UNISON : le fonds méconnu qui aide les artistes musicaux dans le besoin

L'organisme canadien offre entre autres de l'aide financière et de la thérapie

Être artiste c’est vraiment incroyable, mais pas tout le temps. Chaque musicien peut se retrouver, à un moment où un autre de sa carrière, à un cheveu de perdre la carte. À deux doigts de la dépression, de l’anxiété, de problèmes de consommation ou, tout simplement, d’un bête accident qui empêche de travailler pendant quelques temps. La plupart des membres de la communauté musicale n’a pas accès à une assurance et ne peut pas recevoir d’indemnités pour quelque chose d’aussi banal qu’une fracture de la main. Et c’est là que le fonds Unison rentre en scène.

Un filet de sécurité

« Unison répond directement à certains des besoins les plus criants de notre milieu », m’explique par message Frannie Holder, des groupes Random Recipe et Dear Criminals. « D’une désintox à une épicerie que tu arrives pas à payer. Ils peuvent même accompagner les proches de musiciens-artistes-artisans ou autres personnes qui travaillent en musique qui souffrent de façon collatérale. Ils n’ont pas l’attitude des compagnies d’assurances qui cherchent à discréditer ta requête. Ils sont du côté du demandeur et veulent juste te soulager de stress s’ils le peuvent. Et c’est gratuit. »

Même si elle avoue ne pas avoir eu recours à Unison, elle admet qu’elle en aurait eu grand besoin à certains moments de sa vie. « J’ai seulement connu cette ressource au moment où ma carrière allait assez bien pour me permettre de me payer moi-même mes thérapies. Mais j’aurais commencé vraiment plus tôt, et j’aurais réglé bien des problèmes liés à mon métier ou aggravés par celui-ci, comme la consommation d’alcool par exemple, pas mal plus tôt si j’avais su que ça existait début vingtaine. »

Une décennie plus tard

Ce sont deux vétérans de l’industrie musicale, Catharine Saxberg et Jodie Ferneyhough , qui sont à l’origine du projet, créé en 2009. Par courriel, Cassandra Popescu, qui gère les communications chez Unison, me raconte la genèse de l’organisme. Deux ans auparavant, leur bon ami Haydain Neale, meneur du groupe Jacksoul, ressort d’un accident de la route avec des blessures graves. Il s’éteindra deux ans plus tard d’un cancer des poumons. « La création d’un fonds d’urgence est devenu une priorité, pour éviter qu’une crise puisse signifier la fin du carrière. »

« C’est devenu clair que les membres de la communauté musicale avaient besoin d’un filet de sécurité pour les moments de crises », m’explique Cassandra Popescu. « De telles situations urgentes peuvent être difficiles pour tout le monde, mais elles le sont encore plus pour les professionnels du monde de la musique, qui ne peuvent pas se permettre de prendre des congés d’invalidité ou maladie. »

Frannie Holder est d’avis que le fonds Unison est plus que nécessaire. « Le nombre d’artistes ou artisans œuvrant dans le milieu, ou de gens gravitant autour que j’ai vu s’éteindre, ou changer de métier suite à des crises, que ça soit burn out ou anxiété ou trop gros stress financier sur une trop grande période… »

Des thérapies gratuites

Pour être éligible, il faut qu’au moins 55% de ses revenus des deux dernières années proviennent du monde de la musique. Cela peut signifier être musicien, gérant d’artiste, consultant, technicien, agent de booking, et plus encore. « Unison existe pour n’importe qui, peu importe où ils en sont rendus dans leur carrière, qui a besoin d’aide », précise Cassandra Popescu.

Le fonds Unison se divise en plusieurs programmes. On retrouve ainsi une assistance financière pour venir en aide aux musiciens qui peuvent être victimes d’un accident. « Un musicien blessé peut être forcé à choisir entre travailler de longues heures en souffrance ou prendre du repos sans recevoir aucun revenu. Avec le fonds d’aide financière, on veut aider les membres de la communauté à se remettre sur pied. »  Un volet de services conseils et de solutions de santé soutenu est aussi en place., via une ligne téléphonique. L’organisme permet tant aux membres de la communauté qu’à leur famille immédiate d’avoir accès à cinq heures de thérapie gratuite avec des professionnels en santé mentale et en travail social via une ligne téléphonique. Sur le site de l’organisme, on peut retrouver une longue liste non-exhaustive des services offerts, allant entre autres des problèmes de santé mentale à l’aide juridique.

Et le Québec?

Le financement d’Unison est assuré par de nombreux partenariats et par des dons. En plus de différents organismes et associations, de nombreux artistes canadiens de renom ont contribué, au fil des ans, à ramasser de l’argent pour le fonds. Le groupe légendaire de rock progressif Rush arrive en tête de file: d’autres noms comme Bryan AdamsNelly FurtadoK-Os et Serena Ryder font aussi partie du lot.

De ce fait, en consultant la liste d’artistes contributeurs, un constat se fait voir: les artistes québécois ne sont pas du tout présents. Et ce n’est pas parce que les musiciens de chez nous sont plus radins: c’est parce que le fonds Unison n’est pratiquement pas connu dans la belle province. Par courriel, Cassandra Popescu assure que les services sont offerts à tous les Canadiens. « Mais c’est vrai qu’il reste encore beaucoup de travail à faire pour se faire connaître. » Elle admet que la petite équipe a parfois de la difficulté à se faire connaître en dehors de l’Ontario, où l’organisme est basé.

Elle estime toutefois qu’il se fait de plus en plus voir dans le paysage québécois. On note ainsi la présence d’Unison au Gala de la SOCAN à Montréal pour une première fois et la tenue d’un tournoi de golf au Club le Mirage. Dans le futur, Cassandra Popescu espère pouvoir amener sa bande dans des festivals et conférences au Québec. Pour l’instant, Unison travaille entre autres avec la Canadian Music Week et le festival torontois féministe Venus Fest.

« Je pense que tout le monde qui travaille en musique, dans un label ou une salle de spectacle, un festival, ou qui rentre à la guilde, l’UDA, la SPAQC, name it, devrait automatiquement être mis au courant de cette ressource », souhaite Frannie Holder

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