Nastia Cloutier-Ignatiev

Beatfaiseur du mois : J.u.D.

Le beatmaker lance aujourd'hui un projet qu'il a débuté il y a cinq ans.

Peu de gens le savent, mais le Québec regorge de beatfaiseurs.es absolument incroyables. Ces forces tranquilles œuvrent malheureusement trop souvent dans l’ombre de l’Internet et de celui des rappeurs et rappeuses de la province. C’est donc pour vous faire découvrir ces talents cachés qu’URBANIA Musique vous présente sa série « beatfaiseur » qui, chaque mois, vous fera découvrir un.e producteur.rice en plus de vous présenter une playlist de son cru.

Cela faisait 5 ans déjà que Judrick alias J.u.D. n’avait pas lancé de nouveau projet. Celui qui s’est fait connaître comme beaucoup d’autres durant les années d’Artbeat Montreal n’a pourtant pas dormi pour autant. Durant cette demi-décennie, le beatmaker s’évertuait à terminer Forever Yours, un projet qui débuta par une peine d’amour avant de se conclure par un lancement jeudi dernier au Belmont.

Entre temps, bien des choses sont arrivées dans la vie du musicien : exploration musicale et relationnelle, problèmes financiers, lancement de son podcast D’amour et de sexe, mais surtout, beaucoup d’apprentissages. Après avoir bourriqué fort, l’artiste est maintenant prêt à tourner la page sur ce projet, et à regarder vers l’avant.

Entretien avec l’électron libre de la scène beat montréalaise.

Débuts et exploration

Comment tu t’es intéressé au beatmaking?

J’avais genre 14 ans. Au secondaire, tout le monde voulait être rappeur, et moi aussi. Mes amis et moi on rappait sur des beats américains pis à un moment donné je me suis dit « Pourquoi pas faire mes propres beats ».

Donc, comme tout le monde, j’ai téléchargé FL Studio. C’est parti comme ça.

Mes premiers beats étaient pas ben bons, mais j’ai continué. Parce que même si t’es pas bon et que tu manques d’expérience, faire des beats, c’est surtout le fun. Mais y a quand même un sentiment de joie de plus qui te prend quand tu réussis à faire un beat que tu aimes.

À ce moment-là, vous faisiez du hip-hop. Mais maintenant ton style est quand même éloigné des sonorités hip-hop, plus planant, voire pop. Comment s’est passée cette évolution-là?

Je pense que ça s’est passé surtout à cause de la musique que j’écoutais. Parce que j’écoutais du hip-hop, mais pas juste ça. J’ai commencé à écouter du house, j’ai suivi le mouvement EDM un peu. Cette musique-là m’intéressait beaucoup.

Même si le hip-hop reste sûrement la musique j’écoute le plus, j’avais envie de créer un son qui me différencierait aussi des autres.

Démarche ardue

Durant ces années-là, j’ai signé avec un label et j’ai perdu mon manager. Faque j’ai dû tout payer par moi-même pour la production de l’album. J’ai eu des subventions pas mal tard dans le processus et j’ai dû attendre d’avoir de l’argent pour payer chaque étape.

Comme y a des featuring sur toutes les tounes sauf une, c’était long des fois recevoir les vocals des gens. Et comme je suis perfectionniste, je leur demandais de retravailler certains passages, des fois. C’était beaucoup de back and forth avec des gens qui habitent aux États-Unis et qui répondent pas vite.

Juste le mixing a pris un an. Bref, un paquet de variables ont retardé le projet.

Sur ta page Facebook, tu as sorti quelques publications qui expliquent la genèse du projet. Pourquoi exactement voulais-tu que les gens sachent ta démarche de manière aussi explicite?

Dans le fond, c’est parce que j’ai appris dans les 5 dernières années que de sortir du contenu, c’est jamais mauvais. J’ai un podcast aussi maintenant, sur l’amour et le sexe, donc j’ai appris à me dégêner.

Grâce à ça, je suis devenu un livre ouvert, et je n’ai plus rien à cacher. T’es pas la première personne qui me demande « Pourquoi ça a pris 5 ans avant la sortie de ton album », alors je me suis dit : « Partageons les coulisses. ».

Dans la première publication, tu dis que l’album vient d’une histoire amoureuse qui s’est mal terminée. Qu’est-ce qui s’est passé exactement?

En tant qu’artiste, des fois t’as besoin de te sentir triste pour créer… Ce qui est vraiment malsain, du moins c’est ce que j’ai appris dans les dernières années. À l’époque, j’étais dans un couple, je venais de signer avec mon label et j’étais pressé de créer.

Faque je me suis dit : « Bon, j’ai besoin de créer et je dois être triste, alors j’ai laissé ma copine pour m’aider à être triste plus rapidement.»

Le problème c’est que ça a marché! Haha!

L’automne qui a suivi, le gros des tounes était déjà fini.

Et comment est-ce que ta copine de l’époque a reçu ça exactement?

Quand je lui ai dit ça, notre relation était vraiment jeune. On se fréquentait depuis un mois à peu près, et ça allait bien. J’ai l’impression que les relations, ça prend trois mois pour voir si ça passe ou ça casse. Alors je lui ai dit : « Si dans trois mois j’ai fini l’album, je vais être prêt à m’engager. ».

Évidemment, ça a pas passé au conseil! Haha!

Travail d’équipe et de gestionnaire

L’album contient beaucoup de featuring : qui as-tu choisi sur le projet et pourquoi?

Y a Lary Kidd sur l’album, et même si ça fait longtemps qu’on enregistré sa chanson, elle reste d’actualité. Autour de 2014, on était partis ensemble en tournée avec Loud Lary Ajust et on a développé une relation comme ça.

Sinon, sur le reste de l’album, j’ai 4 featurings de gens de Toronto : ECHLO, Saidah, Mark Clennon et Wolf Saga. Je les ai rencontrés parce que mon label est à Toronto.

Paris Jones, je les connaissais depuis un bout, et quand je leur ai envoyé mes beats pour travailler ensemble, ça a cliqué tout de suite.

Pour de vrai, à part le fait que c’était compliqué avec les communications, l’expérience de diriger des vocal artists pour l’album, je le referais n’importe quand.

L’album explore les relations interpersonnelles, surtout les tiennes. Comment t’as géré ça avec les collaborateurs pour l’écriture de leurs textes?

Je leur ai expliqué la même histoire que je t’ai expliquée et je leur ai dit : « Telle chanson, j’aimerais qu’elle parle de telle thématique ». Y a pas eu vraiment besoin de beaucoup de back and forth avant que les gens comprennent la vibe que je voulais.

Je les ai pas aiguillés trop dans les textes, plutôt dans les performances vocales.

Maintenant que tout ça est fini, c’est quoi la suite de la vie de ce projet-là?

J’ai les Ragers qui m’ont accompagné sur scène pour mon lancement, et j’aimerais ben ça qu’on puisse faire d’autres spectacles comme ça ensemble. Ils ont fait aussi les guitares et les drums sur certaines chansons de l’album.

Ensuite, ça va être de me remettre dans le mood de faire de la musique.

Je pense que maintenant que c’est fini, je suis rendu à me ressourcer pour repartir vers de quoi de nouveau.

En terminant, nous avons demandé à l’artiste de nous créer une playlist de ses chansons du moment. Voici donc la sélection de notre beatfaiseur du mois, J.u.D..

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