éclairé simplement par les néons de la métropole qui regarde au sol avec prosternation. Dans cette ville, des voitures, particulièrement aérodynamiques, foulent la rue en laissant derrière eux une traînée de lumière. La ville est technologique, elle est circuits, elle est capteurs et elle est connections. Tout ceci grandement dû à la présence de Daft Punk qui assure le beat et l’habillage sonore. Bref, on « entend » la ville que l’on s’imagine quand on pense aux dystopies technologiques. On connaît le panorama proposé, on l’a vu dans Blade Runner, on l’a vu dans Minority Report mais on l’a jamais vu avec The Weeknd.

Et dans ce paysage, on revoit les ruines d’Akira, les poses de Batman, on ressent la responsabilité qui pèse lourd sur les épaules de Spider-Man.

Et là, The Weeknd crie : I’M A MOTHERFUCKING STARBOY!

Tout s’écroule.

On pourrait penser qu’il est facile de construire un imaginaire super héroïque autour de figures de la musique populaire. Après tout, KISS l’a fait, Rob Zombie l’a fait et Prince l’a fait mieux que tout le monde. On serait porté à croire que ces vedettes, déjà plus grandes que nature, n’ont besoin que d’un petit coup de pouce pour passer de star à gigantesques divinités pop. Mais au contraire : ne devient pas héros de comics qui veut. C’est ce qu’on constate avec Abel Tesfaye (mieux connu sous le pseudonyme de The Weeknd) et son The Weeknd presents : Starboy paru aux éditions Marvel.

Malheureusement pour ce dernier, le bât blesse sur plusieurs plans, rendant le comic illisible. J’oserais même dire que l’initiative fait piètre figure à côté de l’album (de chansons!) du même nom. Ça ne me fait pas plaisir d’avoir à dire ça. J’aurais vraiment aimé que ça fonctionne, ne serait-ce que parce que j’ai en tête une foule d’artistes que j’aimerais voir produire leur propre comics. Si Starboy échoue, je crains que ça ne refroidisse les autres, qu’ils y repenseront à deux fois avant de se lancer dans une telle entreprise. Quel gâchis.

Une des principales raisons de cet échec, c’est justement l’absence de lien entre le comics et l’album. Pire, il est pratiquement impossible de consolider l’imaginaire de l’album avec celui du livre et de son univers en général

Une des principales raisons de cet échec, c’est justement l’absence de lien entre le comics et l’album. Pire, il est pratiquement impossible de consolider l’imaginaire de l’album avec celui du livre et de son univers en général. Dans sa musique, The Weeknd nous parle des pièges et des conséquences de la célébrité. Il jongle habilement entre les idées reçues de la vie de vedette, celle des égos démesurés et des louanges mercantiles. Son album résonne comme le monologue intérieur d’un homme à qui on donne accès à un club où il ne s’imaginait jamais mettre les pieds.

Le comics, quant à lui, nous remâche un vieux scénario dystopique ennuyant. Un jeune homme du nom de Jeremiah Starr, voit l’invention de son père être volée par les sous-fifres d’un chef de gang. L’invention en question est une force policière robotisée qui assurera l’ordre dans la ville hypercorrompue d’Alphatron prise par une vague de crimes orchestrée par Jack “The Chef” Smiley. Évidemment, le père de Jeremiah se fera tuer par le gang et son laboratoire sera démoli. Pendant l’incident, Jeremiah est zappé par une machine à énergie perpétuelle ce qui le transformera pour toujours en, vous l’aurez deviné, STARBOY!

Malgré la présence du scénariste émérite Christos Gage, Abel Tesfaye et son ami d’enfance, La Mar Taylor, nous ennuient en tentant de réactualiser les thèmes que Robocop visitait déjà avec brio il y a 30 ans. Il nous fait même le coup des fausses publicités de produits futuristes insérés dans le livre, artifices qu’on a déjà vu un million de fois. Et si Paul Verhoeven ou Frank Miller m’ont appris quelque chose, c’est que dans un futur consumériste et corrompu, quand une instance politique tente de robotiser le corps policier, les choses vont évidemment mal tourner. Pourquoi y revenir ici? Surtout si l’on évite de commenter l’actualité déjà dystopique dans laquelle nous vivons et qui laisse difficilement entrevoir un avenir meilleur.

The Weeknd aurait mieux fait de s’inspirer de Darryl McDaniels, de RUN-DMC, qui a lui aussi transformé sa persona de scène pour devenir un vigilante entre les pages d’un comics, attaquant de front les problématiques contemporaines de violences, d’oppressions et d’injustices. De voir qu’Abel Tesfaye n’a pas pris exemple sur lui est décevant, d’autant plus que l’association avec Marvel promet un large rayonnement.

L’aspect visuel, de son côté, m’a tout l’air d’être issu d’une démarche précipitée. S’ils faisaient face à un manque cruel d’inspiration, les créateurs auraient au moins pu avoir le réflexe de prendre appui sur la pochette de l’album, à l’esthétique percutant. Faute de fond, la forme aurait eu l’avantage de taper dans l’œil.

The Weeknd presents Starboy nous offre des décors bâclés, limite pixélisés et sans profondeur qui donnent l’illusion d’un décor en carton. Le visuel du livre nous donne une impression de film sans budget. C’est terrible.

Enfin, il me semble que la construction des environnements de l’album nous incitait à se représenter un monde futuriste complexe, qu’on se serait attendu à retrouver dans toutes sa splendeur dans le comicbook. Mais non, The Weeknd presents Starboy nous offre des décors bâclés, limite pixélisés et sans profondeur qui donnent l’illusion d’un décor en carton. Le visuel du livre nous donne une impression de film sans budget. C’est terrible.

Terrible et d’un ennui épatant, surtout pour un premier numéro qu’on espère être le coup d’envoi d’une série. Partir en tirant de la patte de cette manière, c’est s’assurer que les gens cesseront de prêter attention avant la fin de l’histoire.

Dommage, parce que j’ai quand même hâte de voir Lana Del Ray en Stargirl.

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