Sam Olaechea

Entrevue : Mike Shabb – En mode conquête

Pour le rappeur, c'est la famille et les amis avant tout.

Mike Shabb est probablement un des plus sympathiques jeunes du rap québécois. Le kid a la blague facile, est toujours down de partager un gros Backwoods et drop banger sur banger depuis son arrivée dans le rap jeu il y a déjà quelques années. Il vient de sortir Newave, un premier EP depuis Northwave, son premier album sorti en mars dernier. Je suis allé rencontrer le jeune prodige dans son crib du Plateau-Est question de parler des derniers mois.

Travailler à la maison

« Ce que les gens écoutent aujourd’hui, ça fait cinq mois que je l’ai enregistré, ils sont pas prêts pour la suite. Mais, il faut que tu sois en avance, sinon tu perds ton edge. »

Après moins de dix minutes chez Shabbo, il m’a déjà parlé de ses prochains projets, de sa vision du game et de ses objectifs. Comme quoi, on peut enchaîner les Backwoods à un rythme effarant et quand même garder la tête claire.

Depuis quelques mois, Shabb s’est bâti un petit home studio où il travaille beaucoup, et ça a changé sa façon de produire. « Je travaillais toujours en studio avant, me décrit-il. Sauf que tu sais comment c’est, t’attends d’avoir 3-4 chansons, tu vas en studio, pis là-bas, l’horloge tourne, on compte les heures. Ici, je fais ce que je veux, si je veux travailler sur un track pendant huit heures, je peux le faire sans stress, essayer plein de trucs. »

L’émancipation que lui amène la possibilité de travailler à la maison parrait sur Northwave, mais aussi sur Big Bag, un autre single sorti récemment, produit par Vnce Carter. Le rappeur, qui a passé sa jeunesse entre Magog et St-Michel, pousse sa voix, va chercher des notes plus aigües et arrive à sortir du moule trap/mumble rap dans lequel il avait un peu été étiqueté, lui qui est pourtant un enfant du boom-bap.

« Les gens me disent que je devrais refaire du boom-bap pis je leur dis… j’en fais encore! C’est juste que maintenant, explique-t-il, je peux mixer les genres, j’ai pas à me limiter. Je peux faire un track “wiggidy diggity” comme back then, turn around et faire un gros trap banger. »

Tout faire en famille

Même que Shabb se met à chanter, tranquillement. La marge de progression est encore hyper large et l’artiste met les chances de son côté pour que ça fonctionne. Entouré du LITGANG (Kevin Na$h, Busy Nasa, Kap Dog, Neko, Vito DZK, etc.) et soutenu par Make It Rain Records, le jeune Shabbo se dédie à son art presque complètement, même s’il a encore une « vraie job ».

« Montre-moi les rappeurs qui ont pas une autre job bro, me dit-il en riant. Moi j’fais du rap anglo à Montréal, ça marche, mais je peux pas pull un Fouks (surnom de FouKi) pis lâcher ma job. »

Sauf qu’à force de produire de la musique de qualité, tout finit par payer, et Shabbo fait le maximum pour que ça fonctionne. Aidé par son cousin Steve Black, l’homme derrière BLK Management (qui gère aussi Kevin Na$h et MTLord), Shabb compte désormais sur une équipe solide qui travaille pour, et avec lui.

« Steve, c’est le sang! Quand tu work avec la famille, tu sais que généralement, il peut pas y avoir de problèmes. C’est mon cousin, il est là pour me backer, pour être sûr que je niaise pas trop et que mes affaires sont on point. Sinon, quand j’ai eu mon avance (de son contrat avec Make It Rain), je serais allé m’acheter une VVS chain, des grills, du weed, du linge pis j’aurais tout spend sur des niaiseries (rires). »

En parlant du Loup

Depuis quelques mois, la famille de Shabb s’est agrandie un peu. Arrivé en coup de vent dans le rap jeu québ, Jeune Loup s’est bien installé comme étant une des figures les plus prometteuses de la scène. Adopté rapidement par la majorité des acteurs du rap québ, il est aussi devenu un régulier des chillings du LITGANGForce est d’admettre que Wolf ne laisse personne indifférent, parce qu’on finira par parler de lui pendant une demi-heure.

« Bro, Jeune Loup va takeover le game comme on a rarement vu ça, me confie Shabb. Il fait ce que les gars des states font, mais en français, avec un style unique à lui. En plus, il est vraiment about that life. Les gens ne sont pas prêts pour Jeune Loup, ça c’est sûr. On work sur un tape ensemble, pis yo, ça va tout péter. »

Moi non plus, d’ailleurs, je n’étais pas prêt. J’avais bien aimé Back sur le BS, mais j’attendais que la nouvelle coqueluche du street rap confirme son talent avec ses prochains morceaux. Je peux vous dire qu’avec ce que j’ai entendu dans la chambre de Shabb, il n’y a pas à s’inquiéter. Shabbo et Jeune Loup préparent des choses qui vont shaker le rap québ bien comme il faut.

La suite logique

Newave est tout frais sorti, mais Shabb ne s’arrête pas là pour autant. Le rappeur prépare une série de EPs dont Newave marque le début.  « Le but, c’est de toujours continuer à faire de la musique, de créer et d’avancer, m’avoue Shabbo. T’sais bro, si tu vois que ça va bien, il faut que le plan soit établi, que t’aies une vision à moyen et long terme, sinon ça marche pas, tu peux pas rester focussed sur tes affaires. »

Entre des nouveaux EPs, des clips, des collaborations avec toute sa clique et d’autres rappeurs prometteurs du game, Mike Shabb semble promis à un bel avenir, lui qui signe également des productions pour Jeune Loup et les autres membres du LITGANG. Il essaie aussi d’encourager d’autres rappeurs montréalais qu’il considère sous-estimés : Mori$$ Regal, par exemple.

« Mori$$, c’est le meilleur man, je comprends pas pourquoi les gens dorment, déplore Shabbo. Moi je suis là aussi pour dire aux gens de pas sleep sur le talent montréalais, parce que s’ils ont pas sleep sur moi. Ils sont capables de faire pareil avec d’autres gars, même s’ils sont un peu moins accessibles dans leur musique. »

Dans tous les cas, on voit que pour Mike Shabb, la musique est avant tout une histoire de famille et de partage. Alors, vous trouverez le jeune prodige dans sa chambre à travailler sur la musique tous les jours, la porte ouverte aux collaborations et autres propositions.

« Yo bro, dis-leur, je vends des beats et des verses pas chers en ce moment, qu’ils me check s’ils sont sérieux! »

Voilà, l’annonce est lancée. Puis honnêtement, c’est le moment, parce qu’à voir la trajectoire que la carrière de Shabb prend en ce moment, les prix risquent d’augmenter énormément d’ici les prochaines années.

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