J’écoute des disques : Nino Ferrer – Nino and Radiah

L'obsession d'un collectionneur peut parfois être récompensée.

Nino Ferrer

Nino and Radiah

CBS records, 1974

Je collectionne les disques, oui, mais surtout la musique qui les remplit. D’accord, je prends un plaisir fou à les classer avec grande rigueur. Oui, pour la première fois de ma vie, j’ai été un peu nerveux à l’idée d’arriver trop tard au dernier Record Store Day. J’avoue, je compile ma collection sur Discogs et me réjouis grandement des occasions payées deux dollars qui en valent quarante.

Je reste vigilant, mais je suis bien conscient que le côté obscur me guette ; que je pourrais cligner des yeux et me retrouver la soixantaine célibataire dans un demi-sous-sol de Saint-Léonard avec la plus envieuse collection au nord du Mississippi. Ces choses-là commencent avec un disque qu’on est prêt à payer très cher. De mon côté, c’est la faute à Nino Ferrer.

Je crois qu’un mélomane collectionneur atteint un niveau supérieur du moment qu’il se met à traquer un disque.

Je crois qu’un mélomane collectionneur atteint un niveau supérieur du moment qu’il se met à traquer un disque. Quand l’espoir devient son principal moteur de recherche, et qu’il y croit. D’accord, y’a l’internet, mais pour les lâches. Tant qu’à se vautrer dans un médium qui se veut le comble du old-school, c’est la moindre des choses que d’opérer de façon conséquente. Les anglophones parlent de crate digging. On se déplace, on se retrousse les manches, on joue du coude. On se salit les mains et on finit souvent à genoux. Des fois, on prend un grand respire avant d’attaquer une section et des fois, ça vaut le coup.

Nino and Radiah, c’est un peu le retour de Ferrer sur les palmarès, après des trucs comme Les cornichons et Le téléfon, près de dix ans plus tôt. Mais on est ailleurs ; c’est un album complètement anglophone qui fait état de l’amour et du respect qu’éprouvait Ferrer pour le Southern Soul.  Un album parfait, où la vedette est flanquée d’un groupe funk américain basé à Paris nommé ICE — aka The Lafayette Afro Rock Band —, ainsi que de l’actrice/chanteuse/mannequin Radiah Frye, tout aussi américaine, aux backs-vocals et au spirit fondamental.

Au départ, l’immense succès Le sud y figure en version (originale) anglaise. Ferrer l’a ensuite fait paraître en français sur un 45 tours vendu à plus d’un million d’exemplaires. L’album, lui, est pratiquement passé sous silence, ce qui explique le peu de copies existantes sur le marché.

Sections constamment vides, constat : un disque de Ferrer au Québec, ça se peut juste pas.

Cet album, j’en ai entendu des extraits une fois avant de me mettre à le chercher des années durant. Des années où l’idée même de trouver un des disques du bonhomme, n’importe lequel, semblait impossible. Sections constamment vides, constat : un disque de Ferrer au Québec, ça se peut juste pas. Plutôt que de me décourager, ça me faisait rêver plus fort.

Par chance, la musique m’envoie en Europe à une belle fréquence et c’est à Bruxelles chez un tout petit disquaire que j’ai un peu perdu le souffle. Je m’y attendais pas. Le disque était juste là, au mur, même pas eu à fouiller. Je l’ai peut-être abimé un peu tellement je l’ai agrippé féroce. À trente euros, ­— j’en aurais payé le double sans chialer — je me la suis jouée relax quoique que béat en passant à la caisse, puis j’ai marché dans le printemps belge en laissant bien paraître le disque sous mon bras.

Puis je me suis assis avec une frite et une bière pour regarder passer les gens et je vous jure qu’il n’y avait personne d’aussi heureux que moi à ce moment.

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