Charles Prot

Comment organiser le festival le plus froid au monde ?

Entrevue avec le co-fondateur d'Igloofest.

URBANIA et Igloofest s’unissent pour vous dévoiler les mystères d’un festival qui utilise le froid comme élément rassembleur!

On a de la chance à Montréal, la vie ne s’arrête pas parce qu’il fait -30 dehors. On a ce qu’on appelle « une culture hivernale ». Il y a même un festival de musique unique au monde qui se passe dehors, au frette, mais sans qu’on y ait jamais froid. Igloofest est en voie de devenir l’emblème de cette culture (s’il ne l’est pas déjà). 

Chaque année depuis 2007, des dizaines de milliers de festivaliers vont danser en suit de ski-doo, qu’il fasse 0 ou – 40. Sa programmation musicale, ses activités déjantées (pensez concours de one-piece d’hiver) et les souvenirs colorés qu’on en retire sont devenus la marque de commerce du festival.

Qu’est-ce qui fait qu’un événement pareil puisse exister? Aime-t-on à ce point l’hiver? Pour élucider les quelques mystères qui l’entourent, URBANIA Musique s’est entretenu avec Pascal Lefebvre, directeur général et cofondateur d’Igloofest.

Quand le froid nous fait danser

Si Igloofest est possible, c’est d’abord et avant tout parce que Montréal assume sa « nordicité ». « On voulait que les gens voient Igloofest comme un appel à jouer dehors, à profiter de l’hiver », affirme Pascal Lefebvre. « C’est la spécificité du festival, du Québec, de Montréal, de notre nordicité, c’est vraiment unique, poursuit le cofondateur. Les artistes qui viennent et découvrent ce moment-là disent qu’il y a quelque chose qui s’installe quand on joue devant une foule de 10 000 personnes à -20. Il y a une symbiose qui se passe et c’est à cause du froid. C’est unique et différent. » C’est vrai que même si les Montréalais chialent sur l’hiver, ils sont néanmoins assez badass pour oser défier le froid. 

Mais bon, pour que les gens restent sur le site, il faut tout de même un minimum de chaleur. Il faut que l’expérience soit agréable. Comment on fait pour s’assurer que personne n’ait froid? Outre le design et l’architecture du site, le secret de la chaleur, c’est une gang d’humains qui s’amusent. « Imagine toi une banquise avec des pingouins? Ils font quoi? Ils restent ensemble. Le dancefloor est l’effet pingouin. C’est ce qui fait en sorte que quand il fait -20, sur le dancefloor il fait -4. Il y a une chaleur qui s’en dégage. La danse aide à freiner le froid. On ne pourrait pas faire ça avec un festival d’indie rock, la proposition doit amener à danser », explique Pascal.  

C’est vrai que c’est pas sur The National qu’on va suer dans nos combines, tsé.

Un univers hivernal adaptable

Une fois hors du gigantesque dancefloor, le défi continue. Le site est donc pensé pour que les gens circulent aisément afin d’éviter le surplace. Qui dit mouvement dit chaleur, c’est un principe tout simple qui s’applique à grande échelle. « Toutes nos exploitations commandent qu’on soit dans le jeu, qu’on reste dans le mouvement, nous dit Pascal. Ça devient un terrain de jeu à ciel ouvert. C’est du design expérientiel. À la fin, l’expérience est cohérente et ça marche. »

Les changements climatiques influencent aussi le design de l’événement, qui doit se montrer adaptable. « On n’a plus les hivers qu’on avait », s’exclame Pascal. Le festival s’étend sur plusieurs week-ends, il faut donc des structures capables de s’adapter à des températures au-dessus de 0 et bien en deçà. « Avant on avait une glissade de glace, maintenant elle n’est plus en glace. On doit s’adapter! L’idée est de recréer des éléments de décors architecturaux qui nous rappellent l’hiver avec d’autres matériaux : des éclairages, de la vidéo, etc. L’immersion est super importante », nous explique le cofondateur.

C’est une excellente solution, parce qu’il n’y a rien de plus triste qu’une glissade de glace vide, brunie et déformée par le temps doux. Et c’est moins agréable niveau fessier aussi, faut dire.

Si le froid est l’ingrédient liant d’Igloofest, est-ce qu’il pourrait y avoir d’autres éditions ailleurs dans le monde? L’objectif est que oui, mais seulement si c’est « organique ». Pas question d’en faire un là où il fait chaud. « Il faut trouver une ville où il fait froid mais aussi où il y a une culture hivernale. Le grand défi c’est de trouver une ville avec un ADN semblable à Montréal où les gens n’ont pas peur de l’hiver et où il y a un modèle économique similaire. Il faut aussi assez de monde pour accueillir cet évènement. On veut trouver des destinations qui sont iconiques, comme le Japon par exemple », conclut Pascal Lefebvre.  

L’hiver, même s’il nous fait souvent sacrer, fait partie de nous. Le froid a forgé nos caractères, nos créativités. À nous de montrer au monde entier qu’il y a de la vie même dans le froid et c’est à travers ce genre d’évènement que le message passe : un festival pensé pour nous faire vivre confortablement notre nordicité.

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Avez-vous hâte de danser au froid? Igloofest se tiendra du 17 janvier au 2 février et la programmation promet des weekends mémorables! Pour en savoir davantage, cliquez ici!

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