URBANIA Musique se prononce sur « FM ! » de Vince Staples

Critique collective du nouvel album du jeune rappeur de Long Beach.

La planète hip-hop nous a gâtés, cette année. Pusha T, Kanye West, Nas, Denzel Curry, J. Cole et plus près d’ici Alaclair Ensemble, FouKi et Tizzo ont tous sorti du matériel qui trouvera sa place dans les annales du genre.

Il ne manquait plus que Vince Staples se joigne à la fête. Le jeune rappeur underground de Long Beach a lancé FM! comme ça, sans avertissement, jeudi dernier. Au bureau, on s’est battus à coups de poings et de chaises pliantes pour savoir qui allait faire la critique, donc la direction a décidé de nous donner chacun notre pied carré.

Voici ce que le bureau a pensé de FM!

Benoît Lelièvre (Gestionnaire de communauté/Rédacteur/Fan fini de Vince Staples)

Vince Staples n’a jamais été un rappeur comme les autres. Le rap game et la fétichisation du ghetto, ça le fait ouvertement chier. Après s’être éloigné des stéréotypes sur ses albums Prima Donna et Big Fish Theory, le voilà qui revient aux rues de Long Beach avec une esthétique plus épurée, mais combien mordante. Des paroles confrontantes comme cold weather won’t stop no gunner/wrong hat, wrong day, I’d kill my brother ou If he fuck around and take the stand on her dude/He gon’ have to raise his baby from the visiting room défient ouvertement les gens : essayez de les chanter sans prendre en compte toute leur lourdeur.

Les instrus de Kenny Beats et Hagler sont parfois de discrets accompagnements aux messages de Vince, parfois des vers d’oreilles brûlants sur lesquels le jeune rappeur surf avec force et confiance. Relay, Don’t Get Chipped, FUN! et Tweakin’ ont déjà pour moi leur place dans le canon de Vince Staples. C’est de la bombe, cet album.

Hugo Bastien (Adjoint à la rédaction d’URBANIA Musique/Détesteur à ses heures/Auditeur mitigé de Vince Staples)

Ce serait mentir de dire que comme Benoît, j’avais les bouts de toton durs jeudi dernier à l’annonce de la sortie du nouvel album de son chum Vince. En fait, il me faisait pas mal rire à danser sur place sur sa chaise, pendant que j’écoutais le nouvel album de Metro Boomin (ou plutôt, les chansons de Young Thug sur le nouvel album de Metro Boomin). Mais au courant du weekend, un peu lassé après quelque temps d’écouter les mêmes histoires de rappeurs tristes d’être riches, mais dépendants au lean, j’ai finalement donné une go à FM! qui, à ma grande surprise, m’a immédiatement plu!

Je dis « grande surprise » parce que d’habitude, je consomme Vince Staples avec retenue. La vérité c’est que j’aime beaucoup ses talents de emcee, mais pas vraiment le choix de ses instrus. Heureusement, sur cet album les beats sont COMPLÈTEMENT FAYAH. Relay, ça slappe, Run the Bands est incroyable et que dire du beat de Don’t Get Chipped à part que ça rentre au poste en esti. L’autre chose qui m’a charmé sur l’album, c’est sa longueur (ou plutôt sa courteur si vous me permettez le néologisme) : enfin un rappeur qui sort un album qui prend 23 ans à écouter (Cc : Migos, Drake, Lil Wayne).

Bref, Vince Staples a toujours été un rappeur que je respectais et trouvais pertinent dans le game, sans qu’il ne réussisse à me toucher personnellement avec sa musique. Cette fois-ci, il a réussi à sortir le projet juste assez dosé pour mes goûts musicaux : des bons beats, une track list concise, et une atmosphère relativement dark. Mention spéciale à l’apparition d’Earl Sweatshirt et Tyga qui ont profité de l’album pour teaser un nouveau projet prochainement. En espérant que celui de Tyga sera meilleur que son dernier, qui m’a carrément fait mal physiquement tellement c’était nul.

Lucie Nguyen (Stratège média/Fan de hip-hop/Nouvelle arrivante du vieux continent qui a un accent même à l’écrit)

Laisse-moi le réécouter une fois, puis encore une fois et encore une fois. Il coule tout seul. Il est dynamique dès son premier titre Feels like Summer mais aussi dans l’air du temps, diversifié avec les sons originaux comme FUN!, ou encore marrant avec l’interlude Newearlsweathirt.

Selon moi, et je le ressens encore en l’écoutant tout en rédigeant ma critique, il est totalement dans la vibe du rap game du moment à la Rae Sremmurd, Post Malone ou encore les Migos : ça se consomme super bien, ça plait à un grand public et c’est dansant! Ça ne veut pas dire ici que c’est commercial et cheap hein, je ne dis pas ça. Personnellement, j’aime beaucoup cette dynamique de l’album.

L’autre jour je l’ai mis pour aller courir, et il en jette! Ça donne envie de se surpasser! J’ai particulièrement aimé le titre Relay, qui me rappelle un peu Mercy de Kanye West par ses sonorités dark. Ça montre un côté « bad boy sombre » que je kiffe beaucoup.

Vince Staples, je l’ai vu pour la première fois en France lors d’un festival l’année dernière et je ne le connaissais pas du tout. Je suis sortie du concert complètement sur le cul. Son show était fou, la foule en feu et son énergie incroyable. J’avais donc déjà retenu un super souvenir de ce mec. Du coup, à la sortie de l’album, sa prod, ses titres et l’harmonie de l’album m’ont bien confirmé ce que je pensais de ce rappeur : un mec qui a un vrai talent et que je ne suis pas près d’arrêter de suivre.

Estelle Grignon (Nouvelle stagiaire pour URBANIA Musique/Fan de Vince Staples/Présente au bureau les lundis et vendredis)

Je pense qu’il faut prendre FM! Pour ce que c’est vraiment. À 22 minutes, c’est plus une entrée qu’un repas complet, surtout après qu’il ait annoncé avoir un autre plateau complet d’albums pour 2019. Si c’est un signe de ce qui est à venir, les douze prochains mois devraient être captivants.

Contrairement à Hugo, la production sur Big Fish Theory est une des grosses raisons pour lesquelles j’avais adoré son dernier album. Sur FM!, c’est moins flamboyant et expérimental, mais il y a quand même de bons flashs. L’instru d’Outside, en particulier, est assez riche; FUN! ouvre aussi avec une ligne mélodique assez intéressante, même si la pièce reste assez minimaliste.

Vince Staples est quant à lui bien en forme au micro. Sa livraison est impeccable d’une pièce à l’autre, avec des flows bien diversifiés. Les thèmes qu’il aborde rappellent le travail de son premier album studio Summertime ’06, où il est question la violence et des gangs de rue telles que vécues par Vince. Même si rien sur le projet ne me donne envie de sortir les sub-woofers et ruiner la vie de mes voisins comme sa pièce Yeah Right, ça reste une autre preuve que ce gars-là est incapable de commettre un faux-pas.

Vivement 2019!

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