Carl Salvail

Transformer un autobus en studio : Le Mixbus à Widewood

Suivez les aventures du Mixbus Studio sur la route des festivals.

Telle une intro digne d’une dissertation de secondaire 3, je dirais que sur la route des festivals au Québec on peut vraiment trouver de tout. Tellement, qu’aux abords de Shawinigan se trame un événement campagnard-musico-comique nommé le Festival de la solidarité musicale Widewood. Malgré sa 19e édition, je n’en avais jamais entendu parler avant. Le rassemblement d’à peine quelques centaines de personnes possède cependant tous les éléments pour attirer les foules.

J’avais bien hâte parce que c’était mon premier festival « hippie » de la saison et je mourrais d’envie de me promener nu-pieds avec des fleurs dans mes cheveux comme dans un clip de Lana Del Rey. 

En plus de mettre enfin mes jupes en terre cuite comme dirait les baby boomers, j’étais aussi particulièrement fébrile d’entendre la programmation musicale diversifiée. Dans une journée, on pouvait écouter autant la pop expérimentale de N Nao, du gypsy punk acoustique de Fidel Fiasco sur le top d’un char ou le rap funk de Suprême sans plomb. J’ai même vu pour la première fois une performance de synthétiseurs modulaires avec son ambiophonique (ça mérite le Google).

Les synthétiseurs modulaires de La Gabatine m’ont fait exploser le cerveau.

Dès notre arrivée, de bons vivants en toge nous ont invités à nous faire baptiser pour recevoir notre appellation de festivaliers. C’est dans la « bible » soit un gros Larousse 2012, que l’on pige le prénom qui nous accompagnera au cou toute la durée du Widewood. J’ai reçu « Élégante » et mon chum Jacob « Capitalisme ». Il ne le fera pas laminer, mettons. Par contre, l’objectif d’aider les gens à avoir un premier sujet de conversation a fonctionné à merveille. Avouez aussi que c’est vraiment plus drôle d’appeler notre nouvelle amie de 45 ans Diane, « Garage », tout un weekend.

Il ne manque pas de relève au Widewood

Il faut savoir que le Widewood se passe en plein milieu du bois dans une ambiance qui pourrait s’apparenter à une foire agricole de village. Comme dans toute petite ville, on termine par reconnaître la majorité des visages que l’on croise. Les festivaliers sont incités à rester sur place par le camping gratuit, ce qui aide grandement à bâtir l’esprit de communauté.

À ce sujet, le mot solidarité dans le titre de l’événement n’est pas galvaudé. Lorsqu’on s’intéresse à l’essence du festival, on se rend bien compte que les coups de main sont venus de toute part. Par exemple, les deux scènes ont été conçues par des bénévoles bricoleurs. L’une est faite d’une ancienne roulotte alors que la deuxième tout en bois, a été montée par la gang des « vieux croûtons » comme ils s’appellent: des Mauriciens à la retraite qui prennent plaisir à faire vivre leurs constructions éphémères.

La scène « Roger » transpire le mononcle patenteux

Ces installations maison comme les douches en écorces ou un stand de hot dog rétractable rendent le site vraiment sympathique. Les artistes semblent tout de suite apprécier cette ambiance à la bonne franquette comme nous l’a mentionné Philippe Brach en passant dans le Mixbus.

La loge ne peut pas plus suer la bonne franquette

Il a par ailleurs livré un méchant bon show, en chantant entre autres par terre en symbiose avec la Reine de la tresse déchaînée. Et oui, la monarchie a sa place au Widewood puisqu’on nomme sa royauté par des concours de pilosité comme celui de la moustache. Les participants se créent des personnages plus grands que nature et font même de la propagande pour que leur pinch rapporte tous les honneurs. Mais « Oh, scandale »! Selon les réguliers du Widewood, il paraît que tout est arrangé avec le gars des vues. Le président du festival dont la tête se trouve sur les éco-cup jusqu’à la merch du « Magasin scandale général », va démentir les rumeurs en te faisant un de ses clins d’œil éhontés.

Rien de mieux que célébrer Sa Majesté pour se sentir tous égaux en tant que plèbe

Vous comprendrez que personne ne se prend au sérieux et c’est simplement hilarant. On paye sa bière avec des billets à l’effigie du roi de l’année dernière, l’animation est assurée par Marcias Portelance un persona d’agriculteur branché sur le 220 et on termine le festival par un tournoi international de fer à cheval. C’est l’esprit des matantes et mononcles cool à son apogée.

Par la qualité des shows, j’ai eu l’impression que l’atmosphère bon enfant du festival a créé des moments musicaux uniques. Le chanteur du groupe Yokofeu donnait un spectacle à la Jim Morisson, Les petites Germaines et leurs cousins ont distribué des modélisations de clitoris 3D dans la foule et la formation Francbâtards brûlait les planches pendant que des danseurs avec du feu exécutaient des manœuvres dangereusement le fun. Nous les avons reçus dans le Mixbus avec le même esprit de fête. Je vous confirme que 7 musiciens dans un bus ça te lève le party assez vite.

Toutes les soirées se terminaient par des ambiances complètement différentes. Chansons à répondre traditionnelles autour du feu, jam ou spinage de vinyles : choisis ton camp. Pour la pro du FOMO comme moi, ce n’était pas simple d’aller se coucher.

Telle une finale digne d’une dissertation de secondaire 3, je dirais que sur la route des festivals au Québec on trouve vraiment de tout. Néanmoins, les événements à échelle humaine comme le Widewood ne courent pas les rues.

Widewood 2019 est mort, longue vie au Widewood 2020!

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