Un palmarès des meilleurs palmarès de fin d’année

On est en décembre et bien que ça soit une évidence que le dernier mois de l’année est aussi le mois des rétrospectives et des palmarès, c’est quand même pas mal moins évident de se retrouver dans la lourde guirlande des innombrables top 100, top 10 et top 5 qui se mettent à neiger sur les réseaux sociaux. J’ai décidé de me lancer dans les palmarès de l’année avec plus d’avidité que si c’était le buffet de Noël de ma tante Linda. Si vous voulez TOUT savoir sur le meilleur du meilleur de l’année, ne cherchez pas plus loin!

MENTIONS DÉSHONORABLES

On va tout de suite commencer en dénonçant certaines lacunes de grands médias à vocation culturelle. Les tops de fin d’année, c’est un peu comme Ciné-cadeau. Ça dure peut-être trop longtemps, c’est un peu prévisible, mais c’est à prendre au sérieux coûte que coûte. Quelques tendances sont à faire éjecter le père Noël en bas de son traineau.

1. Un palmarès? Quel palmarès?

Quel feeling weird quand tu visites le site internet d’un des médias les plus puissants au pays en quête de quelque top qui pourrait satisfaire ta soif d’excellence et que finalement, tout ce que tu trouves, c’est un top de mi-année défraîchi ou pire, un top de 20-fudging-15 (croyez-moi, ça ne vieilli pas aussi bien que le vin). Même les Inrockuptibles commettent l’impardonnable en France (Je vous met au défi de trouver un palmarès qui se tient sur leur site internet). Le fan de décompte en moi se questionne : est-ce que leur omission de top annuel est un statement politique (si oui, come and get me) ou est-ce que c’est juste moi qui ne sais plus comment fureter sur leur site web?

2. Palmarès et clickbait : un cocktail dangereux

J’avais de très gros espoirs envers le site web metacritic. Imaginez comment ça doit être méta quand ton palmarès de palmarès est dominé par …un palmarès de palmarès! C’est cependant un énorme rendez-vous manqué avec l’omniscient baromètre culturel. La raison? Tout est une question de navigation. Je suis d’avis qu’un top doit pouvoir se dévorer aussi rapidement qu’on se tappe une bûche de noël en entier au buffet du réveillon (vous avez jamais fait ça, vous?). Scroller jusqu’au 10 meilleurs sans scrupule, ça peut sembler vulgaire, mais tout est une question de feeling. En imposant des clics incessants sur sa page des meilleurs albums, Metacritic booste ses statistiques de façon malhonnête tout en enlevant de la liberté à ses lecteurs.

3. Un top qui n’en est pas un.

En gambadant parmi les albums du palmarès de Esquire, j’étais plein de questions. Premièrement comment un site bien en vue a-t-il pu ordonner son décompte en commençant par le numéro 1. Anti-climax au possible, n’est-ce pas? En remontant au début de l’article je me rends compte que le palmarès est ordonné par …date de sortie? Loin de moi l’idée de bouder les médias qui osent détourner les conventions et ériger des tops qui ne sont pas dans un ordre linéaire à la 5, 4, 3, 2, 1. Je peux comprendre qu’il soit réducteur d’établir qu’un seul album ait réussi à se hisser au sommet d’une liste qui est, avouons-le, toujours un peu arbitraire. Mais pourquoi diantre affubler ses choix d’une numérotation alors? Est-ce que c’est vraiment important de savoir que Nils Frahm est le premier, chronologiquement parlant, à avoir sorti un album mémorable cette année? Même un.e historien.ne ne me fera pas changer d’idée.

Trêve de chialage, voici, descendu des sommets olympiens, un palmarès unique pour les gouverner tous.

Le palmarès des palmarès

5. Le Canal Auditif 

Le Canal, c’est un peu comme un volcan tranquille qui cache une mine d’or de couvertures médiatique culturelle. Souvent les premiers à sortir un compte-rendu, quelques heures seulement après un show d’un artiste dans la marge, les rédacteurs de LCA propulsent la musique locale avec un amour palpable et désintéressé. Leur palmarès est une belle surprise : les artistes d’ici côtoient les grands noms d’ailleurs dans une liste pleine de rebondissements et qui donne une folle envie d’aller découvrir nos talents. J’en applaudit l’effort, même si leur top 5 cette année passe malheureusement à côté du rap et omet les artistes femmes.

4. Resident Advisor

Les fans de musique électronique vont être servis. Resident Advisor est une méga référence en la matière, et se dévoue à couvrir la musique électro de PARTOUT autour du monde. Leur top en est un non-linéaire cette année, parsemé de dossiers en profondeur ici et là sur des artistes figurant à sa liste. Autre fait à noter, le site tenait un reader’s poll ces dernières années et a récemment décidé de mettre fin à la pratique. La raison? Le suffrage allait à l’encontre de la vision première du média, c’est à dire : faire la lumière sur les scènes underground, les artistes émergeants, les origines queer et culturellement diverses du phénomène électro, moult engagements qui disparaissaient dans l’ombre d’un palmarès des lecteurs. C’est ce qui s’appelle mettre un pied à terre, éditorialement parlant.

3. A Certain Listen, le palmarès du bonheur

Pour BEAUCOUP de monde, 2018 n’a pas été l’année la plus jojo. Politiquement tendue, écologiquement saccagée, polarisée au possible et encore pognée dans le gosier, il nous faut définitivement quelque chose pour nous aider à passer à autre chose, et quelque chose de FORT. Un palmarès de la musique la plus joyeuse de l’année, ça vous tente? C’est l’idée géniale qu’a eu A Certain Listen, une réponse à nos prières et un avertissement d’avalanches de joie quand vous allez découvrir les pétillants morceaux qui s’y trouvent.

2. Bandcamp

Parle moi de t’ça toi un palmarès qui s’attarde bien comme il faut à chacun de ses artistes et qui, en plus, te permet en un clic d’écouter et d’acheter la musique de chacun des nommés. Je ne cacherai pas mon amour inconditionnel pour cette plateforme de diffusion qui donne des outils, des revenus et de la visibilité à des milliers d’artistes en tout genre depuis sa création en 2008. Le top 100 est imposant, vous ne connaissez sûrement qu’une poignée des musiciens qui y figurent, mais je vous conseille de détourner la bonne heure et demi que vous gaspillerez à regarder Astérix et Cléopâtre pour la douzième fois et y jeter un coup d’oreille.

1. Les femmes! (ben oui c’était un palmarès avec une surprise à la fin)

6 des 10 premières places selon le Rolling Stone Magazine.

7 des 10 premières places selon Pitchfork.

7 des 10 premières selon Exclaim. (et 6 des 10 premières places de leur top Hip-Hop, à mon avis du jamais vu)

6 pour Noisey (dont les 5 premières positions) 

L’ENTIÈRETÉ du top 10 de NPR

On assiste à un véritable changement de paradigme, un bouleversement profond des conventions de l’industrie musicale. Plus que jamais, les médias culturels sont conscient de l’immense responsabilité qui leur incombe. En incarnant une figure d’autorité pour des milliers des lecteurs, ces institutions ont un impact énorme sur la grande Histoire de la musique. Les femmes ont toujours eu une place primordiale au sein du 4ème art et les palmarès de cette année annoncent peut-être la fin d’une occultation qui a durée beaucoup trop longtemps.

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