Stéphanie Bérubé

Petite histoire de la scène musicale de Rouyn-Noranda

Il y a longtemps que la culture bouillonne dans la ville abitibienne.

URBANIA Musique et Volkswagen s’associent pour vous faire découvrir la santé de la culture en région.

Ça peut sembler étonnant pour certains, mais Rouyn-Noranda est un lieu incontournable au Québec pour les amateurs de musique. Peu de gens réalisent à quel point la programmation rouynorandienne est riche à longueur d’année (c’est-à-dire même en dehors du FME!), et réunit depuis toujours de grands passionnés, des bands émergents et même des pointures internationales. On en a jasé avec Sébastien Tessier, musicien punk, membre fondateur des Sprates et du label Méga-Fiable, producteur, historien et archiviste passionné d’Abitibi.

Pour lui, Rouyn-Noranda était déjà multiculturelle et musicienne à sa naissance. Le boom minier des années 1920 avait réuni des Russes, des Finlandais, des Italiens et bien d’autres dans ce petit canton isolé. Chacun avait droit à sa salle communautaire avec ses shows et ses célébrations typiques, où des gens de tous horizons se côtoyaient. «Dans une ville de 2000-3000 habitants, les barrières culturelles sont faciles à franchir!» En résultent une communauté ouverte et une chiée de lieux de diffusions.

Rouyn-Noranda Hardcore

La proximité de l’Ontario et les liens commerciaux entre les villes minières avaient aussi leur importance. Ils faisaient en sorte que plusieurs hôtels proposaient des shows six soirs par semaine. Rouyn-Noranda était «sur le circuit». Dans les années 1920-1930, de grands artistes de jazz new-yorkais de passage en Ontario faisaient un crochet par l’Abitibi. «Et puis, les mineurs avaient quand même de bons salaires, alors les gens sortaient. Le nightlife à Rouyn était en pleine ébullition dès ses débuts. Beaucoup de nos parents ont évolué dans le milieu de la musique.» C’est dans ce contexte que des artistes comme Richard Desjardins ont émergé. Et effectivement, la mère de celui-ci était une pianiste accomplie.

«Notre génération, on est arrivés à un moment où tout le monde voulait sacrer son camp parce qu’on trouvait qu’il n’y avait plus rien à faire.» Sauf que finalement, Sébastien et ses acolytes décident de s’en organiser, des choses à faire. Dans les années 1990, le ska punk est sur le devant de la scène. «On a commencé à organiser des shows punks parce que c’est ça qu’on voulait voir. Dès le début, avec des groupes locaux, on réunissait déjà 700-800 personnes dans des sous-sols d’église et dans des salles communautaires. Le monde trippait. On s’est fait des contacts.»

En 1999, Sebastien Perron sort la compilation Rouyn Noranda Hardcore. «Quand c’est sorti, tout le monde en parlait. Il y avait la chanson des Fausse Sceptik qui disait “Rouyn-Noranda hardcore!” C’était comme une espèce de cri de ralliement mythique en Abitibi Témiscamingue. On était hardcore autant dans le style musical que dans le style de vie.»

Une ville avec du beat

Il y a eu aussi l’ascension incroyable de la scène métal. «À un moment donné, c’était fou! Il y avait des bands qui venaient de Suède, de partout dans le monde. Rouyn, c’était un incontournable de leur tournée, ça roulait beaucoup. Et si on se fie au FME, c’est encore très fort.» C’est l’enthousiasme et la fierté du public local qui attirerait autant les bands. Les productions Ça bûche sont d’ailleurs carrément devenues expertes en concerts de métal en plein air.

Pour Sébastien, ce qui fait la différence en Abitibi, c’est que les gens ne se mettent pas de limites. «C’est dans la mentalité de se dire “on peut le faire”. Dernièrement, le rêve, ce n’est plus de partir, mais de revenir s’installer ici.» Avec les moyens de communication d’aujourd’hui, ils peuvent le faire. Plus besoin de déménager à Montréal, Rouyn est tranquillement devenue un pôle musical de calibre international.

« Dernièrement, le rêve, ce n’est plus de partir, mais de revenir s’installer ici. »

L’étiquette 7e Ciel, créée par Steve Jolin, est un pilier du rap québécois. Le Festival de musique émergente a réuni cette année plus de 65 artistes et a vendu 35 000 billets à des festivaliers venus à la recherche de quelque chose de vraiment audacieux. «Au FME, chaque recoin devient un lieu de diffusion. Ça peut être un dépanneur, un restaurant, un bar, la salle de bingo, tout devient un lieu potentiel pour faire un show. Le festival, c’est pas comme à Heavy Montreal ou Osheaga, où tu rentres sur un site séparé. Là, c’est la ville au complet qui est le site du festival. Et tous les environs. C’est pas juste un festival de musique, c’est une expérience. T’es logé dans un camp, avec tous les artistes ensemble, ça devient un gros party, les gens tripent. Je pense que c’est ça qui fait que le festival se démarque. Les bands aiment ça et ils reviennent. Les touristes ont envie de revenir visiter la région. Et les locaux reviennent y vivre.»

Yonatan Gat au FME – 2018

En dehors du festival, le ratio de salles de diffusion par habitant est impressionnant. Le Petit Théâtre du Vieux Noranda a été rénové, une ancienne église s’est transformée en l’Agora des Arts, le Théâtre du Cuivre est reconnu à travers le Québec, un ancien magasin de musique, Evolu-son a transformé son arrière-boutique en salle de spectacle. Et puis il y a le mythique Cabaret de la dernière chance, qui facilite l’avènement de la relève musicale en ne chargeant aucuns frais de locations.

«C’est sûr que c’est différent de quand on a commencé. À l’époque, un show était un événement. Que tu tripes sur le métal ou le rap, tu t’en foutais, t’allais juste faire le party. Tout le monde était là, tout le monde se connaissait. Aujourd’hui, les genres sont plus fractionnés, mais le public est toujours là.»

En plein tsunami rap queb, Rouyn continue d’être un village de 40 000 habitants avec le beat d’une mégalopole. «Une chose ici, et je pense qui est rare, c’est que le monde croit en leurs projets. C’est peut-être pas si extraordinaire que ça Rouyn, mais dans notre tête ça l’est.»

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Pour aller explorer la scène musicale de Rouyn-Noranda, allez-y en Jetta (et revenez avec des tatous)!

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