Voici ce qui arrive quand Sarah-Maude Beauchesne rencontre son idole de jeunesse Corneille

« Je me sens comme si on regardait un album photo de nos beaux jours naïfs. »

Au tout début de 2004, tandis que toutes mes girls tripaient sur Ashlee Simpson et fredonnaient Milkshake de Kelis en ne sachant pas du tout ce que la chanson voulait dire, moi j’écrivais mes états d’âme dans mon journal intime (avec un cadenas) en écoutant du Corneille en background.

J’appelais à 95.1, j’attendais des heures de temps, le combiné devenu humide contre mon oreille plus prête que jamais à lui parler une courte minute. À l’autre bout du fil, sa voix rassurante, posée, sensuelle sans le vouloir évidemment, me faisaient réaliser que mon idole était juste là, prête à m’écouter, à se confier, à prendre conscience de mon existence. Accompagnée de ma mère, je me rendais à ses concerts, intimes à l’époque, pour me coller au bas de la scène et l’écouter chanter Avec Classe, Seul au monde, Ça me va ou sa déstabilisante reprise de Sexual Healing qui m’avait alors fait découvrir une sensualité inattendue, saisissante, chez Corneille. Mais j’étais trop jeune de cœur et étonnement, je l’aimais de tout mon long corps en spaghetti d’abord et avant tout pour sa musique et ses mots. Pas pour sa beauté troublante et sa vie de rêve. Ses rêves de star concrétisés.

Dans toute la tristesse et la solitude, la cruauté et la douleur des chansons de son album Parce qu’on vient de loin, l’adolescente que j’étais, dans toute ma naïveté et ma vie de ouate, a trouvé une façon de s’y reconnaître. Surtout, j’y ai puisé l’envie de raconter quelque chose aussi, de parler de moi, d’écrire pour mieux me comprendre, « d’être égoïste », mais dans le bon sens, comme Corneille me l’a lui-même confié dans le brouhaha du café Sfouf qui a accueilli nos retrouvailles 14 ans plus tard.

Pas besoin de vous dire que je m’étais chixée, que j’avais les mains moites et que mon cœur battait plus vite que permis. Il est arrivé tout de jeans vêtu, poli, gentleman. Encore et toujours, comme à son habitude, prêt à m’écouter, ne sachant même pas toute l’influence qu’il avait eue sur moi. D’emblée, je lui rafraichis la mémoire sur notre rencontre qui m’a tant marquée. Il est ému, touché, il sourit avec son cœur, je le sais. Je lui montre les photos de nous deux, ça le fait rire, il se trouve tellement jeune. Je me sens comme si on regardait un album photo de nos beaux jours naïfs, je m’invente un passé complice avec lui.

14 ans plus tard, toujours aux anges…

Il s’étonne d’avoir été aussi déterminant dans ma vie d’auteure, il n’y croit presque pas tellement son humilité est grande. Je lui parle de ce qu’il m’a fait découvrir à travers ses chansons, cet album qui a été son journal intime à lui, un carnet de souvenirs sombres où une immense solitude côtoie une légèreté extrême pour pallier la douleur. Il en parle avec beaucoup de recul, une fierté flagrante. Durant l’écriture de cet album-là en particulier, il me dit avoir été dans un état second, incapable d’expliquer comment il a pu créer avec autant de sagesse même à un si jeune âge. Parce qu’on vient de loin est pour lui une façon de ne pas oublier ce qui s’est passé.

On partage nos grands moments d’écriture où le temps n’existe pas, je flotte à l’idée d’avoir un point en commun avec lui. Il me confie avoir eu peur de ne plus savoir quoi raconter, quoi chanter. Pour pallier à cette crainte, il s’investit dans Love & Soul et sa douzaine de reprises, toutes des pièces qui ont marqué son enfance, pour nourrir sa créativité et surtout, combler son envie de performer. Je l’écoute comme si j’avais 14 ans, avec mes broches colorées, mon chandail Parasuco préféré sur le dos, des étoiles dans mes yeux d’adolescente. J’arrête l’enregistreuse, je mets fin à la conversation parce que j’ai peur de l’accaparer, mais on continue de jaser parce qu’il a cette envie d’écrire un livre ou peut-être deux.

Il me questionne sur ce qui m’inspire, il est intéressé, sincèrement curieux. Je suis fière de lui dire que j’écris avec mon cœur comme il l’a si bien fait lui-même, que mes journaux intimes nourrissent mes histoires encore à ce jour, du haut de mes 28 ans.

Il quitte en me lançant, en toute sincérité : « Ne prenons pas 14 ans pour se recroiser ».

C’est un humain d’exception et je suis fière de l’adolescente que j’étais. Je n’aurais pas pu mieux choisir mon idole de jeunesse.

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