Transformer un autobus en studio : Le Mixbus au Festival en chanson de Petite-Vallée

Suivez les aventures du Mixbus Studio sur la route des festivals.

Depuis le passage du Mixbus Studio au Festival BleuBleu à Carleton-sur-Mer, c’est officiellement l’été. Les nuits sont courtes, mais la faute ne revient pas qu’au solstice. Nous blâmons le Festival en chanson de Petite-Vallée, notre arrêt de la semaine.

Jacob me parlait de cet événement comme étant un incontournable sur notre route musicale. Sa première expérience l’année dernière lui avait laissé l’impression de faire partie de cette famille gaspésienne. D’ailleurs, à l’origine, l’organisation portait le nom de Festival de la parenté. Je n’étais pas particulièrement convaincue. Dans mon esprit, un rassemblement familial peut être passablement plate: c’est bien rare que Pâques soit le party du siècle. Je souhaitais simplement assister à de bons shows et pas nécessairement acquérir une nouvelle généalogie.

Cependant, cette fameuse «famille» a de quoi t’attraper comme une cage à homard. Tout d’abord, il y a le père du festival Alan Côté, une encyclopédie de la chanson francophone. Il sacre autant qu’il en connaît sur la musique, ça vous donne une idée du personnage. Sa mère, la vraie grand-mère de l’événement, est une gentille petite dame de 81 ans encore assez en forme pour hocher la tête sur du Jérôme 50. Je vous avoue que je ne l’ai pas vu à Fouki, mais c’est peut-être aussi parce qu’elle était trop occupée à accueillir d’autres artistes dans sa propre maison située sur le site du festival. Pour l’anecdote, Michel Rivard lui a laissé jadis un de ses Félix afin de la remercier de son hospitalité. C’est un cadeau de couchsurfeur assez dope.

En famille on vire quétaine sur les photos.

Chaque année, il y a un nouveau parrain ou nouvelle marraine sous le titre de passeur. L’édition 2019 mettait de l’avant Patrice Michaud, le rockeur au coeur tendre comme du boeuf Kobé. Aimant à émotions, ses interventions me versaient des larmes magnétiques. Lors d’un spectacle hommage où une armée d’enfants chantait ses chansons, il a réussi à être aussi cute qu’eux. Il a enveloppé les festivaliers de ses bras comme de sa musique. Selon les rumeurs, il aurait embrassé sur les joues toutes les madames qui le lui demandaient. Ça ne peut pas faire plus épluchette de blé d’Inde.

Une festivalière qui l’a ne trouve pas facile au matin

Les «chansonneurs» prennent les rôles de frères et soeurs, les enfants prodiges dont on est secrètement un peu jaloux. Il y a un brin de rivalité entre eux, car les huit musiciens espèrent terminer le festival en décrochant des bourses. À les regarder composer ensemble toutefois, on voit bien qu’ils s’aideraient à déménager n’importe quand.

Même les gens présents par obligation s’organisent pour avoir du gros fun. Je ne nommerai pas de noms, mais la trâlée de journalistes ne lésine pas sur les verres de vin post-spectacles (exactement comme les petits cousins que l’on ne connait pas vraiment, mais qui tombent dans le buffet de sandwichs pas de croûtes en premier chez mamie).

Ensuite, rentrent en jeu les artistes en prestation que je peux comparer à nos matantes et mononcles cool. Entre les concerts, pas question de s’enfermer dans les loges et les musiciens se mêlent au clan.

Tant qu’à se sentir comme à la maison, le Mixbus en a profité pour ouvrir ses portes aux membres de la parenté. Un soir, Alex Burger a cuisiné chez nous un gargantuesque repas de maquereaux qu’il a pêché le jour même. Le lendemain, Laurence Castera nous offrait une session intime alors qu’il était en vacances comme festivalier.

Simon Kearney, incarnant ma définition de mononcle cool.

Dans les moments les plus survoltés, Simon Kearney s’est éclaté en pyjama sur sa chanson Bête sauvage lors d’une live session-déjeuner-brunch-chaotique. Une nuit, une trentaine de fêtards se sont entassés dans le bus pour attraper la performance surprise d’un Émile Bilodeau complètement déchaîné. Au même titre que les autres spectateurs, Les Louanges tentaient de le voir frapper sur notre bouilloire au rythme de Candy.

Émile Bilodeau pas tuable au petit matin.

Pour confirmer ma thèse du party de famille, j’ai aussi chanté L’arbre est dans ses feuilles avec Zachary Richard entourée de têtes blanches et tenté de persuader la madame de la cafétéria du fondement de mon végétarisme. Deux moments inévitables au réveillon de Noël.

Et où se situent les festivaliers dans tout ça? Ils sont les enfants adoptifs. Les mélomanes de tous horizons qui se présentent au village de 137 habitants y sont accueillis à coeur ouvert. Pour preuve, les âmes se rassemblent autour de feux de grève improvisés afin de chanter à tue-tête nos classiques québécois revisités. Les jams s’interrompent ponctuellement quand un festivalier pointe au loin le passage d’un phoque ou d’un rorqual. Les levers de soleil font l’effet d’une douche froide, comme le fleuve qui caresse les jambes des plus courageux au matin. Déjà, la fin d’une autre nuit d’été.

À voir le festival grossir d’année en année, quelque chose me dit que le gène unifiant de la famille Petite-Vallée est héréditaire.  Tant mieux, puisque l’on souhaite tous que la chanson d’ici continue à faire des petits.

Prochain arrêt de bus, on joue aux wedding trashers à la Noce (de cuir) de Chicoutimi!

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