Isabelle Langlois

Transformer un autobus en studio : Le Mixbus au Grand rassemblement des Premières Nations

Suivez les aventures du Mixbus Studio sur la route des festivals.

Vivre à deux dans un autobus scolaire faisant office de studio d’enregistrement et de maison, ça peut feeler comme un Hunger Game pour le couple. Faut comprendre que chez nous, le moteur prend plus de place que tous les autres meubles, l’équipement sonore prime sur notre nombre de bobettes et il nous reste un maigre espace de vie où mon amoureux Jacob et moi pouvons prétendre que tout va bien.

Depuis le début de l’été, nous faisons tout, tout, tout ensemble. Ça comprend même partager notre intimité en se lavant à la débarbouillette ou en élaborant des stratégies de soulagement matinal. Je vous épargne les détails. Tous les ingrédients étaient là pour développer une claustrophobie émotionnelle, même si on s’aime de tout cœur. Il fallait bien que ça arrive, nous avons eu notre premier break down de skoolie cette semaine (musique dramatique).

Ironiquement, cette petite mise au point de couple se pointait à l’arrêt de notre été qui se voulait le plus réconciliateur : le Grand rassemblement des Premières Nations (GRPN) au Lac Pekuakami (Lac-Saint-Jean en Québécois). Ironiquement, nous nous sentions étouffés Jacob et moi dans notre bus nomade, alors que la communauté de Mashteuiatsh s’est fait imposer un sédentarisme hors traditions par les limites du village. Définitivement, le pow-wow allait nous faire réfléchir.

Bref, c’est avec une drôle de morosité que nous nous sommes pointer aux spectacles d’ouverture du GRPN le vendredi soir. En introduisant le premier artiste Régis Niquay, l’animatrice évoquait avec plus d’entrain le spectacle de Kashtin le lendemain. Là, on a compris que c’était LE band à ne pas manquer. La foule a répondu par de grands cris de joie et la présentatrice ne se pouvait plus. J’ai appris par les branches que le duo formé de Florent Vollant et de Claude McKenzie est quasi mythique. Ces stars innues se produisent que très rarement depuis les années 90 et leur dernier spectacle au Saguenay remontait à une vingtaine d’années. Mon humeur a changé et je suis devenue aussi excitée que de la ouananiche qui fraye.

Mais avant de découvrir les succès de Kashtin, j’ai vécu vivre mon premier pow-wow. Ces grandes fêtes sacrées sont des moments privilégiés pour se rassembler, prier et célébrer la culture autochtone. J’ai appris qu’ils ont été interdits pendant presque 100 ans. Imaginez la lourde tâche de garder vivants des chants traditionnels dans ces conditions. Perso, ça me prend qu’un seul Noël sans jouer à la mini-fureur de Véro Cloutier pour complètement oublier les paroles de Tassez vous de d’là.

Avec les frictions des derniers jours, j’étais dans l’état parfait pour accueillir la force méditative du pow-wow. Il me manquait justement ce genre de moments introspectifs afin de prendre le temps de remercier rien de moins que la vie. Les messages des aînés allaient dans ce sens, alors qu’ils invitaient les danseurs à se laisser emporter par les rythmes du tambour. J’ai été fascinée par la force de cette musique crue et puissante. Ça te brasse pas mal plus le bas-ventre que La tribu de Dana au karaoké.

Les hommes encerclant le tambour frappaient vigoureusement la peau tendue en chantant. Le son de ces claquements voyageait sur l’eau du lac comme un galet lancé à la mer. Ils se relayaient tout l’après-midi pendant près de 5 heures. Dire que j’ai mal aux poignets après 30 minutes de chat Messenger.

Adorant faire du name dropping de vedettes comme une influenceuse à Osheaga, j’ai spotté Manon Massé qui commençait sa tournée des communautés autochtones du Québec. Elle a participé à quelques danses traditionnelles où tous les visiteurs et allochtones étaient invités à se joindre dans l’arène. J’ai attendu la dernière occasion pour me glisser à mon tour. Mon seul regret est de ne pas avoir dandiné mes mollets plus tôt, c’était vraiment plaisant.

La fin du pow-wow marquait toutefois un autre événement aussi exaltant : KASHTIN. Dans l’air, on sentait la frénésie de la foule. Pour rendre le tout encore plus épique, la formation a entamé ses premières notes à la fin d’un feu d’artifice infini sur le lac. Les spectateurs parsemés sur les rives se sont précipités tous en même temps vers la scène principale. Près de 3 000 personnes fredonnaient en cœur avec le band innu. Entre deux chansons, les musiciens ont interpellé les différentes nations présentes. Les applaudissements dévoilaient à quel point de nombreuses communautés s’étaient déplacées pour l’occasion. Clairement, personne dans la place n’avait le FOMO de Blink-182 au FEQ.

Pour être honnête, mon espoir de renouer avec le country-folk s’est soldé par un échec. Néanmoins, ça nous a pris cet événement rassembleur entre Jacob et moi pour briser notre isolement de couple. Le bus reste aussi petit, mais notre weekend à ouvrir nos horizons nous a définitivement permis de mieux respirer.

Pour conclure le tout en beauté, nous avons été invités à un chilling de garage comme je les adore. Assis en cercle dans le fond de la cour, les canettes se distribuaient entre amis comme les taquineries. Nous avons sorti les percussions et la guitare pour accompagner un des cousins en chantant Atikamekw Innu de Scott Pien-Picard. La nuit s’est poursuivie sous fond sonore tantôt en innu, tantôt en français.

Cette dernière journée dans la communauté de Mashteuiatsh m’a fait réaliser à quel point il est précieux de pouvoir chanter dans sa langue, d’y retrouver les mots qui nous font vibrer et surtout de s’y reconnaître. La musique est entre autres un puissant canal de fierté.

C’est avec cette pensée que nous nous dirigeons vers Baie-Saint-Paul pour les dix ans du Festif!. Déjà qu’on n’a pas besoin d’occasion pour célébrer, soyez assurés qu’on profitera de l’événement pour fêter en masse la musique d’ici et sa richesse, héhé.

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