Vampire Weekend ou mon histoire d’amour avec les « boat shoes »

Hommage à la trame sonore de ma vingtaine.

URBANIA Musique et evenko s’unissent pour vous prouver que l’indie rock est toujours bien vivant!

Vous souvenez-vous de la première fois où vous avez entendu le terme « indie rock »? Dans mon cas, c’était en 2003. Je regardais Nu Musik 2.0 à feu-MusiquePlus, et Gonzo était en train de vendre les mérites de Death Cab for Cutie. Sur le coup, je cherchais vraiment le lien entre la musique indienne et la voix emo de Ben Gibbard. Après avoir candidement demandé à un commis du HMV pourquoi les albums du groupe n’étaient pas dans la section musique du monde, il m’a référé à la section rock indépendant. Ça commençait bien…

Cependant, dès la première écoute, ç’a été bye-bye les shows ska punk dans des sous-sols d’église à Ste-Thérèse et bonjour les shows indie rock dans des bars du Mile-End.

Parmi les nombreux groupes que j’ai découverts à cette époque, Vampire Weekend est de ceux qui m’ont le plus marqué. J’étais présent à leur premier concert à Montréal, au club Lambi en décembre 2007. Pour moi, le quatuor représente parfaitement cette ère excitante du rock des années 2000, une époque dont je garde des souvenirs impérissables.

Comme le disait si bien James Murphy de LCD Soundsystem dans la chanson Losing my edge : « I was there… »

Un band « designé » par Wes Anderson

En 2007, je venais de sortir de ma passe musicale « new rave » (Klaxons quelqu’un!?) et j’avais besoin d’un vent de fraîcheur qui me coûterait moins cher en glowsticks et hoodies American Apparel mauves. Puisque j’animais une émission à CISM, je tentais de faire découvrir à mes auditeurs des nouveautés musicales, un peu comme un Gonzo 2.0.

En naviguant sur MySpace en quête de ma prochaine découverte, le nom Vampire Weekend m’a tapé dans l’œil. Parmi les nombreux profils de groupes emo avec trop de mascara, le groupe était différent. Chandail de rugby, polo Lacoste, boat shoes, on aurait dit que Wes Anderson avait créé un boyband.

En appuyant sur play, A-Punk m’a conquis immédiatement. Croisement entre Paul Simon et du ska, je venais de découvrir la perle rare pour mon émission. J’ai « copié » la chanson avec un logiciel louche et gravé un disque pour ma prochaine émission. Plus les semaines avançaient, plus le groupe montait dans les palmarès de la station.

Peu de temps après, le groupe annonçait sa première tournée, et le club Lambi à Montréal faisait partie de l’itinéraire. Je me rappelle encore avoir attendu devant la boutique Atom Heart avant son ouverture afin d’être certain d’avoir un billet… dans ma tête de fan trop excité, c’était le prochain Arcade Fire !

Le jour venu, j’ai été surpris de constater que la salle était à moitié vide. Malgré tout, la voix d’Ezra Koenig a rapidement réchauffé les spectateurs et m’a fait oublier que mes boat shoes étaient trempés à cause de la neige (je suis un vrai fan, l’hiver n’est JAMAIS une barrière).

Au moment du concert, leur premier album n’était même pas encore sorti, mais je connaissais déjà toutes les paroles. Un mois plus tard, l’album éponyme était disponible, et le groupe jouait à guichet fermé en Europe en plus de chanter la pomme à David Letterman. Je voulais tellement propager la bonne nouvelle que j’ai même acheté le CD à mes parents. Mon père : « T’es certain que ce n’est pas le nouveau Paul Simon !? »

Leur 2e album, Contra, est arrivé lorsque je terminais l’université. Le quatuor était plus populaire que jamais. Tsé, quand tu peux te permettre d’avoir Donnie Darko et RZA dans ta vidéo Giving up the gun, sky’s the limit!

Même si leur rock preppy n’était plus mon secret bien gardé, il berçait quand même mes aller-retours vers ma première job « d’adulte » dans un centre d’appel. Assis dans mon cubicule beige en écoutant Holiday, je me transportais à Cape Cod loin de la neige et des clients gossants.

