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Transformer un autobus en studio : Le Mixbus au Festival de musique émergente

Suivez les aventures du Mixbus Studio sur la route des festivals.

J’avais souvent entendu parler en bien du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue sans jamais avoir eu la chance d’y participer. Selon les ouï-dire de mes amis, l’événement semblait presque mythique. On me disait que l’organisation avait inventé les pop-up shows au Québec, qu’on pouvait croiser les têtes d’affiches du festival tout bonnement au bar et que je ne pourrais pas suivre le rythme de party des Abitibiens. Il ne nous en fallait pas plus à mon chum et moi pour mettre le cap vers le pays de Richard Desjardins, du cuivre et depuis 17 ans du fameux FME.

Le seul bémol que je voyais était les kilomètres qui me séparaient de Rouyn-Noranda. En autobus scolaire, tous les trajets sont automatiquement longs et pénibles. Nous devons rouler hyper lentement et le studio logé au fond du bus réduit quand même notre tranquillité d’esprit. Par chance, la programmation musicale nous a donné l’argument le plus convaincant pour s’armer de patience. Les artistes internationaux venus du bout du monde comme la rappeuse suisse KT Gorique ou le band chilien Julia Smith te font relativiser assez vite ton chialage routier. Afin de rendre les 8 heures indiquées par Google Maps vraiment plus amusantes, nous avons suivi Laurence-Anne et sa bande lors de leur pèlerinage musical. On a dévalisé les dépanneurs de leur scrap et une cour à scrap de ses trésors. À voir le nombre de camionnettes blanches sur le chemin, nous nous sentions sur les pas de plusieurs musiciens et c’était juste un feeling fun.

Sur place, je réalise que la distance qui sépare Rouyn-Noranda des grands centres est finalement un avantage non négligeable. Même si la ville minière est toute sauf un littoral digne des îles Fidji, l’Ibiza de l’Abitibi donne l’impression que tout le monde est là seulement pour le festival.

Par conséquent, même sous la pluie diluvienne à notre arrivée, les rues sont agitées. On nous accueille à la Maison en sol mineur (bravo pour le jeu de mots) et dans la pièce plusieurs parlent anglais.

  • « Where are you from? »
  • « England, I am here for je n’ai pas compris le nom media. »
  • « Whuuuut? »

Mon nouveau friend fait partie de la cinquantaine de journalistes internationaux dépêchés pour l’occasion. Double « whuuuut » quand il prononce ablitliblit à multiples reprises pour expliquer que c’est sa première visite en terre canadienne.

J’apprends que le FME c’est surtout le rendez-vous des professionnels de l’industrie musicale d’ici comme d’ailleurs. Pour les artistes quebs, l’occasion est donc rêvée pour réseauter et surtout se faire repérer à la Eyes Wide Shut. Lors de toutes les activités pros du weekend où je me suis glissée comme un Tom Cruise en quête d’aventures, j’avais l’impression de participer à un club sélect. Pas besoin de faire partie de l’industrie pour faire partie de la secte. Il y a des shows secrets un peu partout et n’importe quand. Je ne l’ai pas vu, mais j’ai entendu parler aussi du fameux camp des artistes où dorment la plupart des musiciens. Selon les rumeurs, tu y vis ton rock que tu sois chanteuse folk ou électro. Manque que Beyoncé et Kanye pour que je feel un début de vibe illuminati.

Ce mélange de pros, de musiciens et de festivaliers définitivement mélomanes, ça donne direct une ambiance intéressante. Ce n’est pas pour rien que la plupart des gens que nous croisions en étaient à leur 5e, 9e, voir 13e FME. De mon côté en étant à ma première expérience, j’étais mal préparé. Il m’aurait fallu suivre un programme de mise en forme parce que tu danses, tu marches beaucoup d’un concert à l’autre et il y a 15 h de shows par jour. Le festival demande également une agilité organisationnelle que je n’ai définitivement pas. La ville est tellement exploitée que 112 prestations se sont données sur 4 jours dans 37 lieux différents.

Je pensais passer une grosse partie de mon weekend aux scènes extérieures à saveur hip-hop avec Naya Ali, Fouki, Koriass et Loud. Finalement, ce sont les plus petits concerts qui m’ont absorbée. J’ai cumulé les découvertes comme le band garage de Japonaises 5 6 7 8’s, le caractère unique de Fet.Nat ou la formation de all stars Bon enfant. Avec le Mixbus, nous enregistrions quelques groupes à l’espace éphémère de La Guinguette sur le bord du lac Ossiko et nous avons eu la chance de recevoir le duo badass Heartstreets et la douceur mielleuse de la harpiste Emilie Kahn.

Heartstreets au FME. Crédit photo : Louis Jalbert

La profusion d’artistes sur place a fait qu’entre les shows j’ai jasé avec Philippe Brach des derniers spectacles de sa tournée, puis avec Bernard Adamus de son premier voyage en sa Pologne natale. L’abondance musicale s’est accompagnée d’une abondance de gin-tonics. J’ai joué au frisbee avec Simon Kearney, je me suis dévissé la tête à Zouz et j’ai dansé un peu trop près des amplis… Résultat, le lendemain j’étais caillée comme du lait surît. Jacob et moi avons parlé à la mauvaise (ou bonne personne c’est selon) qui nous a ajouté 20 consommations à nos billets sans aucune raison. Mon passé de canadienne-française-née-pour-un-petit-Gadoua me fait souvent virer folle devant la gratuité. Mes amis avaient raison et j’ai échoué lamentablement à faire le party comme une Abitibienne.

On dirait cependant que le FME a pensé à tout et sur la rue principale, j’ai pu me réfugier dans un hamac parmi d’autres épaves. Autour de moi, des jeunes s’amusaient sur les modules d’un parc de skate éphémère et s’essayaient aux ballons poires de la structure d’entrée de la 7e rue. Le module arborait des léopards et des boxeuses peintes à la main. C’était vraiment sympathique, comme les centaines de fleurs jaunes pendues au ciel. À observer tout ça, je n’ai finalement pas siesté pantoute et il fallait déjà que je reparte assister à un concert.

Crédit photo : Louis Jalbert

J’ai eu l’impression tout le weekend que je pouvais choisir n’importe quelle scène et j’allais y trouver mon compte. Je n’ai jamais vu une organisation de festival aussi relax, ça paraissait qu’avec le temps tout est bien rodé. On pouvait leur faire confiance de la programmation à la gestion générale de l’événement. Pour plusieurs, le FME doit mettre fin à la saison estivale. C’est une méchante belle cerise sur un sundae.

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