Melissa Maya Falkenberg

Dans l’appartement de l’auteur-compositeur folk Matt Holubowski

« Bob Dylan a changé ma vie. »

Quand Melissa Maya déménage, deux choses doivent être aussitôt branchées en dépit des montagnes de boîtes: la machine à café et la table tournante. L’animatrice et auteure – qui vient de scénariser un documentaire sur le disque vinyle et qui a un  studio d’enregistrement  à la maison – a eu envie de rencontrer d’autres freaks dans leur habitat naturel.

Illustration : Marianne Tremblay

Cette semaine, on entre dans l’appartement de l’auteur-compositeur folk Matt Holubowski.

Salut Matt! Oh…  Est-ce que c’est Nick Drake qui joue? Vraiment cool d’entendre ça en entrant chez quelqu’un! J’ai toujours trouvé ça dommage qu’on ne semble pas le connaître au Québec…  

Curieusement, c’est un musicien que j’ai découvert assez tardivement. Son jeu de guitare est tellement unique! Là, c’est l’album Pink Moon qui joue, son classique, le meilleur. Sur les autres, on dirait qu’il va dans trop de directions et qu’il se passe trop d’affaires! (Rires.)

Moi, j’écoutais Nirvana, Red Hot Chili Peppers… Je ne voulais rien savoir! Mais mon père forçait Valdy dans ma vie.

Et ça, c’est ta table tournante? Ça fait longtemps que tu l’as?

Elle appartenait à mon père. Il me l’a offerte quand j’avais quinze ans. C’était la période «switch digital», donc il commençait à entrer tous ses vinyles dans l’ordinateur pour y avoir accès de façon numérique. J’étais curieux, alors j’ai descendu la table tournante dans ma chambre au sous-sol. J’ai encore tous ses disques : Louis Armstrong, les Rolling Stones, Simon & Garfunkel (mon préféré, c’est le live dans Central Park!), John Lennon… C’est aussi à travers sa collection que j’ai découvert la musique classique, avec entre autres les Nocturnes de Chopin. ☺

Parmi tous ces vinyles, lequel te fera toujours le plus penser à ton père?

L’album Landscapes de Valdy, un chanteur canadien folk-country qui a été populaire dans les années 1970. Je me souviens, moi, j’écoutais Nirvana, Red Hot Chili Peppers… Je ne voulais rien savoir! Mais mon père forçait Valdy dans ma vie. C’est le disque que j’ai le plus écouté malgré moi! (Rires.)

Tu voyages beaucoup. Quand tu pars en voyage, tu ne peux évidemment pas apporter des vinyles. Kossé tu fais?!

Une trame sonore pour chaque voyage. Un album, que j’écoute en boucle. Par exemple, quand j’ai fait mon premier échange étudiant, à Paris, ça a été Bring Me Your Love de City & Colour (dans un iPod nano). ;) Je l’écoutais tout le temps! J’apporte aussi toujours un petit carnet en voyage, alors en écoutant, j’essayais de comprendre les paroles et je les transcrivais dans mon petit carnet.

Wow! C’est quelque chose que tu fais souvent?

Attends, je vais te montrer quelque chose. J’ai un carnet dans lequel j’ai commencé à écrire toutes les paroles de Bob Dylan, du premier au dernier album.

J’avais vu beaucoup de choses qui sont difficiles à voir en voyage, en Ouganda, entre autres, au Cambodge, au Laos aussi.

Woah minute. Pour les décortiquer?

Oui. Pour tenter de comprendre ce que chacun de ses mots voulait dire. Ses images sont tellementflyées, c’est fou. Il y a tellement de couleurs avec lesquelles il peint l’humanité. Des fois, ça donne envie de tout abandonner! Je me dis que je ne pourrai jamais écrire une ligne comme lui. C’est un maître de la poésie, j’essaie d’apprendre un peu de lui. En tout cas, une chose est absolument certaine: je ne pourrai jamais être un auteur-compositeur prolifique comme Bob Dylan. Ça me prend beaucoup trop de temps écrire mes tounes…

Parce que chaque mot doit avoir une symbolique pour toi?

Exact. Je suis incapable de mettre sur papier des mots qui sont juste, comment dire… suffisants? On pourrait s’asseoir pendant des heures pour que je te raconte l’histoire derrière chaque phrase.

Attends, je vais te montrer quelque chose. J’ai un carnet dans lequel j’ai commencé à écrire toutes les paroles de Bob Dylan…

Matt, est-ce qu’on peut dire que Bob Dylan a changé ta vie?

Bob Dylan a changé ma vie. Sa musique m’a sorti d’un trou noir. J’avais vu beaucoup de choses qui sont difficiles à voir en voyage, en Ouganda, entre autres, au Cambodge, au Laos aussi. Tu sais, ce jeu entre la vie et la mort. Et quand je suis revenu au Québec, j’avais toutes ces images rough en dedans et le contraste avec notre réalité de « privilégiés » était peut-être trop grand. Je me souviens, un soir, je suis parti marcher dans la ville. J’habitais Mont-Royal/Saint-Denis. Dans mes écouteurs, A Hard Rain’s Gonna Fall de Dylan s’est mis à jouer. J’ai marché et j’ai braillé, braillé. Depuis ce temps, je suis une personne beaucoup plus heureuse. C’est comme s’il avait fallu que quelqu’un écrive ces mots pour moi. C’est une chanson à la fois remplie d’humanité et tellement>vaine. On s’entend que t’écoutes pas ça parce qu’il y a un hook!

Je pensais que j’étais la plus grande fan de Bob Dylan avant de rencontrer Matt. Je le pense toujours, mais je n’entendrai plus jamais A Hard Rain’s Gonna Fall de la même façon. Je sourirai, avec dans la tête et le cœur une énième preuve que la musique peut changer des vies.

Pour rencontrer un autre mélomane : «Dans l’appartement du politicien Gabriel Nadeau-Dubois »

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