Germain Barre

Invasion Britannique : la meilleure musique du pays de Shakespeare

Les Britanniques ne font pas que des beaux châteaux et des référendums botchés.

Musicalement, le Royaume-Uni agit comme un univers parallèle. La bande sonore du film The Greatest Showman est au numéro un pour une 26e semaine, plus d’un an après avoir atteint la tête des palmarès pour une première fois. George Ezra, un petit gars du Hertfordshire, y a vendu plus d’albums que Drake en 2018. En janvier, Baby Shark a atteint le top 10 alors que Mr. Brightside des Killers a passé trois semaines dans le top 100 simplement parce que les Britanniques ne se tannent pas de cette chanson-là et la ramènent constamment dans le décompte.

C’est ainsi dire que le Royaume-Uni est un peu comme sa propre bulle. Pour chaque Adele, Dua Lipa ou Arctic Monkeys qui perce de ce côté de l’Atlantique, il y a quinze Rita Ora, Jess Glyne ou Nines qui n’ont du succès que sur les îles britanniques. Et ça, c’est sans compter les milliers de groupes incroyables qui fourmillent dans les différentes scènes locales et undergrounds.

2019 n’est vieux que d’un seul mois, mais déjà, de nombreux artistes sont parvenus à faire leur marque d’une façon ou d’une autre dans le paysage musical britannique. En voici cinq.

Nilüfer Yanya

Véritable chouchou de la critique, Nilüfer Yanya sait charmer avec son mélange de soul, R&B et jazz. Chanteuse aux origines turco-barbado-irlandaises, Nilüfer a rappelé à ses fans qu’elle était surtout guitariste dans l’âme avec la ballade rock Heavyweight Champion of the Year, parue à l’automne.

De toute évidence, cette tendance vaguement grunge semble lui plaire. Après un bon lot de mini-albums et de simples au fil des ans, Nilüfer Yanya a annoncé ce mois-ci la sortie de Miss Universe, un premier album complet. Après Heavyweight, un second extrait nommé In Your Head présente une guitare bien saturée et une attitude qui n’est pas sans rappeler les PJ Harvey, Elastica et autres Garbage des années 90. Le projet de 17 pistes devrait voir le jour le 22 mars et mes attentes sont très élevées pour mon nouveau kick musical.

The Twilight Sad

L’Écosse fait toujours partie du Royaume-Uni. Environ 40 à 45% des Écossais sont mécontents de cette situation; mais moi, ça me permet d’inclure The Twilight Sad dans cette chronique. Et avec l’accent ultra prononcé du chanteur James Graham, c’est assez difficile de douter des origines du groupe.

Leur cinquième album It Won/t Be Like This All the Time mélange un chant passionné, des guitares aux sonorités noise rock, des claviers new wave et des barres obliques là où on s’attend à voir des apostrophes. Le groupe navigue avec aise entre des chansons coups de poing (Shooting Dennis Hopper Shooting) et des pièces planantes et texturées (VTr). Le tout donne un projet musclé, dense et satisfaisant.

Plusieurs groupes rock se plantent en voulant ajouter des sons électroniques dans leur palette; The Twilight Sad utilise les claviers non pas pour diluer son rock, mais pour l’amplifier. Bref, un album de circonstance pour affronter l’apocalypse météorologique que subit le Québec cet hiver.

Mabel

Mabel McVey a la musique dans le sang. Littéralement: sa mère n’est nulle autre que Neneh Cherry, qui a atteint la 3e place au Canada, aux États-Unis et au Royaume-Uni avec l’excellente pièce Buffalo Stance à la fin des années 80. Son père Cameron McVey a collaboré à l’écriture ou à la production de tous les albums de madame Cherry, en plus de travailler entre autres avec Massive Attack.

Leur petite Mabel vole de ses propres ailes depuis un moment déjà, avec plusieurs tubes en rotation forte à la radio britannique. Son nouvel extrait Don’t Call Me Up a le même potentiel pop sucré qu’on retrouve dans les succès de Dua Lipa ou Camilla Cabello. Qui sait? Ce ver d’oreille finira peut-être par atteindre l’Amérique du Nord à temps pour les premiers bourgeons et les premières sangrias de terrasse.

Headie One

Il faudrait une chronique entière pour retracer l’histoire tumultueuse du rap britannique. En 2019, le UK drill est l’une des scènes qui fait le plus jaser au Royaume-Uni. Nouvelle tête de Turc pour les politiciens et les autorités, le UK drill fait peur à monsieur-madame tout le monde. On associe le mouvement musical aux gangs de rue, les policiers forcent régulièrement l’annulation de concerts et plusieurs artistes voient leurs paroles être utilisées contre eux en justice.

Dans tout ce brouhaha, Headie One est devenu le premier artiste de ce genre à atteindre le top 10 au Royaume-Uni avec 18HUNNA (comme dans « eighteen hundred », ou 1800). Avec l’aide de Dave, issu du mouvement grime et auteur d’un #1 plus tôt cet automne, Headie One offre un regard honnête sur son passé dans les gangs de rue. Drogues, sexe, armes à feu y sont au rendez-vous. Malgré les propos froids et sombres, deux des plus importantes stations de la BBC font jouer la pièce de façon régulière. Avec une production impeccable et une narration intelligente, la chanson est un succès sur toute la ligne.

Jade Bird

La jeune chanteuse et guitariste Jade Bird a tout ce qu’il faut pour percer en Amérique du Nord. Avec un folk-rock ingénieux, un talent pour les mélodies accrocheuses et un charisme qui transperce les hauts-parleurs, c’est une question de temps avant qu’elle ne devienne la prochaine sensation.

Ses morceaux Lottery et Uh Huh ont d’ailleurs fait des ravages dans certaines radios canadiennes et américaines au cours des derniers mois. Love Has All Been Done Before a quant à elle tourné sur les radios britanniques. Un premier album, simplement intitulé Jade Bird ne devrait pas arriver dans les bacs avant mi-avril, mais un nouvel extrait, I Get No Joy a déjà été dévoilé ce mois-ci. Cette fois, l’artiste de 21 ans enchaîne les paroles à un rythme étourdissant tout en gardant l’impression que tout est facile pour elle.

En plus de ces cinq artistes, vous retrouverez une dizaine d’autres coups de coeur qui valent le détour dans cette liste de lecture, incluant les nouveautés de James Blake, Kate Nash et Foals.

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