C’était bien meilleur dans mon temps

Alors que les succès de Vampire Weekend s’enchaînent, je remarque une tendance qui me désole. La scène indie rock semble mourir à petit feu (tout comme les cotes d’écoute de mon émission) et l’attention se tourne de plus en plus vers la pop et le hip-hop. LCD Soundsystem a bien compris le coup et se retire avec un concert légendaire au Madison Square Garden (I was there too). Ce show marque officiellement à mes yeux la fin d’une époque.

Par contre, Vampire Weekend signe et persiste. C’est un de ces rares groupes de l’époque qui roule encore sa bosse malgré la baisse de popularité du rock dans les palmarès. Il obtient encore de bonnes critiques, tandis que leurs contemporains comme Animal Collective et MGMT eux semblent se perdre en essayant d’être le prochain Radiohead.

On aurait dit que Wes Anderson avait créé un boyband

En 2017, Meet me in the bathroom, un livre sur les belles années du rock à New York (2001-2011) est sorti. Dans celui-ci, Ezra Koenig (le chanteur) démontre qu’il avait déjà une certaine maturité dès le début de sa carrière. Beaucoup de nouveaux groupes ont besoin d’un peu de temps pour retrouver leur signature esthétique, mais ce n’était pas le cas pour Vampire Weekend. « Au moment où nous avons commencé Vampire Weekend, nous n’avions pas simplement acheté des instruments (…) Nous étions comme : inventons un groupe preppy et donnons à nos guitares le ton de Johnny Marr mixé avec des sonorités africaines » explique Kœnig à propos des débuts du quatuor à l’université Columbia.

En 2019, Vampire Weekend fait preuve d’une sagesse et d’une discipline que beaucoup de leurs contemporains n’ont pas. Même s’ils célèbrent une idéologie bourgeoise loin de la vie bohème miséreuse et celle de party que projette la Grosse Pomme, ils continuent d’explorer de nouvelles sonorités sans aliéner leurs fans. On ne peut pas dire la même chose d’Interpol…

4e album : la suite attendue

Vampire Weekend sortira son 4e album, Father of the Bride, au printemps 2019. Ses deux nouveaux singles, 2021 et Harmony Hall, démontrent que le groupe a toujours un flair impeccable pour les mélodies pop et les paroles contagieuses. Harmony Hall sonne un peu comme si Praise you de Fatboy Slim et Freedom! ‘ 90 de George Michael avaient été interprétés par John Mayer (je sais, on dirait que j’en ai fumé du bon, mais si vous l’écoutez vous me donnerez raison). Bref, de quoi de très 90’s et pop; une trame sonore parfaite pour s’acheter un fanny pack Fila et un polar Patagonia au Urban Outfitters.

Le quatuor est d’ailleurs toujours en mode évolution. Dans une entrevue avec Rolling Stone, Kœnig a déclaré : « Nous avons eu trois albums avec la même voix. J’aime l’idée d’ouvrir un peu notre monde. » Ainsi, on retrouvera sur l’album celles de Danielle Haim et Jenny Lewis.

L’audace du groupe est pour moi leur plus grande qualité. Qui aurait cru qu’un album avec une chanson qui référence Peter Gabriel (Cape Cod, Kwassa Kwassa), pourrait conquérir le cœur des hipsters qui dansent sur du Justice et s’affrontent dans des iPod Battles ? La bande de Kœnig a ouvert mes horizons musicaux et m’a prouvé que le indie rock avait encore la possibilité de se réinventer après l’ouragan Strokes et White Stripes.

De nos jours, des détracteurs affirment que Vampire Weekend est devenu le vestige d’un passé révolu, où des trust funds kids de Williamsburg pouvaient devenir populaires après un seul article sur Blogspot. Pour moi, c’est un des rares groupes qui me surprend encore avec chaque nouvel album, et qui me redonne cette soif d’indie rock que j’avais quand j’avais 20 ans.

J’étais à leur premier show à Montréal en 2007, et je compte être au prochain en septembre 2019… en boat shoes bien sûr!

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Que vous soyez fans depuis les tout débuts ou que vous soyez un nouvel amateur, il ne faut pas manquer le concert de Vampire Weekend le 8 septembre 2019 au MTelus. Les billets sont en vente dès maintenant et ils partent très rapidement! Cliquez ici pour acheter les vôtres!

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